THOMISTES
Hic te virgo minus diligit, a tui Qui nati pretio sanguinis eximit :
Non vult esse redeinptam Qui peccasse negaverit.
(1) Opus maj. (1266), éd. Sam. Jebb. Lond.. 1733; Ven., 1750, infol. Conf. le Recueil des biographies remarquables. Halle, 1757, P. IV, p. 616-709.
(2) Vir,cent. Bellovacens. Spéculum majus s. imago mundi (Spec. naturale, doctrinale, historiale, Spec. morale, attribué au même), éd. prim. Argentor. 1473 sq., ed. opt. Duac. 1624, 4 t. in-fol. Conf. Vogel, Notice litt, et hist. sur Vinc. de Beauvais. Gaz. théol. de Frib., t. X. Schlosser, Vinc. de Beauv. sur l'éduc. des princes. Francf., 1819.
(3) Summa de virtutibus et vitiis. Paris., 1629, in-4.
(4) Summa de pcenitentia et matrimonio, vel Summa Raymun- <liana; c. glossis Joan. de Friburgo. Romœ, 1603, in-fol.
POÈTES ecclésiastiques; LITTERATURES NATIONALES. 449
tivité pratique des mystiques fut encore plus effisace pour la morale qric pour la science ; car ils réalisèrent immédiatement dans leur vie les principes d'une morale pure et sévère. Quant à l'interprétation scientifique des saintes Écritures, elle occupa une place relativement trop petite dans les études de ces temps, et ne s'appuyait que sur le texte traduit de la Vulgate. A la glose, la plus répandue alors, de Walafried Strabon {Glossa ordinm^ia)^ Anselme de l,aon [f 1117] en ajouta une seconde (1). — Hugues de Saint-Victor excita néanmoins plus d'ardeur pour les études bibliques, en donnant, dans la première partie de son Didascalion, une sorte de méthodologie pour les sciences philosophiques ; et, dans la seconde partie, une introduction historique à l'étude de l'Ecriture sainte et un abrégé d'herméneutique, dont, dans ses Commentaires sur la Bible, il observa les règles. — Etienne, abbé de Citeaux, corrigea le texte de la Vulgate sur les meilleurs manuscrits et en s'aidant d'un texte gréco-hébraïque. — Le Dominicain Hugues de Saint-Garo (2), cardinal en 124-4 et mort en 1260, s'imposa la même tâche, rendit générale la di- A-ision par chapitres, rédigea, d'après cette division, la première Concordance, et y ajouta un sermonnaire. — Saint Thomas d'Aquin acquit de son côté une grande autorité comme exégète (3). Un des théologiens protestants les plus distingués de ces derniers temps s'exprimait en ces termes sur les travaux d'exégèse du grand docteur: « Ses écrits sur l'Ecriture sainte, si célèbres dans tout le moyen âge, prouvent d'une manière merveilleuse combien le sens et les idées de l'Evangile peuvent devenir clairs pour des esprits attentifs et laborieux, privés même des secours et des matériaux que nous possédons (4). » — Roger Bacon
(1) Glossa interlinearis c. glossa ordinär, ed. Basil., 1502, in-fol.
(2) Cf, Quelif et Echard, Script, ord. Praedicat. t. I. p. 194 sq. Hugo, Postill, in univ. Biblioth. juxta quadrupl. sensum éd. Basil., 1498. Paris., 1548, 7 vol. in-fol. Concordantiœ sacrorum bibliorum, éd. Basil., 1543 et 1551 in-fol.
(3) Explication de Job, dos cinquante premiers Psaumes, du Cantique des Gant., Gatena aurea, des quatre Evangiles, Épître de saint Paul.
(4) Baumgarten-Crusius , Compendium de l'histoire du dogme, p. 262. Gf. Tholuclc, Disputatio de Thoma Aquinate atque Abœlardo interpretibus Novi Teât: menti. Halae, 1842.
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excitait énergiquement ses contemporains à l'étude de la Bible dans la langue originale, carrière dans laquelle les Juifs de l'Espagne avaient déjà fait des progrès, grâce à leur éducation tout arabe. On connaît les travaux en ce genre, de Salomon Jarchi [f 1170], (1), Aben Ezra de Tolède [f 11G7] (2), David Kimchi à Narbonne [f vers 1230], (3) et Moïse ben Maimon [f 1205]. (4). De leur côté, les mystiques s'enfoncèrent avec amour dans les m3^stères du code sacré, qu'ils interprétaient suivant lo goût du temps, en un quadruple sens {Utteralis, moralis scu tropologicus, allegoricus, anagogicm) (o). Parmi les mystiques on distingue surtout Robert de Deutz [f 1125], qui, dans un langage affectueux et avec une pieuse ardeur, montrait au clergé dans le livre divin son modèle et sa condamnation (6). Quelques autres écrivains, tels que Pierre le Chantre, insistaient pour qu'on s'en tînt à une explication plus simple et toute littéraire ; mais leurs voix trouvaient peu d'écho. Les hymnes dont nous devrons parler plus loin, dans l'histoire du culte, et qui sont dus à saint Bernard, Jacopona, saint Thomas d'Aquin, Celano, au roi Robert et autres, surpassent toutes les productions de ce genre (7). On a mentionné plus haut les chroniqueurs, comme Vincent de Beauvais (8), et les fondateurs du droit canon. (Voyez §§213 et 227).
(i; Pentateuchi Libri très posteriores, hebr. chai. Arab. persice, Constantinop., 1551, in-fol. et alla multa, opp.
(2) Biblia hebraïca rabbiiiica, 1547, IV, in-fol., etc.
(3) Goramentarins R. Davidis Kimchi, in Malachiam hebr. et lat. per Simeonem Maratte demuis. Parisiis, 1618, in-4, etc.
(4) Abrégé du talmud., en 4 parties, sous le titre de Gad chazalcah, c'est-à-dire main-forte. Venise, 1550, 4 vol. in-fol.
(5) D'après le distique connu :
Littera gesta docet quid credas allegoria, Moralis quid agas, quo tendas anagogia.
(6) Gommentarior. Hb. XXXII in duodecim Prophetas minores; in Cantica Ganticorum libb. VII; in Evang. sancti Joannis libb. XIV; in Apocal. libb. XII (Opp. Golon., 1526; Mogunt., 1631, 2 t. in-fol. (édition fautive) ; Paris, 1638.)
(7) Mone, Hymn. latins du moy. âge. Frib., 1853. t. I. Ozanam, les Poètes franciscains du XIII« siècle.
(8) Schlosser, Vincent de Beauvais, avec trois essais. Francf.-s.-le* 'Meiû, 1819, 2 vol.
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Ici nous ferons observer, avec M. de Montalembert, que, malgré l'étroite union qui existait alors entre Rome et la grande famille européenne, jamais la poésie n'eut un caractère plus national, plus populaire, et ne fut plus florissante qu'à cette époque (1). Dans la plupart des contrées européennes, elle avait dès lors acquis presque toutes les formes que l'on est habitué à regarder comme l'apanage exclusif de l'antiquité païenne ou delà civilisation moderne. En Allemagne, on vit s'élever cette nombreuse pléiade de Minnesœnger, à la tête desquels se plaça l'empereur Henri VI lui-même [1170-1230] (2), mais dont Walther de Vogelweide est, sans contredit, le plus éminent. Nul comme lui ne sut concilier le goût et les habiiudes du monde et le plus ardentpatriotisme avec l'enthousiasme religieux, le zèle pour la croisade où il,'combattit en personne, et une ferveur toute particulière pour la Vierge sainte, dont il chanta la bonté et les douleurs avec une incomparable tendresse. La poésie épique prit le plus magnifique essor dans les Nibelungen^ cette Iliade du peuple germain, recueillie et écrite pour la première fois vers l'an 1210. Wolfram d'Eschenbach composa le Parceval et le Titurel, ce chef-d'œun'e du génie catholique qui mérite le premier rang après la Divine Comédie. Gottfried de Strasbourg composait aussi alors son Tristan, qui comprend toutes les aventures héroïques des chevaliers et les légendes de la Table-Ronde. En France, il est vrai, la littérature des Troubadours ne contint aucun élément catholique, s'éleva rarement audessus de la glorification de la beauté corporelle, et abonda, en général et sauf quelques rares exceptions, dans le sens des hérétiques du Midi. Cependant les Légendes surCharlemagne, la Table-Ronde, ou sur le Saint-Graal, fournirent les éléments de magnifiques romans populaires. Thibaut, roi de Navarre, chanta avec feu les croisades et la sainte
(1) Clams, Descrip. de la litt, espagn. au moyen âge, 1847, 2 vol. Schack, Hiàt. de la litt. dram. et de l'art en Esp. Berl. 1845.
(2) Poésies de l'Allem. du moyen âge. Leips. 1848. Gœrres, les Livres popul. de l'Allem. Heidelb., 1807. Hueppe, Poëmes et proverbes des Minnesœnger. Munst. 1844. Cf. sur l'origine et l'importance de la poésie relig. Catholiq. 1852 et 1853). Gervinus, Hist. de la litt, et de la poésie nationale, t. I. Id. Manuel de la litt. poét. nat.. des Allemands.
452 § 258. LES AUTRES sciences; POÈTES ECCLÉSIASTIQ., ETC.
Vierge, et mérita même les applaudissements de Dante. Cet immortel chantre, né en 1265, éleva, dans sa Divine comédie, la poésie religieuse à une sublime hauteur, et ouvrit la carrière à une suite de poètes illustres. (Voyez plus bas § 285.)