‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 202 sur 280 · VIE RELIGIEUSE ET MORALE · texte numérisé non relu

VIE RELIGIEUSE ET MORALE

vèle d'une façon remarquable dans le renouvellement des croisades et dans les sacrifices qui s'y rattachaient. C'est là que se montre le caractère propre de l'époque, c'est-à- dire la puissance souveraine de la foi, une noble tendance à s'élever au-dessus des choses de la terre, et de là, dans tous les rangs de la société, une facilité extrême à croire toute espèce de miracles (1), et un zèle universel pour construire de grandes et magnifiques églises. On voyait se rassembler de toutes parts une foule de pieuses confréries, grands et petits, riches et pauvres, gens de tout âge et de tout sexe, pour bâtir au Seigneur un séjour digne de lui. Ainsi, par exemple, s'éleva la superbe cathédrale de Notre-Dame de Chartres (2). Enfin, les nombreuses congrégations monastiques, dont les fondateurs appartenaient souvent aux classes les plus élevées de la société, n'étaient-elles pas une preuve du sens profondément rehgieux de l'époque? Partout on le voit se manifester avec énergie. La terre ellemême, cette belle œuvre de Dieu, devient pour le peuple un objet de tendre sollicitude, d'amour filial. Le savant qui étudiait la nature voyait dans les corps la vie plus haute qui les animait, et cherchait à retrouver en eux de mystérieux rapports avec les devoirs et les convictions religieuses de rhomme racheté par le sang du Christ. Les instincts divers des animaux, les phénomènes du monde végétal, le chant des oiseaux, les propriétés des pierres précieuses devenaient pour lui les symboles des vérités de la vie. Si pendant la nuit le pauvre portait les yeux vers le ciel, il y trouvait, non plus la Voie lactée de Junon, mais le chemin de ses frères vers Compostelle ou le sentier des bienheureux gravissant le ciel. Mais c'était surtout le monde si riant des fleurs qui devenait le symbole de la région du bonheur et la langue muette des plus tendres et des plus vifs sentiments. Le peuple, dans sa naïveté, croyait aux sympathies de la terre : ne devait-elle pas être reconnaissante, enefiet, d'être associée à la religion de l'homme? La nuit de Noël, on se rendait dans la forêt voisine pour annoncer aux arbres la venue du Christ (Apcriatur terra et germinet Salvatorem). Les oiseaux, les plantes, tout ce

(1) Wilken, Hist. des Croisades, t. III, p. 45 stj.

(2) Hurler, Innocent III, t. IV, p. 537-48, Foi aux miracles.

Page 1