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VIE RELIGIELSE ET MORALE

que l'homme rencontrait sur sa route, portait l'empreinte de sa foi et de ses espérances. Taste empire de l'amour et de la science, dont la foi était le solide fondement! En ces temps la religion chrétienne, avec sa force interne, avec ses mystères et ses promesses, nous apparaît comme le centre de toute vie, de toute action ; semblable à un cœur ardent, elle fait sentir ses pulsations jusque dans les dernières veines du corps social ; elle enveloppe ce siècle parfois si dur et si barbare d'une atmosphère si pure, si sainte, que le Christianisme semble avoir retrouvé sa terre natale et le soleil de ses premiers jours. Car nous pourrions citer, en témoignage de cet esprit rehgieux, des milliers de saints (1) envoyés par l'Église, comme autant de héros, pour conquérir les âmes et faire triompher l'Évangile ; des guerriers intrépides et renommés, tel que Godefroy de Bouillon ; des rois chastes et pieux, tel que Louis IX (2) ; des reines pures et dévouées, comme Elisabeth de Hongrie ; des âmes d'élite dans tous les rangs et dans toutes les conditions: nous pourrions rappeler le pieux; Manuel des Saints, que le pape Jean XXI rédigea, avant son élévation, pour servir de trésor aux pauvres, et dont le Dominicain Jacques de Voragine [f 1290] fit, en s'aidant des traditions populaires, la Légende dorée (3).

Malheureusement, les fréquentes représentations des Mystères, le ton souvent frivole des Minnessenger qui osent s'en prendi^e même à Dieu et à la sainte Vierge, l'imitation si bizarre des saturnales païennes par lesquelles le clergé parodiait, à Noël et au nouvel an, dans la fête des Fous et de l'Ane (4), les saints mystères de l'Église, for-

(1) Les principaux saints des XI^, XIIo, et XIII« siècles, par Klein, Hist. ecclésiast., t. I, p. 773-79.

(2) Villeneuve-Trans, Hist. de saint Louis, roi de France. Paris 1839, 3 vol.

(3^ Legenda aurea, sive Historia Lombardica. Argent., 1429 ; ad, optim. libror. fidem. recensuit, emendavit, replevit, etc. D'' Grœsse, Lipsiœ et Dresd. 1843. Cf. J.-B. Rousseau, "Violettes des saints, ou la Poésie et l'art dans le catholicisme. Francf.-s.-le-M., 1835, 6 vol.

(4) Du Fresne, Glossar, ad script, mediœ et infîraaelat. s. v. Cerula- Kalendœ. Tiliot, Mémoires pour servir à l'histoire de la fête des Fous. Laus., 1751. Dürr, Comnientatio historica de episcopo puerorum. Moguntiae, 1755. L'observation suivante de J.-P. Richter est de la plus grande jastesse : « C'est précisément aux époques les plus

ment un triste constraste avec les faits consolants cités plus haut. On a voulu attribuer tous ces abus au vicieux et puéril pape Benoît IX, mais ils existaient avant lui, comme on peut le voir dans une lettre du pape Zacharie à saint Boniface (1). Ces désordres souillèrent, au commencement du XIP siècle, les églises de France et d'Allemagne, et les efforts des évêques et des conciles ne parvinrent à les faire diparaître complètement que dans le XIV« siècle.

§ 260. — Discipline pénitentiaire Pour la bibliogr., cf. t. I, § 90.

La discipline pénitentiaire subit d'assez nombreuses modifications pendant cette époque, par les raisons qui vont être indiquées. D'abord, comme les anciennes prescriptions synodales étaient tombées en désuétude et laissaient à chacun une liberté entière à l'égard de la confession, une tiédeur dangereuse s'était introduite ça et là, et obligea le quatrième concile de Latran de décider qu'au moins une fois l'an chaque fidèle serait tenu de se confesser à son curé, ou à un prêtre autorisé par lui (2). Un peu plus tard, la triste expérience qu'avaient donné les sectes fit porter cette autre loi : Chacun sera tenu de se confesser trois fois par an, s'il veut éviter le soupçon d'hérésie. Les protestants ont prétendu trouver, dans un texte de Gratien, que si la confession est utiie, elle n'est pas absolument indispensable, et que, de plus, les sept sacrements ne datent que de

pieuses que la fête des Fous et de l'Ane, que la représentation des mystères, que les prédications bouffonnes avaient lieu le jour de Pàque ; car l'objet du culte était trop au-dessus de ces travestissements pour en être atteint. C'est ainsi que le Socrate de Xénophon est bien loin de celui d'Aristophane. Quand la tragédie manque, il ne peut y avoir de parodie. »

(1) Conf. Biiiterim, Hist. des conciles allem, t. II, p. 173.

(2) Conc. Lateran. IV, can. 21 : « Omnis utriusque sexus fidelis, pojtquam ad aiiiios discretionis pervenerit, omnia sua solus peccata conûleatur iideliler, saltem semel in anno, proprio sacerdoti, et iujunctam sibi pœnitentiam studeat pro viribus adimplere, susciplens reverenter ad minus in pascha Eucharistiae sacramentum, etc. • (Maasi, t. XXII, p. 1008 sq.; Harduin, t, Yll, p. 35.)

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