‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 204 sur 280 · PÉNITENTIAIRE · texte numérisé non relu

PÉNITENTIAIRE

Pierre Lombard qui, selon la doctrine constante de l'Église, énumére comme parties essentielles du sacrement : la contrition, la confession et la satisfaction. Or, dans ce texte de Gratien, il s'agit d'une tout autre question, à savoir si la rémission des péchés suit immédiatement le repentir, ce qui ferait de l'absolution sacerdotale un acte d'une nature purement déclaratoire, ou bien si le pardon divin n'a lieu qu'au moment des paroles sacramentelles de l'absolution (1). La nécessité de la confession résulte encore, évidemment, de la réponse affirmative donnée par Pierre Lombard et saint Thomas d'Aquin à la question de savoir si, en cas de mort subite, en l'absence d'un prêtre, on doit se confesser à un laïque. Innocent III s'exprime à son tour en ces termes : « La confession doit conduire à la « pénitence et à la satisfaction. La honte que les hommes » éprouvent par l'aveu de leurs fautes n'est pas la moindre )) partie de cette satisfaction. » Quant au nombre des sept sacrements, l'antiquité chrétienne les entourait des preuves les plus incontestables, et les théologiens catholiques les ont en général exposées de la manière la plus complète. Pendant cette période, comme dans la précédente, les fautes pubhquessont expiées par des pénitences publiques : à cette règle se sont soumis Henri II d'Angleterre, PhiUppe de France et Raymond de Toulouse. L'interdit et l'excommunication (voyez § 202) devinrent même d'un usage trop fréquent ; l'emploi abusif qu'en firent plusieurs évêques le rendit quelquefois inefficace. On vit, par exemple, les bourgeois de Saint Orner excommuniés pour avoir disputé des marais, des eaux courantes, à l'abbaye de Saint-Bertin. Dans une autre occasion, la Normandie entière fut mise en interdit par l'archevêque de Rouen [1196], parceque le roi avait fortifié pour son propre compte le château des Andelys, qui appartenait au prélat. Quant à l'antique discipline pénitentiaire établie pour les péchés secrets, elle tombait déplus en plus. Le pénitent obtenait déjà l'absolution avant d'avoir accompli la pénitence qui lui était imposée, pourvu qu'il donnât des signes d'un regret sin-

(1) Gratiaiii Décret. P. II, tractât, de pœnitent. quœst. 3, distiii 1. Cf. surtout c. 34-37. — Lombardi sent. lib. IV, dist. 17, art. 1 II. 2G

distinct.

cère. On recommanda cependant à maintes reprises aux prêtres la plus grande circonspection dans le choix des pénitences, et, à raison de la tiédeur où les fidèles tombaient à cet égard (1), il leur fut permis de changer les longues pratiques de pénitence de l'antiquité en prières, en jeûnes, en aumônes ; mais ils devaient pourtant ne jamais manquer de rappeler aux pécheurs les châtiments infligés autrefois à leurs délits, afin d'éveiller dans leurs cœurs la conscience et la contrition de leurs péchés (2). La discipline pénitentiaire s'adoucit encore par l'usage des indulgences plénières (indulgentiœ plenariœ), ou la rémission de la peine temporelle due au péché, qu'on accorda d'abord aux croisés, puis à ceux qui combattaient les hérétiques et les païens dans le nord de l'Europe, plus tard aux lieux de pèlerinage (3), et enfin aux temps de jubilé (4). Ce dernier nom avait été tiré delà loi mosaïque. Quelque chose d'analogue à l'année du jubilé des Juifs s'était propagé dans TEghse chrétienne, et l'on avait remarqué qu'à chaque fin de siècle une foule extraordinaire de pèlerins se trouvaient à Rome. Un vieillard de cent sept ans fit observer que, précisément un siècle auparavant, le môme fait s'était présenté, ce qui détermina Boniface VIII à accorder une indulgence à tous les pèlerins qui visiteraient, dans un esprit de pénitence, les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul à Rome [1300], les Romains pendant trente jours, les étrangers pendant quinze (5). On vit accourir deux cent mille

(1) Saint Bernara dit : « Ut presbyter, cui fidèles peccata confitentur, talis sit ut sciât quid injungat, cui parcat, quando parcere debeat t^uam consolationem proférât de Scripturis, etc. » Sermo III de S. Aridioa.

(2) Sur les changements de la discipline pénitentiaire, cf. Pelr. Pictav. Lib. Pœnit. P. I, sect. 6 : o Tune (in Ecclesia primaeva) in amore Christi ferventiores erant fidèles,... ideoque et volebant et valebant,... tune quidem robustiores erant homines. » Cf. Claud. Fleurit Diss. in hist. cccless. diss. VI, . 2 et 11.

(3) Innocent III se vit contraint de limiter la faculté d'accorder des indulgences. Ce ne. Lateran. IV, can. 62 (Mansi, t. XXII, p. 1049 ; Harduin, VII, p. ö5) : Fer indiscretas et superfluas indulgentias, quas quidam ecclesiarum preelati facere non verentur, et claves ecclesiae contemnuntur, et pœnitentialis satisfactio enervatur.

, (4) Le nom en fut pris dans Levit, XXV, 13 : Annus jubilaei :

(5) Voyez la bulle dd^ns RaynaUl. ad an. 1300, a" l, et dans Extra-

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chrétiens autour du Saint-Père. Dans la suite, Clément VI réduisit à cinquante ans le laps compris entre chaque jubilé [1343], Urbain IV cà trente-trois [1389], et Paul II à vingt-cinq [1470], ce qui fut malheureusement une occasion de lucre honteux pour les Romains. Les diverses opinions des grands théologiens de cette époque sur les indulgences méritent au plus haut degré notre intérêt. Alexandre de Haies soutient que l'indulgence est puisée dans les mérites surabondants de Jésus-Christ et des saints (1). Suivant Albert le Grand, il y a trois opinions sur les indulgences (2) ; et, au dire d'Alexandre de Haies, la puissance des clefs assure à l'Église la faculté d'étendre ces faveurs sur les vivants comme sur les morts (3), per modum suffragii. Saint Thomas d'Aquin établit la même doctrine sur des bases encore plus solides (4). En face de

vag. commun, lib. V, tit. 9, de Pœnit. c. 1. Cf. le saint Jubilé et autres indulgences expliqués par l'auteur des Homélies catholiques. Augsb., 1824 Hirscher, Doctrine cath. des indulgences et de son application; 3' édit. Tubing., 1835. Cf. Münchner, Arcbives théolog, 1843, 2" livr.

(1) Alex. Haies. Summa, P. IV, queest. 23, membr. 3 : « Indulgentife et relaxationes fiunt de mentis swpererogaiionislmembrorum Christi, et maxime de super erogationibus meritorum Christi, quœ sunt spiritualis thésaurus Ecclesige. Hune autem thesauruiu non est omnium dispensare, sed tantum eorum qui praecipue vicem Christi gerunt, id est episcoporum. »

(2) Albert. Magn. m Sent. lib. IV, dist. 20, art. 16-17 : « Indulgentia sire relaxatio est remissio pœnœ injunctse ex vi clavium et thesauro supererogationis perfectorum procedens. — Art. 19 : Dicendum quod très opiniones antiquitus fuerunt circa indulgentias. Quidam enim dixerunt indulgentias omnino nihil valere, et esse eas piam fraudem, etc. Sed isti ad ludum puerorum distrahunt facta Ecclesiee, et hoc fere sapere haeresim puto. Ideo alii, plus quam oportuit contradicentes, dixerunt quod simpliciter sicutpronuntiantur indulgentiae, ita valeant sine omni alla conditione intellecta vel dicta. Sed quia isti nimis bonum forum dant de misericordia Dei, ideo tertiœ opinioni mihi assentiendum videtur,... scilicetquod indulgentiae valent sicut eas valere prccdicat Ecclesia. »

(3) Alex. Haies. P. IV, qu<est. 23, art. 2, membr. 5 : « Potest ergo dici quod illis, qui sunt in purgatorio, possunt fieri relaxationes secundum conditiones praedictas (se. potestas clavium ex parte confère ntis ; ex parte ejus cui confertur, cariias, credulitas, devotio)per ■modum suffragii sive impetrationis non per modum judiciariœ absolutionis sive commutationis. «

(43 Thom. Aquin. in Summa suppl. P. III, qusest. 25. Comment, ia

ceux qui cherchaient à gagner les indulgences pour éviter les rigueurs de la pénitence, s'élevait la classe plus rigoureuse de ceux qui, à l'exemple de Pierre Damien (voyez §202), se flagellaient rudement. C'est ainsi que saint Louis distribua pour ctrennes à sa cour de petites chaînes d'argent avec lesquelles ils pussent se donner la discipline. Othon IV [t 1218] se montrait fort dur envers lui-même, sans parler d'ailleurs d'une foule d'ascètes. Un jour Pérouse tout entière fut prise d'un subit accès denthousiasme pour les pèlerinages et les flagellations [1261], et à Strasbourg des symptômes de peste firent paraître dans les rues non moins de douze cents flagellants (1).

Propagation du Chnstianisme (2).

La propagation du Christianisme occupe dans l'histoire de cette époque une place d'autant plus secondaire que les peuples nouvellement convertis prirent encore peu de part aux grands mouvements de l'Église. Comme depuis Augustin , l'apôtre des Anglo-Saxons, Rome était, dans l'opinion générale, la source sacrée d'où jaillissaient pour toute la terre les eaux fécondes du salut, et vers laquelle ces eaux salutaires devaient refluer de tous les points de la terre, et comme les missionnaires étaient convaincus que

Sent. lib. IV, dist. 20, queest. 1, art. 3, et preesertim quœst 71, art. 10, ex Comment, in Sent. lib. IV, dist, 45, quœst. 2, art. 3. : « Utrum indulgentise Ecclesiae prosint mortuis ? » Ici il dit entre autres choses : « Si autem indulgentia sub hac forma fiât : Quicumque fecerit hoc, vel illud, ipse et pater ejus, vel quicumque alius ei adjunctus in purgatorio detentus, tantum de indulgentia hahebit; talis indulgentia non solum vivo, sed etiam mortuo proderit. Non enim est aliqua ratio qua Ecclesia transferre possit communia mérita, quibus indulgentiae innituntur, in vivos, et non in mortuos. »

(1) Austral, ad an. 1261 : « Hoc anno orta est p\iblica pœnitentia per multas provincias, quœ pro magno miraculo babebatur. Multi homines pauperes et divites, ministeriales, milites, rustici, senes et juver.es, ibant nudi a cingulo et supra, et caput totum texerant cura lineo panno, portantes secum vexilla et ardentes, candelas et flagella in manibus, quibus se quidam percutiebant usque ad effusionem sanguinis et cantabant devotos cantus, etc. » (Freheri Scriptor., ed, Struve, t. I, p. 461.)

(3) Cf. Hurler, Innocent III, t. III. p. 172-76.

§261. — CONVERSION DELA POMÉRANIE ET DE l'ilE DE RÜGEN. 461

leur zèle ne pouvait être fructueux et béni qu'autant que leurs travaux étaient autorisés par Rome même, les papes devinrent nécessairement les moteurs et les protecteurs de chaque tentative faite pour propager la foi. Ainsi Honorius III exhorta les prélats de tous les pays à choisir des prêtres d'un caractère ferme et dévoué pour les envoyer à Rome, où ils recevraient l'instruction nécessaire aux missions éti^angères. Les papes, en même temps, avaient soin de concourir directement à cette œuvre évangélique en envoyant dans les contrées converties des légats ou des évêques chargés de leurs pleins pouvoirs.

§ 261. — Conversion de la Poméranie et de Vile de Rügen.

Vita Ottonis Pommeran. apost. libb. III {Canisii Lect. antiq. t. III, P. II, p. 35-96). Andreœ, abbatis Bambergens., Vita Ottonis (Ludovici Script, rerum Bamberg. 1. 1.) Helmoldi Chronic. Slavorum, éd. Bangert Lub., 1659, in-4. Kannegiesser, Hist. de la conversion des Poraéraniens. Greifswald, 1824. Steinbruch, les Cloîtres de la Poméranie. Stettin, 1796, in-4. Conf, Néander, Hist. ecclésiast., t, V, p. 1-40.

Les premiers essais des Polonais pour fonder le Christianisme en Poméranie avaient échoué complètement par suite de continuelles insurrections. L'évêché de Colberg disparut avec Reinbert, son premier évêque. Ce fut seulement lorsque le duc de Poméranie, Wladislaw, eut été soumis par le duc de Pologne Boleslaw III, que cette nation promit d'embrasser la foi. Un prêtre espagnol nommé Bernard, délégué par le pape, voulut annoncer l'Évangile dans le pays [1122], mais la pauvreté de son extérieur lui attira le mépris de ce peuple grossier. |Car comment le maître du monde aurait-il envoyé un mendiant pour le représenter ? Bernard reprit le chemin de Bamberg, doht, après les victoires de Boleslaw III, l'évêque Othonfut invité à venir prêcher l'Évangile en Poméranie. Autorisé par le pape Calixte II, et voulant profiter de la triste expérience de Bernard, Othon partit, avec une suite nombreuse et magnifique pour la Poméranie occidentale [1124]. Le duc Wladislaw était déjà chrétien ; Othon ayant appris à connaître les mœurs slaves par un séjour antérieur en Polo-

862 § 261. — CONVERSION DE LA POMÉRANIE ET DE l'iLE DE RÜGEN.

gne, parvint, par une conduite habile et mesurée, à baptiser en une fois à Pyritz non moins de sept raille païens. A Gamin, la duchesse, chrétienne aussi, avait incliné les esprits vers la foi ; mais les deux villes de commerce Stettin et Julin opposèrent la plus vive résistance. A Stettin, on se mit à crier à Othon et à ses compagnons : « Qu'y a-t- » il donc de commun entre vous et nous ? Nous n'aban- » donnerons pas les lois de notre patrie ; notre religion » nous suffit. N'y a-t-il donc pas des crimes et des vices de » toutes sortes parmi vos chrétiens? L'un ne maudit-il pas » l'autre? Loin de nous un pareil culte! » Cependant la persévérance pleine de douceur d'Othon, la promesse d'une paix perpétuelle et de l'exemption de tout impôt faite par le duc, portèrent les Stettinois à se déclarer chrétiens. Leurs voisins ne tardèrent pas à suivre le même exemple. Julin compta bientôt vingt-deux mille nouveaux baptisés. Le duc, pour se conformer à sa foi nouvelle, quitta ses vingtquatre concubines. Ses sujets, de leur côté, renoncèrent à l'infanticide, à l'exposition des enfants, à la combustion des morts et à leurs autres coutumes païennes. Lorsque Othon retourna à Bamberg, en 1125, il laissa derrière lui douze éghses «tun évêché à Julin, qu'il confia à son chapelain Adalbert. Lorsque plus tard il revint en Poméranie [1128], il trouva dans Stettin et Julin un grand nombre do Slaves qui étaient retombés dans les erreurs du paganisme, ou qui en avaient mêlé les superstitions aux rites chrétiens. Son activité prudente et infatigable fit dispapaître les derniers restes de l'idolâtrie. Bamberg le revit dans ses murs pour une dernière fois ; puis le vénérable évêque voulut consacrer la fin de sa vie à l'Église de la Poméranie qu'il avait si bien fécondée de ses sueurs. Othon mourut en 1 139. L'évêché de Julin fut, dans la suite, réuni à celui de Gamin [il70J; Innocent II l'avait déjà soumis à la juridiction immédiate du Saint-Siège [1140]. L'ile de Rügen, centre des superstions slaves, opposa une résistance désespérée à l'introduction du Ghristianisme. Lorsque Waldemar, roi de Danemark, en fit la conquête [1168], un évêque belliqueux^ nommé Absalonde Roskilde, renversa tous les temples des faux dieux et baptisa les Rugiens [1169].

§ 262. — LIVOME, ESTHOXIE ET COURLANDE. 463

§ 262. — Livonie, Esthonie et Courlande.

Parrot, Formation des langues. Histoire de la mythologie des Livoniens, des Esthoniens et des Lithuaniens. Stuttg., 182S. Henrici Letti, 1226, Orig. Livoniae sacrœ et civilis, sive Chron. cum notis Gruberi. Francof. et Lipsice, 1740, in-fol. Kruse. Necrolivonia ou Antiquités de la Livonie, de l'Esthonie et de la Courlande avant le christianisme. Dorpat, 1842.

Des marchands de Brème et de Lübeck firent, dit-on, les premiers, connaître l'Evangile aux Livoniens [1158] ; Meinhard, chanoine régulier du monastère de Sigeberg, en. Holstein, fit une tentative plus réelle et plus énergique en 4186, et, grâce à l'appui d'un Livonien distingué, il bâtit une église à Yxkull, sur les bords de la Duna. Meinhard, après avoir battu, à la tête de ses nouveaux convertis, les autres Livoniens, s'en alla à Rome pour s'y faire consacrer évêque dYxkuU. Mais à son retour il trouva les indigènes mal disposés pour lui [y 1 1G9], et Gélestin III ordonna contre eux une croisade dirigée par le second évêque d'Yxkull, Berthold, précédemment abbé de Giteaux, Les Livoniens succombèrent : malheureusement le prélat périt lui-même dans la lutte [1198]. On contraignit les vaincus a recevoir le baptême ; mais à peine Tarmée des croisés fut-elle éloignée, qu'ils coururent se jeter dans les eaux de la Duna pour s'en puiifier. Albert d'Apeldern, chanoine de Brème, remplaça Berthold, marcha à la tête d'une seconde croisade, bâtit Riga [1200], fonda l'ordre des Porte-Glaive (1) [1202], et lui donna pour premier grand maître Winno de Rhorbach, qui fut assassiné en 1208. Malheureusement, il éclata entre l'évêque et l'ordre des disputes sur les pays conquis et à conquérir. Le pape réussit à les mettre d'accord en 1210. L'évêque Albert s'unit aux Russes pour faire la guerre aux Esthoniens, qui ne furent complètement soumis qu'avec le concours de Guillaume II, roi de Danemark. Une nouvelle lutte s'engagea entre l'archevêque danois de Lund et l'évêque de Riga, qui prétendirent tous deux avoir droit dejuridictionsurl'EsthonierJa question fut

(1) Polt, de Gladiferis seu Fratribus militiie chr. Erlang.^ 1806,

décidée en faveur du dernier. Dorpat, conquis en 1 223, devînt le siège du nouvel évêché de l'Esthonie. Le petit pays de Semigal'en, chétien depuis 1218, était devenu un diocèse dont le chef-lieu fut Selon. Grâce aux efforts de l'excellent évêque Albert [fl229j, on vit encore s'élever les évêchés de Wirland et de Reval, qui aidèrent puissamment à la conversion des Courlandais [1230]. Sept ans plus tard, Grégoire IX incorpora les Porte-Glaive à l'ordre Teutonique [1237].

§ 263. — Le Christianisme en Prusse.

Peiri de Duisbourg (prêtre de l'ordre Teutonique, f 1336, Chron Prussise, éd. c. XIV, diss. Hartknoch. Jen., 1679, in-4. Cf. Voigt Hist. de la Prusse, t. III, p. 603-26. Arnold, Précis de l'hist. ecclés. en Prusse, Kœnigsb., 1769. /. Voigt, Hist. de Marienbourg, 1824.

Suivant les plus anciennes traditions, les Prussiens reconnaissaient trois divinités principales : Perkunos, le dieu du tonnerre, Potrimpos, le dieu des semences et des fruits, enfin Pikullos, ou le dieu de la destruction. La principale résidence de ces dieux était le sanctuaire de Romove. Leurs prêtres, nommés Griwen, qui exerçaient simultanément les fonctions de juges, de prêtres et de législateurs, s'opposèrent de toutes leurs forces à l'introduction du Christianisme (1). Adalbert de Prague avait déjà essayé de le faire pénétrer en Prusse, mais sa généreuse audace lui avait valu le martyre [23 avril 997] ; il était mort en encourageant ses compagnons. « Mes frères, dit-il, ne vous « affligez pas; nous savons pour qui nous souffrons : que ■» peut-il y avoir de plus doux que de donner sa vie pour w Jésus le bien-aimé? » Le Bénédictin Bruno eut le même sort [18 février 1008], après s'être également dévoué à cette œuvre ingrate avec l'autorisation du pontife Sylvestre II. Deux siècles après, un religieux polonais, Gottfried,

CO Voigt, Hist. de la Prusse, t. I, p. 137-163, et surtout 574-616 (Religion et idolâtrie) ; sur Romove, p. 641-649 ; sur le grand juge et le grand prêtre, p. 696-708. Cf. la Feuille ecclés. de la Siiésie, n<" 6, p et 8, le Polythéisme de la Prusse.

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