‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 216 sur 280 · SA LUTTE AVEC LOTJIS DE BAVIERE · texte numérisé non relu

SA LUTTE AVEC LOTJIS DE BAVIERE

mite Augustinus Triumphus [f 1328], et le Franciscain Alvarus Pélagius [f après 1340] soutinrent les thèses suivantes. Le pouvoir du pape est le seul qui découle immédiatement de Dieu ; toute autorité, celle de l'empereur comme celle des autres souveraine, dérive de l'autorité pontificale. Le pape peut à lui seul nommer un empereur; il peut reprendre aux électeurs le droit d'élection qui leur a été concédé ; l'élu ne doit point entreprendre de gouverner l'empire avant d'avoir été confirmé et couronné parle pontife, quoiqu'il puisse immédiatement administrer les affaires de l'Allemagne. Enfin le pape a le droit de nommer directement l'empereur, soit par voie d'héritage, soit par voie d'élection (1). Ces opinions n'étaient guère de nature à pacifier les esprits, ni à faire taire les doutes qui s'élevaient sur le pouvoir du Saint-Siège, et qui, se fortifiant de plus en plus, ébranlèrent les plus zélés partisans de l'ancien ordre de choses et leur firent craindre que Is' pontificat suprême ne succombât lui-même dans la lutte. Cc^te disposition se montre clairement dans un écrit bien postérieur du chanoine Pierre d'Andlau [f 1475] (2), qui malgré tout son attachement pour l'organisation hiérarchique, laisse percer une secrète préoccupation de l'inutilité de son œuvre.

Louis de Bavière, réconcilié avec Frédéric d'Autriche, se' dirigea vers l'Italie [1327]. Entouré d'évêques et de moines schisraatiques, il mit en pratique les doctrines de ses partisans : à Rome, il décréta la peine de mort contre tous ceux qui se rendraient coupables d'hérésie ou de lèse-majesté ; fit publier une série de griefs contre le pape, qu'il accusa de trahison ; fit déposer et condamner à mort Jean XXII. Il mit à sa place le Franciscain Pierre Rainalducci, qui appartenait au parti des spirituels, et prit le nom de Nicolas V. Ce fut le dernier antipape comme Louis fut le der-

(1) Augustinus Triumphus, Summa de potestate ecclesiastica ad Joh. Pap. XXII. Aug. Vind. 1473. Rom. 1582. Alvarus Pelagius, Deplanctu ecclesiae, libb. II. Ulm. 1474. Ven., 1560, in-fol.

(2) De imperio Romano, régis et Augusti creatione, inauguratione, administratione; officio et potestate electorum, etc., lib. II; éd. cum iiûtis Marq. Freheri. Argent., 1603-1612; Norimb., 1657. Cf. Buss, Gaz. de Fribourg, t. IV, p. 413-16.

480 § 267. — JEAN xxu ; benoît xii ; clément xx,

nier empereur excommunié. Mais les armes victorieuses de Robert de Naples et le mépris des Romains terminèrent cette comédie scandaleuse. Louis et son pape furent contraints de se retirer ; la plupart des villes italiennes et les chefs gibelins eux-mêmes abandonnèrent le parti de l'empereur. L'antipape, délaissé à Pise, tomba au pouvoir de Jean XXII, et mourut en prison à Avignon [1333]. L'interdit qui avait suivi l'excommunication de Louis fit en Allemagne une impression très-fâcheuse pour lui : aussi s'efforça-t-il, afin d'en être relevé [1330], de montrer la plus humble soumission envers le Saint-Siège ; mais Jean rejeta avec fierté toute condition de paix qui conserverait le trône impérial à Louis, et celui-ci en vint jusqu'à vouloir abdiquer en faveur de son cousin Henri, duc de Bavière. Il reprit cependant bientôt après, et plus vivement que jamais, les hostilités contre le pontife, et prétendit convoquer un concile général pour y accuser le pape d'une hérésie sur l'état des saints et le faire déposer.

Sur ces entrefaits Jean XXII mourut, laissant un trésor, produit des annates et de la possession de plusieurs grands bénéfices, qui se montait à 18 millions de florins d'or et 7 millions de joyaux, qu'il avait amassés, dit-on, pour une nouvelle croisade. Benoît XII, qui lui succéda, voulut entreprendre une réforme dans la cour pontificale, dans les mœurs et la discipline des moines et du clergé séculier, alléger des impôts devenus intolérables. Il termina la controverse suscitée sous son prédécesseur sur l'état des âmes bienheureuses après la mort. En même temps, secouant le joug honteux des rois de France, il se montra favorablement disposé pour l'empereur Louis, qui, de son côté, accueillait toutes les ouvertures raisonnables. Cependant Benoît était lié par la trop grande prépondérance des cardinaux et de la cour de Fiance. Celle-ci s'efforça d'empêcher la réconciliation avec Louis, et tout ce que put faire le pontife pour l'Allemagne, si cruellement éprouvée, fut de ne point lancer de nouvelles censures. Dès qu'on reconnut cette disposition du pape, les princes électeurs se réunirent à Francfort [1338] et déclarèrent Louis innocent de tous les griefs qui avaient déterminé l'interdit, et pertubateur du repos pubhc tout ecclésiastique qui recon-

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