URBAIN V ; GREGOIRE XI
excommunier [1372], les efforts des villes des États pontificaux pour se rendre indépendantes et s'allier aux Florentins, rendirent le retour du pape plus nécessaire que jamais. Catherine de Sienne s'y employa avec l'autorité que lui donnaient sa vertu et le don de prophétie (1). Grégoire convaincu se rendit à Rome, accompagné de tout le sacré collège, à l'exception de six cardinaux [1377] ; mais il ne fut pas complètement le maître, même dans sa nouvelle résidence, et fut obligé d'entrer en négociations avec le parti opposé. A Florence, sainte Catherine réussit à peine à calmer la fureur du peuple (2). La mort empêcha Grégoire de quitter Rome. — On reprit aussitôt les négociations pour la paix, qui fut conclue peu après.
Les papes d'Avignon achevèrent la codification du droit canon [voyez § 227]. Le dernier recueil de dècrétales authentiques fut rédigé sous Clément V et composé des canons du concile de Vienne et de quelques autres Lib. V Clementinarum. Les constitutions qui parurent plus tard furent conservées isolément {XX extravagantes Joann. XXII, divisées en 14 titres, et LXXIV extravagantes communes, formant 5 livres) (3). Plus tard, Jean Ghapuis les recueillit dans son édition du Corpus juris (Paris, 14Ü9). Malheureusement pour le Saint-Siège, la perte de son indépendance, l'influence exclusive de la pohtique française dans les conseils pontificaux, au détriment des autres nations, ébranlèrent la confiance générale dans le chef suprême de l'Église. Une foule d'impôts arbitraires, connus sous le nom de réserva^ tions, de commendes, de vacances, d'annates {fructus medii temjjoris, primi anni), de droits de confirmation, la contribution pour les croisades, changée en véritable dîme, et enfin le triste tableau que traça Pétrarque, témoin oculaire des scandales d'Avignon, firent perdre à la papauté presque tout crédit et toute autorité. Les efforts d'un Benoît XII, d'un Innocent VI, d'un Urbain V, ne purent contre-balancerl'ef-
(1) Cf. Vita S. Catharinee, par son confesseur Raijnmndus Capuanus, P. III, c. 8 (Bolland. Acta SS. mens, april. t. III, p. 956 sq.), Chavin de Malan, Hist. de sainte Catherine de Sienne.
(2) Bolland., t. III, p. 957.
(3) Cf. Bkkell, De l'origine et de l'usage actuel des Extravagantes, dans le Corpus juris canonici. Marbourg, 1825, Waller, Précis du droit canon, p. 205.
486 § 269*. — URBAIN vi; bomface ix;
fet général de ces désordres. Peu à peu le relâchement et la dissolution s'étaient étendus de la tête à tous les membres de l'Église : le tronc, comme les branches, languissait, stérile et deshonoré.
B. Grand schisme [1378-1417-1449]. Papes rivaux à Rome et à Avignon. — Conciles de Pise, de Constance, de Baie (de Ferraie et de Florence).
I. SovKCEs: Rayaald, Baluze, Bulœi'Hht. uiiiv. Paris., t. IV; d'Achery Spicileg. t. I, p. 763 sq. Marlene et Durand Thesaur. nov. anecdot. t. II, p. 1073. Eoriimdem Vet. Script. Collectio amplissima, t. VII, p. 425 sq. Theodorkus de Niein [abréviateur des papes rom., 1387- 1410, -f- arch. de Cambrai, 1417], De schism. inter papas et antipap. [jusqu'à 1410] libb. III, continué sous le titre : Nemus iinionis. Basileœ, 1560, in-fol. Argent., 1608 à 1629, in-8.
II. Travaux : Du Puy. Hist. du schisme, 1378-1428. Paris, 1654. Maimhourg. Hist. du grand schisme d'Occident. Paris, 1678, in-4. Prœfat. ap. Marlene et Durand, Ampliss. Coll. t. VII, Christophe, 1. c, t. III.
§ 269. — Urbain VI [1378-89] ; Bomface IX [1389-140-4]; Innocent V7/ [1404-6] ; Grégoire XII [iAdQ-^].
Les tristes événements des règnes précédents firent craindre aux Romains qu'on n'eût après Grégoire XI un pape dévoué à la nation française. Ils demandèrent donc avec instance au conclave un Itahen et, s'il était possible, un Romain. Les voix furent unanimes pour nommer le vénérablearchevêque de Bari, qui, après quelque résistance, monta sur le siège de saint Pierre, sous le nom d'Urbain VI (1). Fort de l'amour du peuple, il attaqua avec vigueur les mœurs relâchées des cardinaux français. Ceux-ci se retirè-
(1) Le fait des instances tumultueuses du peuple et celui de la liberté de l'élection s'accordent fort bien (Prima Vita Greg. XI in Balazii PP. Aven. t. I, p. 442, et secunda Vita ejusd. Ibid., p. 456. Tkeod. de Nient, De schism., lib. I, c. 2. Raynald. ad an. 1378, n° 2 sq,) On attaqua sur-le-champ la liberté de l'élection ; mais cette objection fut vivement combattue par les plus célèbres juristes de ces temps, Joh. de Lignaro et Jac. de Sera à Cologne, Baldus, professeur à Pérouse, Sainte Catherine de Suède, fille de sainte Brigitte, déclara aussi l'élection régulière. Or, elle en avait été témoin -oculaire.