INNOCENT VII ; GREGOIRE XII
rent dans la ville d'Anagni, d'où ils envoyèrent à Urbain l'étrange injonction de renoncer à la dignité pontificale. Les suffrages, disaient-ils, n'avaient pas été libres ; et cependant ils avaient eux-mêmes annoncé le contraire aux cardinaux restés à Avignon. Par malheur, Urbain, d'un caractère opiniâtre, avait rejeté le conseil de sainte Catherine de Sienne, qui, pleine de soUicitude pour le bien de l'Église, l'avait engagé à créer un nombre suffisant de cardinaux dignes de ce rang. La conduite imprudente du pape lui aliéna les esprits les mieux disposés. On attira les trois cardinaux romains, que le pape avait envoyés pour ramener les treize cardinaux français qui s'en étaient échappés, au conclave de Fondi, où s'étaient déjà rendus ceux d'Avignon, et ils élurent le cardinal Robert de Genève, qui prit le nom de Clément YII [1378-94]. Clément, ne se croyant pas en sûreté en Italie, se réfugia dans Avignon, et bientôt la politique française sutgagner à l'obédience de son pape, Naples, la Savoie, la Gastille avec l'Aragon, la Navarre, l'Ecosse et la Lorraine. La chrétienté fut donc partagée en deux, ne sachant sous quelle obédience elle devait se ranger. Alors seulement urbain résolut de créer vingt-six cardinaux italiens et prononça l'excommunication contre les cardinaux français et leurs partisans. En même temps il se mit à l'œuvre pour établir un ordre parfait à Rome. Clément VII, au contraire, faisait lourdement peser le poids de son autorité sur la France, première cause du malheur qui désolait l'Église, et, à son tour, la France, tenant en quelque sorte le pape en servitude, ne lui épargnait aucun déboire sur son siège d'Avignon (1). Naples devint, par suite de cette déplorable lutte, le théâtre des plus affreuses cruautés. Cinq cardinaux romains, qui, appuyés d'une consultation du canoniste Bartolino de Plaisance, voulaient mettre le pape en tutelle, furent arrêtés par les ordres inhumains d'Urbain, torturés et exécutés à Gênes. Naples excommuniée allait être attaquée par le pape, lorsqu'il mourut.
Cependant le schisme continua, les cardinaux romains ayant élu un de leurs collègues, Pierre TomaceUi, qui prit
{l) Nicol. de Clemengis, de Cormpto Ecciesiœ statu, danS von der Mardi, Conc. Const., t. I, P. III, p. 19.
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le nom de Boniface IX. Les deux papes s'anathématisaient mutuellement, et, par un étrange renversement de tous les principes, leur victoire finit par dépendre de l'assentiment des peuples, ou, dans la meilleure hypothèse, de l'appui que lui offrirait le monde savant. La Sorbonne de Paris se distingua plus particulièrement par ses efforts pour mettre un terme au schisme (1). Elle proposa trois moyens : ou l'abdication volontaire des deux pontifes, ou un compromis basé sur la décision d'un tribunal d'arbitres, ou la convocation d'un concile œcuménique pour mettre fin au débat (2). L'énergique lettre qu'elle écrivit à Clément VII le fit mourir de chagrin; mais on le remplaça par le rusé cardinal de Luna, sous le nom de Benoît XIII. Son élévation eut lieu en 1394 et rendit plus difficile que jamais l'extinction du schisme. Il n'eut aucun égard à la promesse qu'il avait faite au conclave de ne rien épargner pour rétablir l'unité de l'Église, quand même sa renonciation à la papauté en serait la condition. Il réussit, par son adresse, à gagner à sa cause le principal organe de la Sorbonne, le célèbre Nicolas de Clémengis, à faire accepter au fameux Pierre d'Ailly {Petrus ab AlUaco) l'évêché du Puy, et à attirer à sa cour la merveille de son temps, saint Vincent Ferrier.
Cependant l'assemblée du clergé, qui s'était réunie à Paris en 1393, se décida, afin de terminer la lutte, pour la déposition des deux adversaires. Benoît eut recours à tous les faux-fuyants, et sembla ne vouloir rendre la tiare qu'après l'avoir dégradée de toutes manières. La France elle-même indignée repoussa l'antipape avec horreur, tan-
(1) Les premiers efforts contre l'oppression de l'Église datent de 1381. Cf. Bulœi Hist. univ. Paris, t. IV, p. .^S2 sq. Dans la même année parut l'ouvrage de Henri de Langenstein, vice-chancelier de l'université de Paris et professeur de théologie à Vienne depuis 1384. Cet écrit est intitulé : Concilium pacis : De unione ac reformatione Ecclesiœ in conciho universali queerenda (Gerson. 0pp. éd. du Pin, t. II, p. 809-848; von der Hardt, Conc. Constant,, t. II, P. I, p. 2-61). L'auteur souvient déjà que, dans le cas d'un schisme, un concile général peut s'assembler sans être ni convoqué ni présidé par le pape. C'est surtout dans la réponse aux objections (c. 12-15) qu'il s'efforce d'établir ses arguments en faveur de cette thèse.
(2) L'avis se trouve dans BulœiUist. univ. Paris, t. IV, p. 687 sq., et dans d'Achery, Spicileg., t. I, p. 1776. Cf. Raynald. ad an 1389, n» 14; ad. an. 1390, n» 8.