INNOCENT VII ; GRÉGOIRE XII
dis que le parti de Boniface grossissait de jour en jour; mais ce pape mourut au milieu de ses nouvelles espérances. Alors le légat de Benoît déclara que celui-ci n'abdiquerait jamais. Les cardinaux jurèrent que celui qui serait élu emploierait tous les moyens, même l'abdication, pour terminer le schisme (1). Innnocent VII fut élu. Il ne fit que paraître pour laisser la place à Grégoire XII.
Déjà ces efîorts impuissants pour arriver h la paix avaient soulevé un vif mécontentement, lorsqu'on parla d'une entrevue à Savone entre Benoît et Grégoire. Elle eut lieu ; mais l'inconvenance et la basse duplicité de leur langage en font un des épisodes les plus pénibles de l'histoire ecclésiastique. La France renonça à l'obédience de Benoît, les cardinaux romains à celle de Grégoire, et les deux partis convinrent, à Livourne, de se réunir en mars 1409 à Pise, pour y tenir un concile général qui mettrait un terme à tous ces affligeants débats. La lettre de convocation exposait et jugeait assez mal l'affaire pendante. La position que prirent en conséquence les deux papes vis-à-vis de leurs cardinaux rendit la solution plus embarrassante encore. Pierre d'Ailly et le chancelier Gerson essayèrent inutilement de justifier la tenue du concile sans la convocation et le concours du pape (2). Leur argumentation est peu fondée, et il est toujours resté des doutes légitimes sur l'œcuménicité des actes de ce concile (3).
(1) Theod. de Niem, de Schism., lib, II, c. 34.
(2) Petr. de Atliaco, de Difficultate reforraationis Ecclesiee, etc. (J.Launoi, Hist. regii NavaiTce gymnasii. Paris., P. III, lib. I, c. 4; 0pp., t. IV, P. I). Gerson, Tractatus de unitateecclesiastica; Libellus de auferibilitate papœ ab Ecclesia. Matth. IX, 15 : « Veniet dies quum auferetur ab eis sponsus (0pp. éd. du Pin, t. II. p. 114 sq., p. 209-24. Cf. Mausi, t. XXVII, p. 172-186).
(3) Ce doute se foriifia lorsqu'on désavoua la principale affaire du concile de Pise, l'élection d'Alexandre V et la déposition de son successeur, Jean XXIII. Aussi appelle-t-on ce concile, dans S. Antonii Summa historialis, tit. XXII, c. 5, § 2 : « Conciliabulum, quum esset auctoritate alicujus eorum, qui se gerebant pro pontifice, congregatum, et per idem non erat ablatum schisma, sed augmentat.um. » Bellarminus, de Conciliis et Ecclesia, lib. I, c. 8, l'appelle -. « Nec approbatum nec reprobatum, » Ballerinus, de Potestate ecclesiast. summ, pontif. et conc. gênerai, c. 6, en nie l'œcuménicité. Les gallicans sont d'un avis opposé et considèrent le concile '--e Constance
§ 270. — Concile de Pise [25 mars — 7 août 1409]; Alexandre F [1409-10] ;Vean XXIII [1410-17].
I. Varia Acta concilii Pisani et ad illud spectantia {d'Acherij, Spicileg., t. I, p. 803-862), Mansi, l. XXVI, p. 1131 sq.; t. XXVII, p. 1-522; Harduin., t. VII, p. 1929-62; t. VIII, p. 1-204. Tlieodoricus de Niem, de Schism, inter papas et antipap., üb. III, c. 38 sq.
II. Lenfant, Hist. du concile de Pise. Amst., 1724-27; 2 tom. in-4. Richerii Hist. concil.gen., lib. II, c. 2, t. II, p. 64-131. Z>e Wessenberg, les grands Conciles des XIV" et XV' siècles. Constance, 1840, 4 vol., t. II, p. 48-69. Pour i-ectifier la partialité de cet auteur, voyez Hefele, Examen critique de Wessenberg, dans la Revue trimestrielle de Tubingue, 1841, 4° livr., et surtout le Catholique, 1840, livr. de novembre.
Rien de plus magnifique et de plus brillant que l'ouverture du concile de Pise. Le sacré collège y était représenté par vingt-trois cardinaux appartenant aux deux obédiences; l'épiscopat par quatre-vingt— dix prélats présents et cent-deux procureurs ou députés absents; le sacerdoce par quatre-vingt-sept abbés et deux ceux cents délégués, avec les généraux des quatre ordres mendiants ; enfin la science par cent vingt maîtres en théologie, trois cents docteurs et licenciés en droit romain et en droit canon(l); les princes régnants par les ambassadeurs d'Angleterre, de France, de Portugal, de Bohême, de Pologne, de Sicile et de Chypre,
La première session s'ouvrit le 25 mars 1409, le jour de l'Annonciation, sous la présidence du doyen d'âge, le cardinal Guido de Malesec. Le concile, après avoir entendu les deux représentants les plus distingués de la science, Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai [depuis 1398], et le chancelier Gerson, et s'être déclaré œcuménique dans les huitième et neuvième sessions, répondit à la protestation de Benoît XIII et à celle de Grégoire XII, que soutenaient Robert, roi de
comme une suite de celui de Pise. Cf. Ruitenstock, Institut, hist. ecclesiast., t. III, p. 392 sq.
(1) On ne saurait donner le nombre exact des membres à cause des versions dilTérentes. Mansi est le plus complet à cet égard. Mansi, t. XXVII, p. 331-56.
ALEXANDRE V ; JEAN XXIII. 49'î-
Germanie, et Ladislas de Naples, en les déclarant opiniâtres, et parjures, schismatiques et hérétiques incorrigibles, indignes de leur dignité et exclus de la communion chrétienne. Dans la seizième session, les cardinaux lurent une promesse solennelle par laquelle le pape futur s'engageait d'avance à ne point congédier le concile avant qu'on n'eût réformé l'Église dans ses membres (1). Après avoir établi dans une longue discussion que, dans les circonstances présentes, les cardinaux avaient le droit d'élire un pontife, leur choix tomba, le 26 juin, sur le cardinal Pierre Philargi , originaire de Candie , et qui prit le nom d'Alexandre V. Il avait de la réputation comme théologien et comme orateur. Sévère de mœurs, riche comme évêque, pauvre pour un cardinal, il se réduisit à la mendicité par ses imprudentes largesses, lorsqu'il fut élu pape; et, malgré la droiture de ses intentions, se rendit un souple instrumeut du rusé cardinal Cossa.
Après l'élection, le concile n'eut plus qu'un fort petit nombre de sessions dans lesquelles le nouveau pape remit tous les impôts arriérés, renonça aux revenus des évéchés vacants, ainsi qu'à ceux nommés fructus medii temporis. On décréta aussi la tenue des synodes provinciaux et diocésains, des chapitres d'évêques et d'abbés, enfin l'assemblée se sépara sans avoir travaillé à la réformation des mœurs et de la discipline, qui était si nécessaire, et dont on avait tant parlé ; mais on s'engagea à l'unanimité à se retrouver trois ans plus tard en concile général pour y travailler (2). On ne peut douter de la nécessité de ce délai, quand on le voit demandé par des personnages aussi éminents et aussi zélés pour la réforme de l'Église que Pierre d'Ailly et Gerson. On ignorait encore, en effet, quels pour-
(l) Cf. Raynald. ad ann. 1409, n° 71 : « Cardinales sacramento se obstrinxere singuli, si ad pontificalis dignitatis fastigium eveherentur, concilium propagaturos donec de ecclesiastica disciplina restitueuda leges cûnditae forent, etc. » Gerson représenta vivement la nécessité de celte réforme au pape Alexandre V avant son couronnement. Sermo factus coram Alexand. P. in die Ascens. Doniini {Gerson. 0pp., t. II, p. 131-41 ; 3Iansl, t. XXVII, p. 413 sq.). (2) Les actes du concile le disent expressément, et le pape répète : « Decernimus, sacro approbmite concilio, sacro requirente et ajyprobante concilio, itcrum generale concilium Ecclesiœ fore convocandum hinc ad triennium, etc. »
492 § 270. — CONCILE DE pise;
raient être les vrais moyens de remédier aux maux qu'on déplorait. Il fallait d'ailleurs, avant de pouvoir faire aucun pas en avant, que le nouveau pontife fût universellement reconnu. Malheureusement l'Espagne et l'Ecosse restèrent attachés à Benoît; Naples et plusieurs États itahens à Grégoire. L'Europe vit avec une douloureuse surprise trois papes à la fois. Les efforts du concile restèrent sans résultat par suite de l'égoïsme des princes, qui, contre le vœu formel de toute la chrétienté, sans imiter l'exemple des Pères du concile de Pise, attisèrent le feu au lieu de l'éteindre, et ne suivirent, dans une si grave question, que leur intérêt ou leur caprice,
Alexandre V mourut bientôt après fugitif à Bologne ; et le cardinal Gossa, qu'on accusait d'avoir empoisonné le pape, fut, malgré cette rumeur publique, élu à sa place, sous le nom de Jean XXIII. Théodoric de Niem trace une affreuse peinture de sa vie, de ses mœurs, de ses violencees. Toutefois il confirma les règlements de son prédécesseur, ainsi que du concile de Pise, et annonça son élévation aux diverses cours, en demandant leur appui contre les antipapes. Après la mort de Robert, Jean XXIII réussit à déterminer les électeurs en faveur de Sigismond de Luxembourg. Il contraignit de même Ladislas de Naples à abandonner Grégoire. Mais lorsque Jean entreprit d'exiger la dîme de tous les bénéfices, les revenus des églises vacantes et les biens laissés par les prêtresdéfunts, la Sorbonne et le parlement s'élevèrent en France contre de pareilles prétentions.
Cependant le pape ouvrit pour la forme le concile dont on était convenu à Pise (1) [avril 1412 à Rome] ; il n'y parut qu'unpetit nombre d'évêques, et il se termina promptement, après une rapide condamnation de diverses propositions de Wiclefî, de Jean Hus et des antipapes. Jean XXIII avait d'ailleurs pris d'excellentes mesures pour empêcher les évêques d'arriver ; résolu de ne réformer ni luimême, ni les autres, il s'était entendu avec son ancien ennemi Ladislas pour que celui-ci fermât tous les passages qui aboutissaient à Rome. Mais ce dernier se tourna bientôt de nouveau contre le pape, le força de quitter Rome et de
(1). Cî.Mansi, t. XXVII, p. 505-7; Harduin, t. VIII, p. 203.