DE CONSTANCE
Cependant, aies considérer en elles-mêmes (1). ces propositions étaient insoutenables et inadmissibles; hLlS ne convenaient point à un corps sain et robuste dont tous les organes doiventconcouriraa bien-être général. Dans le fait, la tête n'est ni au-dessus ni au-dessous du corps; elle forme un tout avec lui, en lui : il n'y a pas de corps vivant sans tête ni de tête en vie sans corps. Et il en est de même de l'Église, corps mystique dont Jésus-Christ est le chef invisible, le pape le chef visible. Ainsi la suprématie du concile qu'on proclamait, ne répondait pas à l'état normal de l'Eglise; mais elle parut nécessaire en raison des circonstances extraordinaires dans lesquelles on se trouvait ; car les papes s'étaient réellement séparés de la communion ecelésiastique, et ne prêtaient plus l'oreille aux demandes les plus justes. Ils avaient chassé Dieu de leur cœur et vivaient trop souvent encore dans une honteuse immoralité. Trois papes rompaient l'unité et la paix de l'Église, et aucun des trois ne voulait céder, ne voulait abdiquer, ne voulait se soumettre à un arbitrage. Il semblait donc que le seul moyen de sortir de la crise était de déclarer et de maintenir que le pape est inférieur au concile œcuménique, et qu'en ce qui concerne la foi, l'extinction du schisme et la ijéforme des mœurs, il peut être jugé et déposé par le concile. En conséquence, Jean XXIII fut réellement déposé. Il se soumit au décret, lorsque le margrave Frédéric de Brandebourg se fut emparé de sa personne. Grégoire accomplit aussi son devoir en se démettant volontairement de ses fonctions [4 juillet 1415]; il fut nommé cardinal-évêque de Porto [-f 1417]. Quant à Benoît, qui se montrait plus récalcitrant, on le déposa comme parjure, hérétique et schismatique [1" avril 1417]; et quoiqu'il déclarât, avec plus d'obtination que jamais, que l'Eglise était à Peniscola (l'arche de Noé), sa résidence actuelle en Espagne, l'Église l'oublia et se réjouit de n'être plus soumise qu'à un chef, aussi pur de mœurs que conciliant de caractère, dans la
et in merabris (Gerson. 0pp. t. II, p. 855-902; von der Hardt, t. I, P. VII, p. 277-398), écrit au commencement du concile.
(1) Petrm de Alliaco, Tractatus de potestate ecclesiastica, 1416. von der Hardt, t. VI, p. 15-78.) Joli. Gerson. Tract, de potest, eccles., 14-17 {ibid. p. 78-137 ; Gerson. 0pp., t. II, p. 225-290.
personne du cardinal Othon Colonua, devenu le pape Martin V [11 novembre 1417] (1).
La paix se trouvait donc rétablie ; mais il avait fallu de longs efforts pour arriver à ce résultat ; car Sigismond et la nation allemande, soutenus d'abord par les Anglais, avaient prétendu qu'on procédât à la réforme avant l'élection d'un pape. Cependant d'Ailly et Gerson ne tardèrent pas à reconnaître que le plus pressé était d'élire le souverain pontife. « Tout royaume divisé en lui-même sera » renversé et ne peut se soutenir, disaient-ils (2); de sim- » pies décrets ne sauraient réformer l'Église dans son chef » et dans ses membres, quand surtout les parties intéres- )) sées pourraient les rejeter, sous le spécieux prétexte )) qu'ils émanent d'une assemblée sans chef (3) ? n Le concile avait eu une triple mission : 1° éteindre le schisme ; 2° épurer la foi et extirper les erreurs des Hussites ; 3° réformer les mœurs et la discipline (inlendimus insistere pacem, exaltationem et reformationem Ecclesiœ et tranquillitatem populi christiani). Or la première seule avait été accomplie. On avait bien entrepris d'étouffer l'hérésie de Jean Hus, mais la plaie n'avait fait que s'envenimer depuis l'arrivée de celui-ci à Constance jusqu'à sa mort [3 novembre 1414 — 6 juillet 1415], qui devint pour l'Église la source de dangers encore plus grands.
Quant à la réforme de l'Église, le pape Martin ne répondit pas pleinement à ce qu'on attendait de lui. La commission qu'il avait nommée pour travailler à cette œuvre importante, et qui se composait de six cardinaux et des dé-
(1) Platina lui-même loue sa prudence, sa douceur, ses efforts en faveur de la justice et son habileté dans les affaires. Il montre aussi un grand regret de sa mort.
(2) Math. XII. 25,
(3) La protestation des trois cardinaux et des trois nations contre les éternels délais des Allemands pour élire un pape, est très-remarquable. Elle est datée de septembre 141.7, et on y lit ce passage : « Nullam autem omnino causam, immo nec occasionem habere videtur dicta natio, et ejus supposita différend! praemissa : nec uUara causanj allegant, nisi quod ante electionem fiat reformatio : quaj causa nuUa est; quoniam et fieri reformationem dictas très nationes et cardinales volant et cupiunt, proutjam ad hoc saos cum cœteris nationibus deputatos dederunt, qui ad hoc agunt; etillis agentibus '^1 potest etiam eodem tempore agi de modo electionis summi pontificis,