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DE CONSTANCE

pûtes de chaque nation, ne put jamais s'entendre, tant les propositions de ses membres étaient discordantes. Aussi: les diverses nations trouvèrent-elles plus utile de remédier aux maux les plus intenses et aux abus les plus criants, en concluant des concordats particuliers avecle pape (1). Cette mesure, soutenue par les canons de réforme que nous citerons plus loin, semblait déjà un heureux commencement de l'œuvre depuis si longtemps projetée {reformatio Eccksiœ). Une réforme radicale et complète était impossible tant qu'on manquerait du premier élément nécessaire pour 'accomplir, c'est-à-dire d'un clergé plus éclairé et plus

prout eidera nationi stepe fuit expositum et petitum. Prœterea, si reformatio fienda est de deformatis, quœ major est et esse potest in corpore deformitas quam carere capite et acephalum esse ? Illaigitur prior, tauquam magis necessaria débet esse reformatio, quœ corpus ipsum ad caput reformet; et informel; et contrarium asserere vel facere nonvidetur esse securum. » XXXVIII. Mansi, t. XXVII, p. 1152; Harduin., t. VIII, p. 849. D'ailleurs la nation allemande avait avoué, dès le commencement, que : Nec est aut erit assertrix, nec unquam intravit ejus mentem hujusraodi hœreseos infectio, ut Ecclesiam sine sumrao pontifice débite hierarchizari putet, aut utilem esse vocationem diutius protelatam. » Apud Mansi, 1. cit., p. 1155; Harduin, p. 852.

(1) Ces concordats, qui eurent lieu avec l'Allemagne, sont du 2 mai 1418 {von der Hardt, t. I, p. 1055-68; Manch, Recueil complet de tous les anciens et nouveaux concordats, P. I, p. 20). C. I. De numéro et qualitate cardinalium et eorum creatione ; C. II. De provisione ecclesiarum, monasteriorura, prioratuum, dignitatum et aliorum beneficiorum ; C. III. De annatis ; C. IV. De causis tractandis in Romana curia necne; C. V. De commendis ; C. VI. De simonia; C. VII. De non vitandis excommunicatis antequam per judicem fuerint declarati et denuntiati; C. VIII. De dispensationibus ; C. IX. De provisione papte et cardinalium; C. X. De indulgentiis; cavebit dominus noster papa in futurum nimiam indulgentiaram effusionem, ne vilescant et m prœteritum concessas, ab obitu Gregorii XI, ad instar alterius indulgentit« revocat et annullat; CXI. De borum concordatorum valore. Avec les Anglais, le 22 juillet 1418 {von der Hardt, t. I, p. 1079-82) : C. I. De numéro et ratione cardinalium; C. II. De indulgentiis; CHI. De appropriationibus, unionibus, incorporationibus ecclesiarum et vicariatuum; C. IV. De ornatu poatificali inferioribus prœlatis non concedendo; C. V. De dispensationibus; C. VI. De Anglis ad officia Romanae curiee assumendis, Ave« les Français, le 2 mai 1418 {von der Hardt, t. IV, p. 1566-79). Les matières traitées sont les mêmes. Une seule y fait exception : Prserogativain obtinendis beneficiis universitati Parisiensi concessa per dominum Martinum papam V.

régulier dans ses mœurs. La première chose à faire était que chacun commençât par se réformer soi-même, car le mal était -moins extérieur qu'intérieur ; il consistait pardessus tout dans un profond égoïsme, dans l'oubli de Dieu, dans l'éloignement des saints mystères. Les évêques, de leur côté, se montraient en général plus occupés des affaires de l'État que de la conduite spii-ituelle de leur diocèse. Aussi, malgré la proposition réitérée qu'on en avait faite au concile, dans de bonnes intentions, on ne pouvait guère songer à ramener la papauté à sa constitution primitive, et à rendre aux vêtements sacerdotaux leur antique simplicité, en place des habits somptueux, de l'hermine, du glaive et de la.eouronne que portaient les évêques princesélecteurs d'Allemagne. Martin V était beaucoup plus sage quand il proposait de réduire peu à peu le pouvoir pontifical à ses justes limites, en commençant par réformer les abus les plus pernicieux. On conçut encore de nouvelles et plus vives espérances, lorsqu'à la 44'' session on l'entendit annoncer qu'un concile œcuménique serait tenu à Pavie, dans cinq ans (1). On avait répété jusqu'à satiété que le pape était inférieur au concile généra! et qu'on pouvait appeler de l'un à l'autre. Martin V, profitant de ce que des envoyés polonais lui avaient demandé de censurer un Dominicain prussien nommé Jean de Falkenberg, auteur d'un libelle injurieux contre le roi et la noblesse polonaise, proclama solennellement que personne n avait le droit d'en appeler du Siège apostolique, ou de rejeter ses décisions e,i matière de foi (2), Enfin, le concile fut clos (3) le 16 mai

(1) A la fin de janvier 1418, on publia déjà Martini V. Reformatio in capite et curia Romana rationibus oblata (von der Hardt, t. I, p. i021-45), art I-XVIII. Les décrets de réforme sont du 21 mars 1418 et divisés en sept chap. (von der Hardt, t. IV, p. 1533-42).

(2) Cf. l'on der Hardt, t. IV, p. 1548-64; Harduin, t. VIII, p. 899; JtfftASï, î. XXVII, p. 1200 sq. Gerson, (Tract, quomodo et an liceat ia causis fulei a sammo pontifice appellare s. ejus Judicium decli nare, 0pp., t. II, p. 303-8), s'éleva contre ce décret et s'efforça de prouver que l'autorité de Martin reposait sur le pouvoir suprême du concile qui venait de se manifester par la déposition de Cossa. Cependant il est loin d'attribuer au concile la même autorité pour chaque cas particulier.

(3) Hardt résume parfaitement en ces termes l'ensemble des travaux du concile : « Vide hoc (t. IV}, arge, arguteque lector, memo-

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1418, et, peu après, le pape cherclia avec prudence et mesure à introduire en partie son concordat en France, malgré l'opposition du parlement [1424]. 11 fut non moins généreux à l'égard du cardinal Cossa (Jean XXIII) qui s'était humilié devant lui à Florence, dont il adoucit les derniers moments par sa bienveillance et la considération dont il l'entoura [-f- 1419]. Quant à Pierre de Luna, profitant des démêlés de Martin avec le roi d'Aragon, il avait essayé de relever son parti; mais personne ne le soutint, et l'on oublia bientôt Pierre, ses deux successeurs, et leur papauté dePeniscola. Martin V retira aussi peu à peu Rome des mains des Napolitains, remit la nouvelle république de Bologne sous son autorité [1420], et travailla avec ardeur à la restauration de l'État et de l'Église. Fidèle à sa promesse, il convoqua le concile à Pavie (1), en 1423 ; mais la peste le

rabilia acta et décréta publica magnse et incomparabilis synodL Constantiensis, quadriennio feie continuatae. Qua nulla unquam in christiano orbe major, nulla spiendidior, nulla constantior, nulla potentior, nulla victoriosior. — Miraberis insolubiles nodos Constantiœ solutos, de Romanis pontißcihus eorumque juribus factisque, tribus prœsertim Ecclesiam onerantibus, Joanne, G-regorio et Benedicto. De Cardinalibus reliquoque universo ecclesiastico statu saucte formando ac rite reformando, vita et regimine. En communia seeculi illius vota universi Europœo chrisliani orbis corpore uni bono pastori, religiöse capiti reduniendo. En graves, sanguines plenas, publicas disputationes de sacris doctrincB christianee qufestionibus, hue ex toto orbe perlatis, Wiclejlcis ex Anglia, Parvianis et Falkenbergianis, ex Gallia Brigitticis ex Suecia et Dania, Ferrarianis et Flagellariis ex Hispania, Crucifcrinis exPolonia et Borussia, Hussiticis et Jacobellicis ex Bohemia, Laudeis ex Ilalia. Habes de episcopis captivis, defunctis, intrusis, spoliatis eclcesiarum et civitatum qucestiones, causas et jura. Accipis augustissimce CaesareiE majestatis et imperialis juris, potentiae ac gloriae documenta irrefragabilia. — Observa in Joanne XXIII miierabile spectaculum, in Gregorio XII mirabile fatum, in Benedicto XIII lacrymabile exemplum. Quibus debellatis omnium nationum opéra electus Martinas V, admirabile negotium. » La déclaration du concile de Bàle, en parlant de celui de Constance, est curieuse : « Quis determinationes et décréta illius synodi (Constant.), per declarationem auctoritatis universalis EcclesicC et generalium conciliorium eamdem reprœsentaiitium, pro exstirpatione prâedicti schismatis, pro eliminatione hœresium et errorum, ac pro reformaiione in capiteet in niemtris édita, non libenter audire et cognoscere velit? » {Mansi, t. XXVII, p. 529: Harduin., t. VIII, p. 209.)

(1) Conc. Senence, apud Harduin., t. VÎII, p. 10-1328; Mansi, t. XXVIII, p. 1057-84.

força de transférer l'assemblée à Sienne, où se rendirent fortpeu de prélats. Alphonse d'Aragon ayant voulu profiter de ce petit nombre pour relever l'étendard de Pierre de Luna, qui mourut [l^juin 1423], le concile ne put s'occuper que de la condamnation de l'hérésie de Wiclef et de Hus, et d'un projet de réunion avec l'Église grecque. Il fallut remettre encore une fois la grande affaire de la réforme au prochain concile, et l'attitude menaçante des Hussites, précisément avant la mort de Martin V [20 février 1431], en fit fixer la réunion à Bâle.

§ 272. — Eugène IV [1431-47]. Concile de Bàle ; son opposition avec les Conciles de Ferrare et de Florence.

Mansi, t. XXIX-XXXI; Harduin., t. VIII IX; W'ürdlwei7i, Siibsidia diplom. Heidelb., 1774 sq., t. VIII-IX. Spiclleg. roman. Rom. 1S39, t. I, p. 1-61 (sur Eugène IV et Nicolas V). Mneœ Sijlvii Comment, de rebus Basile;e gestis. etc. [1438-40], libb. III. Bas., 1577, ed Mie. Catalaunus. Firmi, 1803, in-4. Enfin, à la tête des écrits plus ou moins partiaux sur cette matière, il faut mettre Fasciculus rerum expetendarum ac fugiendarum, arrangé par Orlhuinus Gratius. Colon., 1535; Lond., 1690. Augustini Patricii Summa conciliorum Basil., Florent., etc. (Harduin., t. IX, p. 1081 sq. Hartzheim, Conc. Germ., t, V, p. 474). Ambrosii Traversari Ep. ad Laur. Melius. Florent., 1759, in-fol.

Richerii Hist. conc. gênerai., lib. IH, c. 2 sq., t. II, p. 305-G70. Natal. Alex. Hist. écoles, sœc. XV, diss. VII. Hefele, I. cit., cherche à tenir le milieu entre les deux opinions extrêmes sur le concile de Bàle. Wessenberg, I. c, t. II, p. 271-513. Le Catlwlique, 1841 (mois de juillet, août et sept.).

Avec Eugène IV, dont les bonnes intentions n'étaient pas douteuses, s'ouvrait un nouvel avenir pour l'Église. Entrant complètement dans les vues de son prédécesseur, il convoqua le concile à Bâle et confirma le choix de Martin V, qui en avait donné la présidence au savant et habile cardinal Julien Gésarini. Cependant celui-ci, occupé alors en Bohême de l'affaire des Hussites, fut momentanément remplacé par deux plénipotentiaires, le docteur Jean Polémar et le Dominicain Jean de Raguse.

Le concile s'ouvrit le 23 juillet 1431, quoiqu'il n'y fût arrivé que des docteurs, des chanoines et des abbés, mais

aucun évèque (1). Ce fut seulement au mois de septembre qu'on vit entrer à Baie Césarini, qui avait reconnu rim^iossibilité de terminer pacifiquement les affaires de la Bohême. -Il fit savoir au souverain pontife, par l'intermédiaire du chanoine Beaupère de Besançon, que la guerre entre Philippe de Bourgogne et Frédéric d'Autriche empêchait les prélats de se rendre à Baie, et que l'hérésie des Hussites avait pénétré jusque dans ces contrées, ou le clergé était exposé à toutes sortes de -siolences. Ces circonstances, jointes aux dispositions sincères manifestées par les Grecs, qui désiraient se réunir dans une ville d'Italie, portèrent Eugène à suspendre le concile dès son début et à en annoncer en même temps un autre à Bologne, dont l'ouverture était fixée au 12 novembre. Ce projet fut en effet mis à exécution [14 décembre] (2), lorsque le pape apprit que le concile de Bâle avait invité à se défendre devant lui les partisans opiniâtres des Hussites, quoique ceux-ci eussent déjà été solennellement condamnés comme hérétiques. Le concile, sans même attendre le retour d'un courrier envoyé à Rome par Césarini (3), et, bien que douze prélats seulement fussent présents, ouvrit sa première session [14 décembre], se déclara légitimement convoqué pour traiter : i° de l'extirpation de l'hérésie et du schisme grec; 2" de la confirmation de la foi; 3° du rétablissement de la paix entre les princes chrétiens ; 4° de la réforme de l'Église dans son chef et dans ses membres ; 5° du rétablissement de l'ancienne discipline.

Mais quand arriva la bulle qui fermait le concile [janvier 1432], les Rères s'en montrèrent fort irrités, et JuUen lui-même soutint la nécessité d'en continuer les sessions dans la ville où il s'était ouvert (4), pour ne pas permettre que les Bohèmes appelés à comparaître pussent accuser les chefs de l'ÉgUse de s'être enfuis, parce qu'ils ne pouvaient

(1) Cf. la note de Mansi sur Rayaald. ad ann. 1431, n» 21.

(2) Eugenii Ep. ad Julian, cardin. et Bulla revocationis, ap. Harduin, t. VIII, p. 1575 sq.; Raynald. ad an, 1431, n" 21.

(3) Les actes de ces deux premières sessions et des suivantes sont dans Harduin, t. VIII, p. 1103 sq.; Mansi, t, XXIX, p. 3 sq.

(4) Raynald, ad an. 1432, n° 22 ; mais plus complet dans le Fasciculus rerum expetend. Colon., 1535, p. xxviij-xxxij.

pas les réfuter. Césarini fît encore entendre que le pape s'était laissé entraîner à lancer cette bulle par suite de faux rapports. Aloi-s l'assemblée, convaincue de ses prétendus droits, rédig-ea une encyclique, adressée à toute la chrétienté, où elle se déclarait réunie au nom de l'Esprit saint et résolue de mener à bonne fin l'œuvre commencée (1). A cet égard, l'opposition des Pères à la suspension était en partie fondée, et procédait sans aucun doute d'une intention droite, ce qui explique l'approbation générale accordée à leur conduite. Les évêques français, réunis à Bourges, se déclarèrent pour la légitimité du concile de Baie, et manifestèrent l'intention de s'y rendre, ainsi que celle d'en demander au pape la continuation pour le bien de l'Église. Parmi les souverains qui s'y intéressaient, on remarquait surtout l'empereur Sigismond, devenu depuis peu souverain de la Bohême. Il avait également écrit au pape pour rassurer que l'appel des Hussites avait uniquement pour but une information plus complète. Le refus persévérant d'Eugène excita plus vivement encore l'attachement des Pères et des princes au concile de Baie. Les premiers continuèrent à défendre la légitimité de leur assemblée, renouvelèrent dans la seconde session [IS février], quoiqu'il n'y eût que quatorze évêques présents, les décrets du concile de Constance, concernant la supériorité du concile œcuménique sur le pape, et sommèrent le pape, le 29 avril suivant, jour de la troisième session, de révoquer sa bulle et de se rendre en personne avec les cardinaux, ou de se faire représenter à Baie. Un des plus chauds défenseurs de tous les procédés de l'assemblée était Nicolas de Cusa, près de Trêves, doyen de Saint-Florin de Coblentz, que Césarini avait fait venir au concile, et qui, plus tard, fut promu au cardinalat et à l'évêchéde Brixen. Nicolas, après avoir été élevé chez les Frères delà vie commune^ à Deventer, avait suivi les cours de l'université de Padoue, et s'y était spécialement adonné à l'étude du droit canon et du droit civil. Sa science profonde en ces matières, à laquelle il joignait une connaissance peu ordinaire de l'histoire, de la

(1) Harduîn, t. VIII, p. 1315-17: « Sacrosancta generalis synodus Basil. In Siîiritu sancto legitime congregata, uaiversalem Ecclesiam repraesentans, universis Christi fidelibus. »

philosophie et des mathématiques, lui valut, parmi ses contemporains, le surnom de decretorum doctor (l).

Il entreprit, pour justifier par des documents historiques les principes du concile de Bâle que les besoins de l'Église lui avaient fait embrasser avec joie, son fameux ouvrage De concordia catholica îibri &es, qu'il publia en 1433. On peut considérer cet écrit comme l'expression de toutes les opinions soutenues par Gerson, d'Ailly, Nicolas de Glémengis et une foule d'autres docteurs, sur l'Éghse en général, sur les rapports du pape avec les évêques et avec le concile, sur les relations du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Il mérite donc que nous en fassions une rapide analyse, surtout en ce qui concerne les rapports du pape avec le concile.

L'Église, dit Nicolas de Cusa (2), est la réunion vivante de tous les esprits raisonnables par le Christ et dans le Christ (liv. I, c. 1) ; elle est le corps mystique du Christ (Hv. II, c. 18). Elle est donc une dans son principe et son ensemble, et cependant elle se divise, d'après la nature de ses membres, en Église triomphante^ souffrante et militante (Uv. I. c. 4.) L'Éghse militante se compose, à son tour, de trois éléments, qui entretiennent l'unité de la vie ; ce sont : les sacrements, le sacerdoce, les laïques. Jésus-Christ en effet, se communique aux laïques dans les sacrements par l'intermédiaire du prêtre : le sacerdoce est donc un moyen terme nécessaire dans l'Église, comme l'âme est le moyen terme indispensable entre l'esprit et le corps. Le sacerdoce remplit les fonctions de l'âme dans le corps des fidèles.; dirigé lui-même par le Saint-Esprit, c'est à lui de guider, de vivifier, d'éclairer le corps (liv. I, c. 8). Mais de même que l'âme possède diverses facultés, de même le sacerdoce comprend les différentes fonctions de la hiérarchie ecclésias-

(1) Nicolai Cusani 0pp. Basil., 1565, 3 vol. in-fol. Morceaux inédits du même, dans la Revue de Tubingue, 1830, p. 171. Hartzheim, Vita Nicolai de Cusa. Trevir., 1730. Scharpf, influence religieuse et littéraire de Nicolas de Cusa. Idem., le card. et év. Nicolas de Cusa, Mayence, 1843, P. I. Dux, le Card. Nie. de Cusa et l'Église de son temps. Ratisb. J847. deviens. Jordan Bruno et Nicoh de Cusa : Traité Philosoph. Bonn, 1847.

(2) Nous empruntons cette analyse à Hefele dans les Annales dg théologie et de philosophie chrét. de Giessen, t. VI, p. 36i-6S.

tique, dont la plus haute est l'épiscopat (liv. I, c. 6). Les évêques sont tous égaux entre eux, quant à l'ordre et à la juridiction, mais ils diffèrent par la nature de leur pouvoir administratif et l'objet spécial de leur sollicitude. L'importance plus ou moins grande des églises confiées à leur administration détermine la différence du rang et du pouvoir administratif des évêques. Ce ne fut donc pas le hasard, ce fut la Providence elle-même et les apôtres qui arrêtèrent la constitution de l'Église. Mais par-dessus tous, s'élève l'évêque de Borne, grâce à l'institution divine, qui voulut faire de l'antique centre de l'erreur le centre nouveau de la vérité (liv. 1, c. 5-15). En effet, le Christ préposa saint Pierre aux autres apôtres, comme le plus âgé, pour éviter toute division, pour maintenir l'unité, en rattachant toute l'Église, par Famour, à un centre commun et vivant (liv. I, c. 11). Cette haute dignité passa de saint Pierre à ses successeurs; ce privilège devint le droit inaliénable du siège de Rome pour tous les siècles (1) ; Rome est donc le véritable et unique siège de l'évêque qui représente toute l'Eglise, et quiconque n'est pas avec celui-là est hors de celle-ci (liv. I, c. 14-15).

Un concile œcuménique exerce la plus haute autorité et est infaillible, mais en matière de foi seulement (liv II, c. 5) : car toute l'Église s'y trouve réunie et représentée par le sacerdoce, et le Christ a donné à l'Église le pouvoir de îieret de délier, et le privilège de l'infaillibihté (liv. II, c. 18). Ainsi le concile universel ne tient pas son autorité de celui qui le convoque, mais bien de Jésus-Christ; et le pouvoir qu'a sur le concile celui qui le convoque cesse dès l'instant où le concile est constitué. Il n'est pas nécessaire que ce soit le pape qui le convoque, car les huit premiers conciles ne furent point convoqués par des papes (liv. II, c. 25) ; cependant personne n'oserait leur refuser le titre d'œcuménique.

De même les décrets de chaque concile tiennent leur force, non du président du concile, mais bien du Saint-

(1) Toute cette partie est bien loin de confirmer l'assertion de Gieseler. Suivant lui, les doctrines de Nicolas de Cusa menaçaient la papauté dans son existence intime. Précis d'hist. ecclés., t. II, sect. IV, p. 62.

Esprit, qui inspire l'unanimité des membres au milieu des quels est Josus-Christ (liv. IL c. 8 et 9). Chaque membre est une partie essentielle du synode, car la vérité dépend de l'unanimité, et quiconque a le droit de siéger au concile ne doit, sous aucun prétexte, en être éloigné ou exclu (liv. II, c. 15). Les évêques seuls, ou leurs fondés de pouvoirs, ont ce grand privilège ; eux seuls ont une voix décisive. Néanmoins, c'est une coutume sage et salutaire d'appeler au concile d'autres dignitaires de l'Eglise, tels que de savants prêtres et des docteurs de droit canon, dont les conseils peuvent éclairer les Pères du concile (liv. II, c. 16 et 23). Le concile œcuménique a seul le droit de faire des décrets généraux, auxquels chacun, sans distinction, esttenu de se soumettre (liv. II, c. 9), parce que le concile représente l'Eghse. Les décrets du pape (car lui aussi a le droit d'en faire pourl'Eglise, dont il est le surveillant et le représentant) acquièrent force de loi, et l'autorité des décrets d'un concile œcuménique lorsqu'ils ont été universellement promulgués et acceptés. En vertu de la môme autorité suprême du pontife romain sur toute l'Eglise qu'il gouverne, aucun synode particuher ni œcuménique ne peut se réunir sans son consentement (liv. II, c. 15).

Ainsi, le pape et le concile général sont les représentants de l'Eglise ; mais cette représentation est plus exacte, plus complète dans le concile, parce que là se trouvent tous les pasteurs du troupeau chrétien, tandis que le pape représente l'Eglise d'une façon confuse [confuse) et, par conséquent, moins précise, moins complète. Le concile est donc préférable au pape ; ses décisions sont plus certaines et plus vraies (liv. II, c. 18) ; en un mot, le concile œcuménique est au-dessus du pape (liv. 11, c. 17). Celui-ci est une partie, un membre prééminent du concile ; mais le tout est au-dessus de la partie (liv. II, c. 15). L'histoire démontre cette supériorité du concile sur le pontife, et les plus distingués d'entre les papes l'ont formellement reconnue. Un pape n'est pas moins lié que tout autre chrétien par les canons d'une pareille assemblée. Il leur doit obéissance, et, suivant l'expression de saint Léon, il doit être le premier à les suivre, parce que, d'un côté, ce sont les inspirations de Dieu même, et que, de l'autre, le souverain pontife doit donner l'exem-

pie de l'obéissance envers Dieu et TEglise, en même temps qu'il veille à ce que tous les chrétiens s'y soumettent (liv, II, c. 20). Dans les cas extraordinaires et d'urgente nécessité le pontife romain a la faculté de dispenser des canons des conciles généraux, mais sous la condition expresse de prendre l'avis des cardinaux (liv. II, c. 21).

En ce qui concerne l'étendue de l'autorité attribuée au concile sur le pape, on ne saurait nier qu'il peut être déposé par ses subalternes, s'il s'attache à une hérésie condamnée. La règle est la même pour lui que pour tout autre dignitaire de l'Eglise. L'hérésie, par elle-même {eo ipso), nonseulement le prive de son rang suprême, mais l'exclut de l'Eglise.

La thèse est plus douteuse quand il s'agit d'une autre faute. Ce doute même contredit l'opinion générale qu'aucun chef spirituel ne saurait être déposé par ses subordonnés, ni par un synode qu'il a convoqué, pour cause de mauvaises mœurs. Dans ces cas, les efforts doivent se borner à l'amener à résipiscence, si cela est possible. Mais ce principe général n'est plus applicable quand il s'agit des relations d'un concile œcuménique avec le pape (liv. II, c. 17). En vertu de cette supériorité du concile général sur le pape, il est le juge du pape et peut le déposer pour d'autres fautes que celles d'hérésie; car le but du concile est précisément d'arrêter les abus, par conséquent d'en punir les auteurs, quand même ce seraient des papes (liv. II, c. 17). Cependant le concile ne doit jamais oublier la haute position du souverain pontife , il doit procéder avec respect, employer tous les moyens conciliants, et n'avoir recours à la déposition qu'à la dernière extrémité (1).

Telles furent les vues, en partie tout à fait erronées, qui dirigèrent et firent persévérer dans leur entreprise les Pères du concile de Bàle. Le cardinal Julien avait d'abord renoncé à la présidence; cependant pour empêcher de plus grands maux, il pria de nouveau Eugène IV de reconnaître l'œcuménicité de l'assemblée. Dès la quatrième session [20 juin 1432], les Pères accordèrent un sauf-conduit aux Bohèmes, et se mirent à prescrire des lois au pape. Ce fut

(1) Voy. lib. II, c. 15, 17.

en vain qu3 l'archevêque André de Colocza et Jean de Tarente s'élevèrent vigoureusement contre de pareilles tendances (1); vainement aussi l'empereur Sigismond annonça Tintention de se réconcilier avec le pape ; les Pères n'en tinrent aucun compte. Dans une lettre acerbe, ils reprochèrent au chef de l'Église d'être la cause première du schisme, en faisant valoir leur autorité comme celle d'un concile légitimement assemblé ( m Spiritu sancto legitime congregata). Dans la sixième session [6 septembre], à laquelle assistaient trente-deux évêques, Tanimosité contre Eugène monta à un tel point, qu'on proposa de le déclarer contumace. L'extravagante extension du pouvoir du concile croissait d'heure en heure : on ne rougit même pas de répandi-e les bruits les plus infâmes et les moins fondés sur le caractère moral du pontife. A la septième session [3 et 6 novembre] , le cardinal JuUen reprit la présidence, et on arrêta que, dans le cas où le Saint- Siège viendrait à vaquer, l'élection du nouveau pape ne pourrait avoir lieu que dans la ville de Bâle. En outre, on fixa un délai de soixante jours dans lequel Eugène devait révoquer sa bulle de suspension. Enfin, dans la dixième session [19 février 1433] , survint un nouveau décret qui déclarait le pontife désobéissant et opiniâtre. Eugène cependant, persuadé que beaucoup d'obstacles qui, selon lui, avaient entravé le bien, étaient désormais écartés, prit le parti de se montrer plus conciliant envers les Pères de Bâle (2), 11 révoqua sa buUe et entra en négociation, par ses légats, chargés de la conclusion des affaires. Mais les membres du concile dépassèrent encore une fois toutes les bornes de la modération, et, s'appuyant toujours sur le principe qu'ils représentaient l'Église entière ( univey^salem Ecdesiamreprœsentans), ils rejetèrent la plupart des propositions des légats, élevèrent des chicanes sur les termes de la nouTelle bulle, et, de la onzième à la quinzième session, promulguèrent plusieurs décrets dont le but immé-

(1) Voy. ce discours dans Mansi, t. XXIX, p. 468-92; Harduin, t. YIII. p. 1518-40. L'archevêque André met à la tête de son discours ces mots de l'Apôtre : « Non sit schisma in corpore. »

(2) Cf. Riiynald. ad an. 1438, n» 19 sq. Les bulles d'Eugène sont dans Mansi. t. XXIX, p. 574; Karduin, t. VIII, p. 1168-72. Cf Mansi, loco cit., p. 72 sq.

diät était d'humilier le pape et d'abaisser l'autorité du Saint-Siège. Eugène, néanmoins, poussa ses concessions jusqu'à la dernière limite, en souscrivant une formule rédigée par les Pères, dans laquelle il reconnaissait la légitimité du concile. A ce prix, on abandonna la présidence aux envoyés pontificaux [5 février 1434], et on révoqua tous les actes dùngés contre la personne et la dignité du pape (1). Dès ce moment la paix fut rétablie, et avec elle le concile recouvra la considération universelle. L'empereur Sigismond était arrivé à Baie, où il avait travaillé avec ardeur à obtenir ce résultat.

Si, tant qu'on avait disputé sur l'existence même du concile, on avait pu oublier le but primitif de l'assemblée, on devait s'attendre ù ce que, fortifiée de jour en jour par l'arrivée de nouveaux évoques, elle s'occuperait avec d'autant plus de zèle de l'extinction des hérésies, de l'union de tous les chrétiens et de la réforme de l'Église. Cependant les Pères prouvèrent bientôt qu'ils n'abandonneraient ni leur voie première ni leurs coteries ordinaires. Ils refusèrent aux légats la juridiction coercitive (jurisdictio coactiva) [2Ü avril 1434], et renouvelèrent le décret de Constance sur la suprématie du concile (2), et cela au moment même où Rome venait de se soulever à l'instigation du duc de Milan, et où le malheureux Eugène s'était vu contraint de se déguiser pour gagner Florence. Les résultats de la dixneuvième session [7 septembre] furent plus dignes, puisqu'on s'y occupa de la réunion des Églises d'Orient et d'Occident, dans un concile qui serait tenu en Italie et auquel assisteraient le pape, l'empereur, le patriarche et les évoques grecs. Les séances suivantes furent employées à rédiger des canons de réfoime fort importants, contre le concubinage du clergé, les abus de l'appel et de l'interdit, les exercices du culte et les désordres qui subsisUdeat dans certaines églises, tels que les foires, la fête des fouS;,

(1) Voyez Augustin. Palricim dans sa Somme des conciles. Il élait présent.

(2) Dès le 24 avril, on obligea par serment les légats de la soutenir; mais, au rapport de Turrecremata, ils le firent comme individus, non comme représents du Saint-Siège. Ils auraient, au contraire, protesté en cette dernière qualité.

et de longs et scandaleux festins. L'élection des papes et le sacré collège devinrent aussi l'objet d'une attention particulière. Dans la quinzième session, les Pères prescrivirent la tenue régulière des synodes diocésains et provinciaux.

Cependant, comme ce zèle de réforme, souvent inconsi-s doré, menaçait aussi de réduire le Saint-Siège à une véritable servitude et d'anéantir complètement l'influence souvent si nécessaire du pape sur les élections canoniques, que le concile prétendait lui enlever ses revenus les plus indispensables, le priver de ses droits les plus légitimes, il excita la méfiance parmi ses plus chauds et ses plus anciens défenseurs, tels que Nicolas de Gusa. Il y avait d'ailleurs une choquante contradiction h dépouiller le pontife des annates et de toutes les taxes sur la collation et la confirmation des bénéfices (1), tandis que le concile autorisait la levée de certains impôts sur le clergé inférieur pour l'entretien de l'èpiscopat, comme aussi à réclamer avec force l'exécution des canons de Constance et la réforme, quand il mettait en vente des indulgences pour obtenir les sommes nécessaires à la réunion des Églises grecque et latine. A la vue de ces actes irréfléchis, Eugène IV adressa aux souverains une encyclique dans laquelle il exposait les attaques dirigées contre sa propre dignité, nommément dans la vingt-troisième session [25 mars 1436], oii l'on prescrivait jusque dans les moindres détails la forme des élections et du gouvernement des papes; où on leur apportait une formule de foi, reconnaissant les conciles de Constance et de Bâle touchant la supériorité des conciles sur le pontife suprême, l'intervention du concile dans une foule de questions purement politiques, et le préjudice qui en résultait pour le but spécial de rassemblée. Le pape songea même sérieusement à la dissoudre. Il s'arrêtait d'autant plus à cette pensée que, chaque jour, les Grecs, se rapprochaient davantage du Saint-Siège, grâce au zèle

(1) Le concile promit, il est vrai, au pape une compensation : « Mais dans la pratique, dit Walter (Man. du droit canon, S' édition, p. 398), on ne put trouver cette compensation. En Allemagne même, où les concordats acceptaient les décrets de Bâle, on se vit forcé de revenir mot à mot aux dispositions de Constance. Le concordat de Vienne [1448] en est une preuve. » Cf. Constant, sess. 43, qui laisse les choses à peu près sur l'ancien pied.

de Nicolas de Cusa, qui, devenu désormais le fidèle soutien du pape, avait réussi dans les négociations dont il avait été chargé à Constantinople. Enfin sa résolution fut irrévocablement arrêtée, quand il vit l'exagération des meneurs dégoûter même les prélats du concile, de telle sorte que, dans la vingt-quatrième session, il n'y eut plus que dix évêques et vingt-trois abbés présents, et que, dans celle du 7 mai 1437, les avis sur le lieu où s'assemblerait le concile pour la réunion des Grecs furent si divers que les partisans du pape décrétèrent Florence, Udine, ou quelque autre ville d'Italie, tandis que le parti opposé voulait Baie, Avignon ou une ville de Savoie, et qu'une fraction parla même, dans la vingt-sixième session, de mettre le pontife en état d'accusation. Eugène fixa donc une ville italienne, et dès lors les Pères ne gardèrent plus aucune mesure. Ils accusèrent le pape de crimes imaginaires et le sommèrent de comparaître avec les cardinau'x devant le tribunal du concile dans le délai de soixante jours (vingt-sixième séance) [31 juillet 1437]. Naturellement il n'en tint aucun compte, et, dans la vingt-huitième session, à l'expiration du délai fixé [1" octobre], on le déclara contumace. Mais déjà , dans sa bulle Doctor gentium [11 septembre], Eugène avait transféré le concile à Ferrare pour y traiter de la réunion des Grecs. Alors on vit éclater à Bâle de véritables transports de fureur, qui augmentèrent à mesure que l'assemblée de Ferrare, ouverte effectivement le 8 janvier 1438, gagnait en importance par le nombre et l'autorité de ses membres. Aussi, à partir de la vingt-cinquième session, le concile de Bâle perdit le caractère d'un concile œcuménique (1). Dominés par l'influence de l'opiniâtre cardinal Louis Allemand, archevêque d'Arles, les Pères allèrent jusqu'à déclarer nulle et non avenue la bulle pontificale (vingt-neuvième session) et à menacer Eugène de la déposition s'il ne la révoquait, et

(1) Bellarminus, De Ecclesia militante, c. 16 : « Dico Basileense concilium initio quidem fuisse legitimniii ; nam et legatus aderat Romani pontificis et episcopi plurimi ; at a quo tempore Eugenium deposuit et Felicem elegit, non fuit concilium Ecclesiae, sed conciliabulum schismaticum, seditiosum, et nullius prorsus auctoritatis. » Cf. ejusdem De concilioruni auctoritate, c. 16.

CONCILE DE BALE. 5lî

enfin, quoique leur nombre fût réduit à vingt-cinq évêques et dix-sept abbés, ils le suspendirent de toute fonction ecclésiastique [24 janvier 1438], Dans la session qui suivit [24 mars], le concile de Ferrare fut proclamé un conciliabule schisraatique et ses membres appelés à comparaître à la barre du tribunal deBâle. •

Les ennemis personnels d'Eugène eux-mêmes, tels que le roi d'Aragon et le duc de Milan, blâmèrent une pareille conduite ; le duc de Bavière déclara la guerre aux Bâlois, comme on les appelait, et le roi d'Angleterre leur reprocha d'avancer les jours de l'antéchrist. L'Allemagne, qui avait gardé une stricte neutralité avant l'élection d'Albert II [17 mars 1438], fit alors entendre de violents murmures contre la factieuse assemblée, et quoique la France défendît à ses évêques d'assister au concile de Ferrare, plusieurs d'entre eux s'y rendirent, tandis qu'à Bourges l'assemblée du clergé s'efforça d'opérer une réconciliation entre les partis. Ainsi l'Europe se déclarait positivement contre les Pères de Bâle, mais ceux-ci, s'acharnant dans leur voie, songèrent à accuser Eugène d'hérésie, afin de le déposer avec une apparence de droit, et, après une séance extrêmement orageuse 16 mai [1439], ils fabriquèrent des articles qui furent déclarés des vérités de foi, ßdei catholicœ veritates (1). Eugène une fois convaincu d'hérésie, on procéda immédiatement à sa déposition [26 juin], et dans le prononcé de la sentence on s'attacha à conserver le ton le plus grave, à entrer dans les détails les plus circonstanciés. On n'avait pas encore épuisé une si déplorable énergie : aussi, dans la trente-cinquième session [8 juillet], les Pères annoncèrent-ils la résolution de poursuivre l'œuvre commencée et de compléter le schisme en se formant en conclave, qui élut pour pape le duc Amédée de Savoie, qui avait déposé son autorité et vivait en ermite aux bords du

(1) Voici les trois premiers, qui seuls restèrent des huit primitifs ; « 1° Veritas est cathol. fidei sanctum gen. conc. supra papam et alium quem-vis potestalem habere ; 2° generale concilium legitime congregatum, sine ipsius consen'^u, nec dissolvere, nec transferre, nec prorogare ad tempus ex auctoritate sua potest Romanus pontifex, idque veritatis ejusdemest ; 3° qui pertinaciter his veritatihus se opponit hœreticus est censendus.

lac de Genève. II prit le nom de Félix V ; la Savoie, l'Aragon, la Hongrie, quelques princes allemands et plusieurs universités le reconnurent. Afin de pourvoir à l'éclat de la nouvelle cour pontificale, l'assemblée autorisa Félix à prélever sur les biens du clergé un fjnquième pendant cinq ans, et un dixième pendant les cinq années suivantes. C'était pourtant le même concile qui, peu de temps auparavant, avait montré une si sainte ardeur pour mettre fin à l'abus des annates ! Un pareil scandale souleva une indignation universelle ; le cardinal Julien, Nicolas, archevêque de Païenne, OEnéas Sylvius, les plus célèbres et les plus fermes appuis du concile, se prononcèrent contre lui ; car l'aveugle opposition du conciliabule de Bâle menaçait l'avenir de dangers toujours croissants. De ce jour, l'assemblée perdit toute espèce de considération ; ses rapports avec le prétendu pape prirent le caractère le plus étrange ; et à peine put-elle prolonger encore pendant quelques séances son existence maladive. Ainsi succomba, faible au dedans, réprouvé au dehors, ce concile qui s'était annoncé avec tant d'énergie, avec tant d'autorité, qu'on avait salué avec une joie si sincère, et que la turbulence de ses derniers actes avait rendu un véritable fléau pour l'Église.

Cependant le concile de Ferrare, qui réunissait déjà cent soixante évêques d'Occident, s'ouvrit [8 janvier 1438] par une démarche de conciUation auprès des Pères de Bâle, dont le refus causa une réaction immédiate dans les esprits. On s'occupa principalement de mettre un terme aux dissidences qui existaient entre l'Orient et l'Occident sur les questions de dogme, et quand le concile eut été transféré à Florence, ce soin absorba tous ses moments (1). Après de longues et pénibles discussions, la réunion tant désirée s'effectua dans la cinquième session [6 juillet 4439]: les Grecs admirent les opinions des Latins sur le purgatoire, l'addition du Filioque, et abandonnant le principal point de leur schisme, reconnurent le pape comme primat de toute la chrétienté, successeur et véritable représentant de saint Pierre, chef de l'Église, père et docteur des chrétiens ;

(1) Voyez Harduin, t. »X, p. 1. sq.; Mansi, t. XXXI, p. 549 sq.

enfin comme celui qui avait reçu de Jésus-Christ la plénitude de la puissance, afin de conduire, d'administrer et de gouverner l'Église entière (1). Eugène célébra cet heureux événement avec des sentiments dignes du Père de la chrétienté. (( Réjouissez-vous, ô cieux! et vous, terre, applaun dissez! s'écria-t-il : il est tombé le mur de séparation qui )) tenait divisées les Églises de l'Orient et de l'Occident. Le n Christ les a réunies par les doux et solides hens de l'a- » mour et de la paix ; après un schisme douloureux et de » longue durée, il luit enfin ce jour de l'unité gue nous » avons si ardemment désiré ! Que notre mère, l'Eglise, se » réjouisse de cette union de ses enfants, naguère divisés : » après avoir verse des larmes amères sur leurs dissenti- » ments, qu'elle se laisse aller aujourd'hui à une joie sans » bornes devant Dieu ! »

Au mois de mars 1439, une diète s'ouvrit à Mayence pour délibérer sur les actes du synode de Bâle. Deux hommes éminents, le dominicain Jean Turrecremata et Nicolas de Cusa, y défendirentla conduite d'Eugène avec éloquence (2), et combattirent les doctrines de cette fameuse assemblée. « Quelle monstrueuse contradiction, disait Turrecremata, de soutenir que le pontife romain est le chef de l'Église dispersée, mais non de l'Église réunie en concile ; la tête de l'Eglise représentée, mais non de l'Église représentante, et qu'un concile, sans le chef, peut la représenter ! «La diète néanmoins accepta les canons de réforme promulgués par le concile de Bâle, en protestant contre la déposition d'Eugène et en renvoyant l'affaire à un nouveau concile œcuménique. Cet acte provoqua de la part des Bâlois une protestation portant que le salut de l'Eglise reposait principalement sur la suprématie du concile, que le pape se l'arrogeait faussement, et, par conséquent, qu'il fallait agir

(1) La formule d'union est ainsi conçue : Ut haec üdei veritas ab omnibus credatur et suscipiatur, sicque omnes profiteantur, quod Spiritus Sanctus ex Pâtre et Filin seternaliter est, et essentiam suam suumque esse subsistons habet ex Pâtre et Filio, et ex utroque ;eternaliter tanquam ab uno priucipio et una spiratione procedit. Cf. Hefele, la Réunion temporaire des Églises grecque et latine ; Rev. trim. de Tub., 1847, p. 183 sq.

(2) Jean de Turrecremata (magister palatii), Summa de Ecclesia et ejus auctoritate, lib. IV (Lugd., 1496). Venet., 1561.

contre lui comme par le passé. La mort de l'empereur Albert [5 novembre 1439] fit perdre tout appui à l'antipape Félix V. Dans une nouvelle diète rassemblée à Mayence [IMl], les légats justifièrent encore une fois Eugène, et prouvèrent combien sa déposition avait été irrégulière jusque dans la forme, car sept évêques seulement avaient osé la prononcer, et les canons en exigeaient douze pour celle d'un simple prélat; tandis qu'au fond Tunique cas où l'on pouvait déposer un pape était celui d'une hérésie manifeste. Ces considérations portèrent la diète à voter la convocation d'un nouveau concile général : mais les princes de l'Empire se trouvèrent seuls à l'assemblée de Francfort-sur-le-Mein [1447.] Nicolas de Cusa s'y montra néanmoins pour défendre Eugène. De quel droit, disait-il, le conciliabule de Baie s'arroge-t-il, entre autres choses, le titre de concile œcuménique? n'a-t-il pas cherché plutôt à diviser l'Église, ce corps sacré de Jésus-Christ, en mettant la tiare sur la tête d'un laïque, d'un prince temporel? Les raisons du cardinal furent si péremptoires que Frédéric III [depuis 1440], avec la plupart des princes, reconnurent l'obédience d'Eugène, et portèrent ainsi un coup mortel à l'assemblée de Bâle, qui ne tarda pas à se dissoudre. Elle se prorogea elle-même dans sa quarante-cinquième et dernière session, et l'antipape, découragé par les mauvais traitements qu il avait eu à subir, abandonna ses propres partisans et se retira à Lausanne, sous prétexte de rétablir sa santé.

Cependant Eugène IV eut à soutenir une dernière lutte contre une nouvelle diète convoquée à Francfort en mai et septembre 1446. Au mois de février 1445, ce pontife aA^ait cherché à déposer les électeurs de Cologne et de Trêves, qui, après avoir d'abord gardé la neutralité, avaient fini par prendre parti pour l'antipape. L'assemblée ne vouhit point reconnaître comme légitime cet acte d'autorité, et prétendit imposer au Saint-Siège quatre articles (contenant entre autres la supériorité du concile sur le pape) qu'il devait accepter sous peine de voir l'Allemagne se déclarer pour le concile de Bâle et Félix V. L'empereur Frédéric ne partagea point l'avis de l'assemblée : il consentit seulement à adjoindre en son nom, à l'ambassade que les princes

électeurs envoyaient à Rome, Œnéas Sylviits Piccolomini, qui était entré à son service. On avait mis à la tête de l'ambassade le fameux George de Heimbourg, syndic delà ville impériale de Nuremberg, qui exposa au pape, dans son langage simple et énergique, les prétentions des princes, ajoutant que les résolutions des électeurs réunis à Francfort dépendraient de ses réponses. Eugène s'entendit avec OEneas Sylvius qui, dans la troisième diète, tenue à Francfort en Î446, secondé par le cardinal Thomas de Sarzano, évêque de Bologne, Nicolas de Cusa et l'Espagnol Carvajal, tous trois légats du pape, parvint à reconcilier le pape et les princes et à conclure l'accord connu sous le nom de concordat des princes (1), qui mit fin à cette neutralité que la foi chrétienne ne pouvait admettre. De part et d'autre on fît des concessions, et Eugène put signer les conditions de la paix avant de mourir [23 février 1447], quoique les cardinaux eussent énergiquement protesté contre le concordat, comme injurieux pour les droits du Saint- Siège.

Eugène IV ayant été remplacé par Thomas de Sarzano, qui prit le nom de Nicolas V [1447-1455], l'antipape dut s'abaisser devant ce noble protecteur de la renaissance des lettres dont personne n'osa méconnaître la légitime élévation (2). Les restes du concile de Bâle, réunis à Lausanne, élurent de leur côté Thomas de Sarzano, comme si le siège pontifical n'avait été vacant que par la renonciation de Félix V[1449]. Le nouveau pape conclut avec Frédéric III, sous le nom de concordat d'Aschaffenbourg [17 février 1448], un traité séparé, qui fit partie intégrante des lois de de l'Empire (3), et annula l'acceptation conditionnelle des canons de réforme de Bâle qu'Eugène IV avait été obligé de subir.

(0 Concordata principum de Horix. Concordata nat. Germ. intégra. Francof. et Lipsiae; 2» edit. 1772 sq. t. I. Les bulles d'Eugène sont dans C. W. Koch, Sanctlo pragmatica Germanor. illustrata, Argent., 1789, in-4. Sylloge documentorum. Cf. JSneœ Sijlvii Hist. ap. Kocli, p. 301-9. Raynald. ad an. 1447, ii» 4 sq., et surtout Scharpf, Nicolas de Cusa, P. I. p. 144-47.

(2) Janotti Manetti Vita Nicolai V {Maraiori, t. III, P. II, p. 905 sq.). Georgii Vita Nicolai V ad fidem vet. monum. Romae, 1742, in-4.

(3) Würdwein, Subsid. diplom . t. IX, n° 9, p. 78 Koch, p. 201 &q.

516 § 273. — CAT.iXTE m; pie ii; paul ii;

En France , malgré l'attachement qu'on y avait pour Eugène, la diète de Bourges [1438] adopta (1) les décrets de Bâle en tant qu'ils pouvaient s'appliquer à l'Église nationale. Les conséquences les plus immédiates de cette pragmatique sanction de Bourges furent : l'appel comme à''dài\x's,{appeUatio fanquam ababiisu), l'appel de la puissance ecclésiastique à l'autorité des parlements, qu'on exagéra au point que Charles VIT et Louis XI y voulurent mettre des bornes sans y parvenir complètement. Les dernières années de Nicolas V furent attristées par la chute de Constantinople , qu'il avait si vivent souhaité de prévenir [f 1455].

C. Derniers papes de cette époque. — Cinquième concile de Latran.

Les biographies de Platina continuées depuis Sixte IV jusqu'à Pie V par l'Augustin Onuphrio Panvimo [f 1568]. Ven., 1562 et 1703. Steph. Infessura (chancelier à Rome en 1494), Diarium Romanse urbis, 1294-1494 (Eckhardt, t. II, incomplet dans Muratori, t. III, P. II, p. 1109 sq.). Jac. Volaterrani Diarium Rom. [1474-84]. Muratori, t. XXIII, p. 86.

§ 273. — Calixte /// [1455-1458]. Pie II [1458-1464]. Paul II [ 1464-1471 ]. Sixte IV [1471-1474]. Innocent VIII [1484-1492]. Alexandre F/ [1492-1503].

Les papes seuls, encore à cette époque, comprenaient les vrais intérêts de la chrétienté : ils mirent tout en oeuvre pour porter l'Europe à entreprendre une croisade contre la puissance envahissante des Turcs; mais, dans ces temps de lâche engourdissement et de misérable égoïsme, pas un prince ne répondit à cet appel; pas un ne songea à l'avenir; tous laissèrent la Pologne et la Hongrie exposées désormais aux plus terribles dangers. Calixte III (2), fidèle à

(1) Histoire de la Pragmatique-Sanction (Traités dos droits et libertés de l'Église gallicane. Paris, 1731, in-fol.). Philipps, Droit ecclésiast., t. III, p. 327.

(2) Harduin, t. IX, p. 1375 sq. Cf. A. Menzel, Hist. des Allemands, . VI, p. 241 sq. « Si l'on fit quelque chose contre les Turcs, dit ce dernier, on le dut au pape seul ; la victoire de Belgrade [22 juillet 1456] fut son ouvrage. Il la gagna par ses légats et par ses croisés. »

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