SIXTE V; INNOCENT VIII ; ALEXANDRE VI
un vœu antérieur, équipa une armée contre les Turcs. Également dévoué aux intérêts des lettres, restaurateur zélé de l'antiquité païenne ou chrétienne, il fonda la Bibliothèque vaticane. Malheureusement Galixte entacha sa réputatatlon par son penchant au népotisme : en un seul jour il donna la pourpre à deux de ses parents, et à un troisième le duché de Spolète.
• Pour éviter de pareils désordres, le conclave, réuni pour une élection nouvelle, fit jurer une capitulation aux candidats, et son choix tomba sur l'intelligent historien du concile de Baie, ^neas Sylvius, qui prit le nom de Pie II (1) et s'illustra par son zèle contre les Turcs, dont les agressions devenaient de jour en jour plus redoutables. Pour stimuler le zèle des fidèles, il convoqua une assemblée à Mantoue; mais sa voix n'y trouva point de retentissement, et il échoua également dans ses démarches pour établir une correspondance avec Mahomet II, qu'il avait entrepris de convertir. Ce fut Pie II qui porta Nicolas de Cusa à composer son ouvrage De pace sive concordantia ßdei, écrit destiné à rapprocher les mahométans du Christianisme. « Un temps viendra, dit l'auteur en terminant, où la foi de « Jésus-Christ dominera seule ; car en elle seule se trouvent « le salut, la vie, le bonheur. Calife, tournez-vous vers elle « et tous vos sujets vous suivront. » Pie II s'imagina même que si lui, le conseiller des princes, le père des chrétiens, lui, un vieillard courbé par l'âge, il donnait le signal du départ, tout le monde serait entraîné à sa suite. Il se mit donc à la tête d'une armée dirigée contre les Turcs; mais ici encore il fut cruellement désabusé, et tant d'inutiles tentatives hâtèrent la mort du noble pontife. Malheureusement aussi cette mort vint arrêter l'exécution d'un projet de réfonne générale que Nicolas de Cusa avait tracée avec une sagesse consommée. Pie II imita l'exemple de saint Augustin en renonçant aux opinions erronées qu'il avait autrefois soutenues sur l'autorité pontificale. « Rejetez JEneas
{\)Ant. Campani Vita Pii II (Muratori, t. III, P. II. p. 965). Cf. -ffardidn, t. IX, p. 1389 sq. Helwintj, De Pii II rebus gestis et moribus. Berol., 1825. Conf. Sckarpf, loco cit., p. 268-305. Sur les efforts de Pie II pour faire révoquer la Pragmatique-Sanction, \OYez\Schrœckh, Hist. de l'Église, P. XXXII, p. 280-89. Hagenbach, Souvenirs à'Mneas Sylvius. Bâle. isio.
518 § 273. — CALixTE m; pie ii; paul ii;
« Syhnus, dit-il, dans sa bulle à cette occasion, mais écou- «tez Pie II! » Il défendit sous peine d'excommunication, d'en appeler du pape au concile général; mais il lui fut impossible de faire révoquer la Pragmatique-Sanction en France.
Quoique la capitulation sur l'élection papale eût été rendue encore plus rigoureuse, Paul II s'en affranchit en s'appuyant d'une consultation de plusieurs jurisconsultes célèbres. Afin de satisfaire sa passion pour le luxe et la prodigalité, ce pape fut obligé de recourir aux revenus des églises étrangères, et on vit reparaître avec une nouvelle fécondité les vieux abus qui avaient souillé l'administration .des bénéfices. D'un autre côté, Paul II combattit les tendances toutes païennes de la science nouvelle, qu'il regardait comme un abandon de la foi véritable, et, parmi ceux qu'il persécuta à ce sujet, se trouvaient Platina et Pomponius Leto, élèves de Laurent Valla : le premier s'en vengea dans son histoire de Paul II.
Ici commence pour la papauté une époque d'humiliation plus grande à certains égards que celle du X'' siècle luimême (1). Sixte IV, le nouvel élu, abusa tout d'abord de son pouvoir pour élever au cardinalat deux de ses neveux, et pour assurer une principauté dans la Romagne à un troisième neveu. Les vues politiques du pape le portèrent aussi à devenir l'ennemi des Florentins , alors gouvernés par Laurent le Magnifique, et même à s'entendre avec Girolamo, neveu de ce prince, pour favoriser une conspiration contre les Médicis. Elle échoua ; alors Sixte IV mit en interdit les diocèses de Florence, de Fiesole et de Pistoie. Les Florentins n'en tinrent aucun compte, en appelèrent à un concile général, et, grâce à la médiation de la France, obtinrent la levée des censures [1480]. La conquête d'Otrante par les Turcs avait d'ailleurs rendu le pontife plus
(l) Pauli //Vita, prsemissis ejus vindiciis adv. Platinam aliosque obtrectatores; éd. Quirini. Romte, 1740, in-4. Gaspar. Veronens. De gestis Pauli II (Muratori, t. III, P. II. p, 1025). Documents importants pour le gouvernement de Paul II : Jacohi Piccolominei, cardinal. Papiens. [f 1479], rerum suo tempore gestarum commentarii libb. VII [1404-1469] cum ejusd. epistol. Mediol., 1506, in-fol., et GobelHni Comment. Francof., 1614, p. 348 sq.