SIXTE IV,* INNOCENT VIII ; ALEXANDRE VI
souple (1). Il eut des démêlés du même genre avec les Vénitiens, qu'il mit sous l'interdit avec aussi peu de succès que les Florentins. Il voulut encore faire emprisonner deux cardinaux dans le château Saint-Ange ; mais le peuple se souleva, «t, le jour même de sa mort [12 août 1484], un auteur coni?mporain put écrire : « Aujourd'hui le Seigneur » a délivré son peuple de cet homme injuste, qui, sans » crainte de Dieà, sans amour de son peuple, n'avait de » passion que pour le plaisir, l'avarice et l'ambition. »
Pour é\Tter le renouvellement d'un pontificat aussi scandaleux, les cardinaux, eurent recours, pour la troisième fois, à un serment (2) toujours si facile à éluder, comme si la meilleure précaution n'était pas de faire un bon choix. Au lieu d'adopter une mesure aussi simple, on fit faire une foule de promesses dérisoires, et Innocent VIII monta sur le trône. Sajeunesse avait été notoirement immorale; ilavait un fils et plusieurs filles; aveugle jouet de ses favoris, sa constante pensée semblait être d'enrichir son fils Franceschetto ! Malgré la faiblesse de ses ressources, Innocent s'engagea dans une guerre ouverte contre Ferdinand, roi de Naples [1492], et, afin de s'assurer une alliance respectable, il s'unit étroitement avec Laurent de Médicis, que ses prédécesseurs avaient combattu d'une façon si inconsidérée, et Jean, fils de Laurent, qui n'avait que treize ans, obtint la pourpre et vingt-neuf bénéfices! Cependant la pensée de l'Orient occupa sérieusement Innocent VIII; comme ses devanciers, il exhorta les princes et le peuple à une expédition contre les Turcs (3). En même temps, Rome lui donnait le surnom de Père de la patrie, pour avoir réussi à mettre un terme aux luttes des Colon na et des Ursins. Ce pape se mêla peu aux choses de l'Église et on ne peut que s'en féliciter.
Le Ciel tenait en réserve au Siège apostolique une humiliation plus grande encore : on vit les cardinaux, sans
(1) Voyez sa vie écrite probablement par Platina (Muratori, t. III, ». II, p. 1052), et ses traités de théologie. Rornœ, 1470 à 1471 ; No-