SIXTE IV ; INNOCENT VIII : ALEXANDRE VI
roi de France, et la rapide conquête de Napleô par les Français en est la conséquence. Mais dès 1495 le pape abandonnant le parti des Français, forma contre eux une coalition où entrèrent l'empereur, l'Espagne, Venise et Milan. Charles fut obligé d'abandonner l'Italie aussi promptement qu'il y était entré : dès loi-s Alexandre soutenu par son atroce fils César Borgia, châtia sans pitié les vicaires indépendants et tous les petits tyrans que renfermait l'État de rÉglise. Mais bientôt les exigences toujours croissantes de César amenèrent une rupture entre son père et le nouveau roi de Naples, Frédéric, frère d'Alphonse II. Avant son élection, Alexandre avait acheté les voix de plusieurs cardinaux; une fois parvenu au but de son ambition, il les sacrifia à ses soupçons ; la persécution ou la mort les atteignit tous successivement. Cependant il y eut un moment où Alexandre parut rentrer en lui-même et parla d'abdiquer, quand César Borgia eut fait assassiner son propre frère, Jean, duc de Candie : pensée d'un instant qu'emporta l'instant qui suivit! Revenant bientôt à ses projets mondains, Alexandre releva César, qui était dans les ordres et cardinal, de ses engagements spirituels, et chercha à le combler de biens temporels : dans cette vue, il se rapprocha du nouveau roi de France, Louis XII [dep. 1498]. Celui-ci, reconnaissant du divorce que lui avait accordé le pape, aida Alexandre dans ses plans de grandeur pour César , qui consistaient surtout à lui faire une principauté dans la Romagne. Le seul bien qu'on peut attribuer au règne d'Alexandre VI fut l'établissement de la censure sur les hvres ; encore cette institution fut-elle due probablement au désir d'étouffer les manifestations de l'opinion publique sur son compte (1).
(1) Cf. Raynald, ad an. 1501, n° 36: « Inter multipliées nostrae sollicitudinis curas illum imprimis suscipere pro nostro pastorali officio debernus, ut quee salubria et laudabilia, ac catholicae fidei consona, et bonis moribus conformia nostro tempore oriuntur, non solum conserventur et au^eantur, verum etiam ad posteros propagentur, et quae perniciosa, damnabiliaetimpia sunt, succidantur et radicitus extirpentur, nec pullulare usquam sinantur, et in agro Domiiiico et vinea Domini Sabaoth duntaxat conseri permittendo, quibus fidelium mentes pasci spiritualiter possint, eradicata zizania et oleastri sterilitate succisa. »
522 § 274. — JULES II ; concile de pisb;
Un orateur populaire d'une grande puissance, le fameux Dominicain Savonarola , s'éleva comme un nouvel Élie contre le pontife prévaricateur, et appela la chrétienté ù le déposer dans un concile général ; mais il eut le tort de toucher en même temps aux questions politiques, et les commissaires pontificaux réussirent à le faire condamner à mort comme hérétique [1498] (1). Déjà Charles VIII [1489], Ferdinand le Cathohque, Emmanuel de Portugal avaientfait entendre au pape des reproches et des menaces ; mais ni les uns ni les autres ne purent l'ébranler. Enfin, il mourut subitement, ou plus vraisemblablement à la suite d'une fièvre lente, et non du poison que César aurait préparé pour un cardinal invité à dîner chez le pape et qu'on aurait donné par mégarde à son père (2). Au milieu de tant de dérèglements, Alexandre n'oublia jamais les devoirs fondamentaux de la papauté en matière de foi. L'importance politique de son règne consiste surtout en ce que l'aristoratie turbulente des États romains fut soumise, selon l'attente du peuple qui, suivant son usage, en témoigna sa reconnaissance par toutes sortes d'inscriptions flatteuses (3).
§ 274. Pie III 1303. — yw/es 7/ [1503-1513]. Concile de Pise. Cinquième concile de Latran. Léon X [1513-1521].
Parts de Grassis, Diarium curise Rom. [1504-22], dans Hoffmann Collect, nova script, et momim. t. I Raynald. Lettres du roi, Louis XI et du card. d'Amboise. Brux., 1712, l vol. Hadriani Castallens. Itinerarium Julii Ciaconii Vitœ Rom. pontif. Lugd. 1663, t. II).
Pour effacer les honteuses taches du pontificat qui venait de finir, les cardinaux élurent le neveu de Pie II. Pie III
(1) /. Fr. Pici Vita Hieron. Savon. (Batesii vit. sel, aliquot viro rum Lond., 1681). Toiiron, Hist. des hommes illustres de l'ordre de Saint-Dominique, t. III, p. 571. — De nos jours, on a idéalisé, on a poétisé Savonarola. Voyez. Rudelbach, Jérôme Savonarola et sontemps. Hambourg, 1835. Meier, J Savonarola d'après les manuscrits. Berlin, 1836. Cf. la Revue de Bonn, 27' livr., p. 127-51.
(2) Ainsi le raconte Roscoe, Vie de Léon X.
(3) Caesare magna fuit, nunc Roma est maxima; Sextus retcnat Alexander ; ille vir, iste Deus. — Plus tard on compara le pape à