CINQUIEME CONCILE DE LATRAX; LEON X
put à peine prononcer le mot de réforme et mourir : on lui donna pour successeur un homme d'un caractère bien différent. Jules II, cardinal Julien de la Rovère, ambitieux et guerrier, ne rêvait que campagnes et conquêtes; les affaires de l'Église l'occupèrent peu ; l'affranchissement, l'extension des États pontificaux, et par suite, l'indépendance de l'Italie entière, furent le but constant de sa vie. Une si grande contradiction entre son caractère et les exigences de sa position fournirent ample matière à la satire (1). Cependant Jules II était droit, loyal, incorruptible, innaccessible aux faiblesses du népotisme. Un de ses premiers actes fut de réduire César ßorgia à l'impuissance en s'emparant de son duché. Pérouse et Bologne éprouvèrent le même sort. Le pape forma ensuite contre les Vénitiens la ligue de Cambrai avec l'empereur Maximilien et Louis XII [1504] (2). Employant tour à tour la force des armes et les peines spirituelles, il sut amener ses ennemis à composition. Jules bannit aussi son vassal, Alphonse d'Esté, duc de Ferrare, qui s'était permis de contester au Saint-Siège son droit de ^suzeraineté et de s'allier trop étroitement avec la France, dont le pape craignait la prépondérance en Italie. Cette conduite irrita Louis XII, qui, sollicité par des cardinaux, attaqua Jules II par des armes spirituelles, tandis que celuici était à la tête d'une armée redoutable en Italie. Un concile assemblé à Toulouse déclara que le pape n'avait point le droit de faire la guerre aux princes étrangers, qu'il était d'autant plus blâmable qu'il s'était formellement engagé par serment à convoquer un concile œcuménique au bout de deux ans. Maximilien se réunit à Louis pour obtenir enfin le concile depuis si longtemps promis, et il se trouva même des cardinaux schismatiques prêts à assigner Pise pour lieu de rendez-vous [^novembre loll], aprèsavoir protesté d'avance contre toute censure pontificale (3). Le concile.
Sexlus Tarquin et à Sextus Néron : Sextus Tarquinius, Sextus Nero, Sextus et ipsc : semper sub Sextis perdita Roma fuit.
(1) Julim exclusus par Hütten ou Érasme? (Pasqiiil. t. II. Eleu- Iheropoli, id est Basileae, 1544, p. 423 sq.)
(2) Dubos, Histoire de la ligue faite à Cambrai. La Haye, 1710, t vol.
(3) Acta concilii Pisani. Pari», 1612, in-4, seu Couciliabulum Pis,
524 § 274. — JULES ii ; concile de pise :
peu nombreux, se composa presque uniquement de Français ; pâle imitateur des excès de Bâle, il alla jusqu'à suspendre le pape, qui fut qualifié de nouveau Goliath; mais Jules II se justifia en alléguant l'état de guerre où se trouvaient l'Italie et toute l'Europe. En de telles conjonctures, comment réunir un concile œcuménique ? Il prit ensuite des mesures énergiques; par suite d'une coalition formée entre le Saint-Siège, les Vénitiens, Ferdinand le Catholique, roi d'Espagne et de Naples, l'Angleterre et la Suisse [1312], les Français durent évacuer l'Italie, et le prétendu concile disparut avec eux sous la réprobation générale, tandis que Jules mettait la France en interdit, en n'en exceptant que la Bretagne. Enfin, il ouvrit le cinquième concile de Latran [10 mai 1512], auquel assistèrent quinze cardinaux et soixante-dix-neuf évêques, presque tous Italiens (1). Le général des Augustins, ^Egidius de Viterbe, inaugura les travaux par un discours énergique, qui fit une profonde impression (2). «Jules, dit-il, est sans contredit le » premier pontife qui ait employé avec succès les armes » temporelles pour soutenir l'Eglise. Cependant ces armes » ne sont point celles de l'Église ; l'Église ne sera victo- » rieuse qu'autant qu'elle emploiera dans le concile les » armes dont parle l'Apôtre, pour obtempérer aux vœux » de toute la chrétienté. L'Église n'est devenue puissante )) que par les armes spirituelles ; peu lui importe l'étendue » de son domaine ; ses richesses sont toutes dans les cho- » ses divines. » L'empereur reconnut l'autorité du concile, dès la troisième séance, par l'intermédiaire de son envoyé Mathieu Lang, évoque de Gurk, et l'assemblée annula tous les actes du conciliabule de Pise; mais, au moment où l'oa
apud Harduin, t. IX, p. 1559;sq. Conf. Richerii Hist. conciliormu lib. IV, c. 2 et 3.
(1) Acta concilii Lateran. V œcumen. Harduin, t. IX, p. 1561-1856.
(2) Ci. Harduin, 1. cit., p. 1576 sq. où il est dit entre antres choses : « Ad hœc vero agenda, quum alia permulta, tum praecipue exercitus amissus excitare nos débet : quod equidem putem divina Providentia factum, quo armis Ecclesite alienis freti cederemus, ut ad nostrâ. redeuntes victores evaderemu», Nostra autem armi; sunt pietas, religio, probitas, supplicationes, vota, lorica fidei atque arma lucis, ut Apostoli verbis utar. Ad quae si synodi opéra redibimus, ut armis non nostris inferiores aliquo hoste fuimus, ita nostris erimus omni hoste superiores. »