SITUATION
et targua la fermeté du roi d'abus d'autorité (1). Une fois ce but atteint, Léon crut que le concile avait rempli sa mission. Qu'importait l'atonie qui minait l'Église? qu'importaient les tristes prévisions d'un avenir encore plus sombre? Le pontife ferma le concile le IG mars 1317 (1). La voix lugubre et irritée du général des Dominicains Thomas de Vio, de Gaète {Cajetanus), se perdit dans des chants de triomphe !
§ 275. — Situation de la papauté.
Les savants aussi bien que les hommes poKtiques de cette époque s'efforcèrent sérieusement de rendre à la papauté sa forme primitive et normale, par deux systèmes extrêmes et tout à fait opposés, dont l'un faisait de la papauté une monarcliie absolue, l'autre un gouvernement purement épiscopal. On sait déjà avec quelle opiniâtreté les conciles de Constance et de Bâle défendirent le dernier système, auquel se rallièrent les célèbres théologiens Henri de Langenstein, Gerson, d'Ailly, Nicolas de Clémengis, Nicolas de Cusa, etc. Suivant eux, le pouvoir temporel est complètement indépendant du spirituel; aux conciles généraux appartient la puisssance législative suprême, s'étendant jusque sur le pape lui-même, qui n'est pas le chef constitituant, mais le ministre de l'Église {caput ministeriale Ec~ clesiœ); on peut en appeler de ses décisions au concile général; son autorité n'a d'autre fondement que celui de » l'épiscopat. Tous les évêques, dit Nicolas de Cusa, tien- » nent leur pouvoir immédiatement de Dieu. Ce n'est que » dans la réalisation de ce pouvoir, et par conséquent, » subsidiairement, que s'élève la question du rang et de la » priorité. Car le Christ n'a communiqué à Pierre aucun » plein pouvoir particulier (?); en s'adressant à lui, il par-
(1) Relation de ce qui se passa siir la publication et l'enseignement du concordat au parlement de Paris (Richerii Hist. conc. lu). IX, P. II, c. 4, iris).
(2) Roscoe, Life and pontificale of Leo the tenth, etc. Fabronl Vita Leonis X. Pis., 1797, in-4. Ranke, Hist. de la papauté aux XVI« et XVIP siècles. Berlin, 1831, t. I, p. 71 sq.; p. 80-90 de la 2« édit.
» liit à tous les apôtres (1), et le pape n'est que le premier » entre ses pairs {primvs inter pares). » A des vues aussi erronées se rattachait nécessairement tout un système d'avilissement pour la dignité et les droits les mieux fondés du Saint-Siège, et les princes avaient grand soin d'adopter ce système et de se servir à leur profit de cette opposition ecclésiastique. On abordait ensuite avec ces idées exclusives les sources de l'histoire ecclésiastique, dans l'espoir d'y trouver la confirmation de ses propres préventions ; on cherchait à étabhr la vérité de la théorie par des précédents historiques, sans s'inquiéter beaucoup de l'exacte et impartiale appréciation des faits. Ce fut de cette manière et dans ce but que Nicolas de Cusa et Laurent Valla prouvèrent, l'un la fausseté des décrétales d'Isidore (2) l'autre celle de la prétendue donation de Constantin.
Les papes, au contraire, ne voulaient renoncer ni à leur suprématie spirituelle ni à la puissance illimitée dont ils avaient joui naguère. Leurs défenseurs, tels que Turrecremata et Thomas de Sarzano, s'appuyant, de leur côté, sur l'histoire, et marchant en général dans cette voie d'un pas plus assuré que leurs adversaires, plaçaient le pouvoir des papes bien au-dessus de tout pouvoir temporel, soutenaient que le pape était la source de l'autorité épiscopale, qu'il était supérieur aux conciles et infaillible. Vers la fin de l'époque qui nous occupe, les deux systèmes furent soutenus d'un côté par le Domicain Thomas de Vio, de Gaëte {Cajetamts), et de l'autre par le docteur de Sorbonne Jacques Almain (3). Malheureusement, on oublia le vrai moyen d'accorder les deux partis, moyen si bien indiqué quelque temps auparavant par Nicolas V, dans les paroles qu'il adressa aux envoyés des princes électeurs venus pour le complimenter sur son élévation au pontificat suprême. « Les pontifes romains, dit-il, ont étendu leurs bras trop
(1) Nie, Cusan. De concord. cath. lib. U, c. 4-13.
(2) Njc. Cusan. lib, II, c. 34; lib. III, c. 2 et 3. Sur Laurent Valla, voy. Fascicul. rer. expetendaruin, etc., in-fol., p. 64-80, éd. Colon.,
(3) Cafetani Tractatus de comparationf^ an^toritatis pap* et conc. (Rocaberti Biblioth. max. pontificia, t. XIX).. /««, A'maini Tractatus de auctor. Ecclesiée et concilier, gêner. Parisiis J52ö, Gersonii 0pp. éd. du Pin, t. II, p. 976).