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gradués (1). L'administration des diocèses ne subit aucun, changement essentiel ; mais la chute du pouvoir papal, qui jadis maintenait les évêques, la fit trop souvent négliger. Au temps du séjour d'Avignon, un grand nombre d'évêques en profitèrent pour abandonner leurs diocèses, et justifièrent cette conduite par l'exemple des papes. Aussi Grégoire XI fut-il condamnée s'entendre dire par un prélat, auquel il reprochait sa négligence : « Mais retournez donc » d'abord vous-même à Rome. » Cependant les conciles rendirent encore une fois la résidence obligatoire par des canons fort énergiques (2).
§ 277. — Mœurs du Clergé.
La diminution de l'influence papale et les dérèglements de quelques souverains pontifes agirent sur les mœurs des évêques d'une façon désastreuse. Les titulaires, après avoir obtenu leurs sièges par des moyens illégitimes, montraient dans leur administration une conduite plus criminelle encore, et ne faisaient absolument rien pour ramener les fidèles, par leur exemple, à une vie plus chrétienne. Le célèbre saint Vincent Ferrier a tracé des prélats de son temps le tableau suivant : « Ils sont fiers, courtisans, vaniteux, » amis du luxe, pratiquant l'usure ; ils mesurent leur foi 0 à la taifie des choses terrestres, et la proportionnent à » leurs revenus. Peu importe le soin de leurs éghses ; on » les^voit rarement chez ceux qui donnent peu; ils n'ont » ni amour de Dieu ni chasteté ; la messe et la prédication
(1) Vide von der Hardt, t. I, P. X. Reformatorium in conc. Constant, c. 34 : « In qualibet ecclesia cathedrali sit una -prœbenda pro magistro in theologia, qui saltem bis in septimana légat, et aliquaudo prœdicet, et una pro doclore juris canon, vel civilis, qui in causis Ecclesiae patrocinari teneatur. — De aliis vero praebendis quarla pars gradualis debeaiur in theologia, jure caiionico vel civili ; c. 35.» Pour mettre un terme à l'abus qui faisait choisir seulement des nobles pour chanoines, il est dit : « Gradus etiam doctoratus vel licentiatus in sacra pagina, jure canonico vel civili, pro quacumque nobilitate reputentur ; » p. 638 sq. Les mêmes dispositions sont répétées plus énergiquement encore à la page 95, lib. III, litul. III : De praebendis et dignitalibus.
(2) Reformat Gonst, conc. décret, lib. III, titul. II : De clericis non residentibus in Ecclesia vel prœbenda (von der Hardt, 1. 1, P. XII, p. 694).
n sont leur moindre souci. Leur vie entière n'est qu'un n grand scandale. » Cet affreux tableau ne représentait pas certainement tout l'épiscopat; car autrement comment s'expliquer ce grand nombre d'évêques présents aux conciles généraux dont le cri unanime était : La réforme dans l'Eglise et ses membres. Mais, il faut l'avouer, jamais on ne vit s'élever des plaintes aussi fréquentes sur la dissolution du clergé inférieur que dans les synodes du XV^ siècle ; jamais on ne fit des règlements aussi nomb'-eux pour la prévenir (I). Dans quelques localités le concubinage des clercs avait de nouveau pris le dessus. En admettant qu'il y ait des exagérations dans ces éternels retours sur le même sujet; en les expliquant par l'usage qu'ont suivi tous les conciles de se plaindre toujours des temps présents et d'aspirer à une perfection plus grande ; en faisant la part d'une noble indignation, qui souvent dépasse le but, la dépravation du clergé n'en reste pas moins manifeste.
De tels exemples portèrent leurs fruits ; peu à peu il se glissa dons la masse des populations un penchant à traiter la morale avec une légèreté qui se manifesta sous des formes épouvantables (2). Les conciles étaient indécis sur les moyens à prendre pour arrêter ces débordements. Les uns opinaient pour le mariage des prêtres ; les autres, les vrais penseurs, comme Gerson. trouvaient avec raison que l'unique moyen de salut pour l'Eglise était le maintien de la loi du célibat, garanti par une éducation cléricale conforme à la vocation sacerdotale (3), et capable de réveiller le sens moral, de ranimer la sève du catholicisme. On frappa donc d'amendes sévères les prêtres concubinaires. On était généralement d'accord pour attribuer tous ces dé-
(1) Cf. Reformatorium in conc. Constant., c. 33, contra concubinarios (von der Hardt» t. I, P. X, p. 635). Conc. Basil, sess. XX, décret. I : De concubinariis (Harduin, t. VII) p. j 193; Mansi, t. XXIX, p. 101).
(2) Le concile de Paris, an. 1429, se plaint des mauvais exemples donnés par les clercs, et il ajoute : « lUud nefandissimum scelus (concubinatus) in Ecclesia Dei adeo invaluit ut jam non credant christiani simplicem fornicationem esse peccatiim mortale. » (Harduin, t. VIII, p. 1046; Mansi, t. XXVIII, p. 1107).
(3) Gerson écrit contre Saignet son Dialogus sophiœ et naturae super caelibatu ecclesiast. (0pp. t. II, p. 617 sq.)
532 § 278. — ÉGLISE d'orient.
sordres aux richesses du clergé (1). Agir avec vigueurcontre cette opulence excessive, tel était le premier but à atteindre pour former un clergé vertueux et dévoué, en place d'un sacerdoce dégradé et méprisé par le peuple.
APPENDICE A l'histoire DE LA CONSTITUTION DE l'ÉGLISE.
§ 278. — Église d'Orient {suite du § 207, sq.)
L'Église d'Orient avait végété, pour ainsi dire, depuis sonschisme avec l'Occident. Après les essais de Nicolas de Méthone [f vers 1166] (2) et de Nicétas Ghoniates [f v. 1206] (3), où l'on trouve encore quelques traces d'originalité, la vie scientifique des Grecs ne se manifesta que par de lourdes compilations. La littérature ecclésiastique des premiers temps en faisait tous les frais, comme le prouve le travail d'Euthymius Zigabenus, qui, d'après les ordres de l'empereur Alexis Comnène, se borna à rassembler les passages les plus remarquables des Pères de l'Église pour rendre plus facile la controverse contre les hérétiques (4).
Cependant les nouvelles et les anciennes sectes secrètement propagées donnèrent une apparence de mouvement
(1) Le concile de Presbourg (Posonia) décréta en i309, can. 5, que tous les ecclésiastiques vivant publiquement en concubinage seraient privés du quart de leur revenu. Le concile de Bàle, sess. XX (vide not. 2, § 277), ordonna que, deux mois après la publication du décret, tout concubinaire notoire serait, ipso facto, privé de ses bénéfices pendant trois mois, et ensuite dégradé, s'il n'abandonnait pas sa concubine. Pierre II, évèque de Breslau, infligea des peines du même genre dans son diocèse en 1447 et 1456 (Harzheim, Conc. Germ. t. V, p. 445, De cohabitatione clericorum et mulierumj. Le concile de Paris, an. 1429, can. 25, défendit d'infliger des amendes (Harduin, t. VIII, p. 1046; Mansi, t. XXVIII, p. 1108),
(2) Ava;:cuÇi; ir^ç, OcoXoYtxfjç atof/^eiojasùj; npoy.XojII>.aia)Vixo3, éd. Vœmel. Francof., 1825.
(3) 0r,aaupô; opOoooÇIa; libb. XXVII. Il n'y a que les cinq premiers livres dans la traduction de Pierre Morel. Paris, 1569. Bibliotb. PP. max. t. XXV.
(4) Jlawnkia. ooyfAaTixr) ttj; ôpOûo, tJ.gxzmz, Tergov., 1711,în-fol. lat. éd. Zino. Ven., 1555 (Bibliotb. PP. Lugd. t. XIX). Cf. Vlmann, Nicol. de Methone, Euthymius Zigaben. et Nicetas Choniat. ouDévelopperaent dogmatique de l'Église grecque dans le XIP siècle (Études et critiques par Ullmann et Umbreitt, 1833. 3* liv.}.
d'orient. 333
à l'Église orientale. Au commencement du XII* siècîej grâce au zèle d'Alexis Gomnène, on découvrit parmi les Pauliciens de la Thrace, un chef des Bogomiles, nommé Basile (1), que l'empereur fit condamner au bûcher. Un examen sérieux prouva que cette secte avait beaucoup de rapports avec celle des Massaliens ou des Cathares, et avec les principes de la gnose syrienne ou des Saturniens. D'après les ordres d'Alexis, Euthymius Zigabenus résuma les principales propositions de ces héritiques, dont la formule d'abjuration, pour entrer dans la secte des Bogomiles, est singulièrement caractéristique.
Une autre secte, celle des Hésychiastes (HVux'««^faî), paraît avoir eu pour origine les rêveries d'un mysticisme exagéré, et pour heu de naissance les monastères du mont Athos, où l'abbé Siméon enseignait à sa façon les mystères de la contemplation. L'homme, disait-il, qui veut s'élever à la science des choses divines, doit se recueillir, et, dans la solitude, incliner la tête sur la poitrine et regarder attentivement son nombril. Là sont concentrées toutes les forces de l'âme : d'abord on n'y trouve que ténèbres, mais peu à peu la lumière naît, éclate et rayonne. Bien des malheureux perdirent ainsi la raison en cherchant la lumière (2). Le moine Barlaam, qui les appelait les contemplateurs du nombril (o^fxlo^vxoi), les accusa auprès du patriarche de Constantinople de soutenir que cette lumière, rayonnant au moment de l'extase, avait déjà éclairé une foule de personnes, et entre autres saint Antoine; que c'était la lumièro divine et incréée qui devient visible aux yeux du corps, et
(1) Mich. Pselli Ilepî IvEpYeta; oai[i.dvwv 8tâXoyo;, éd. Ha.enmüller. Kil.., le^iS, Anna Comn. Alex. XV, p. 486 sq. Voyez leurs doctrines dans Euthymii Zigaben, Panoplia P. II, tit. 23. Gieseler, Euthymlii Zigabeni narratio de Bogomilis primum in Germ, éd. P. I, in-4. Gœtt., 1841. Idem, Euthymii Zigabeni narratio de Bogom. seu PanoplicB dogmaticae, P. II. Gœtt., 1842. — Travaux spéciaux: J.-Ch. Wolf, Hisi. Bogomilor. dissert. III. Vit., 1712. Èngelhardt, les Bogomiles (Essai d'histoire ecclésiast. Erlangen, 1832. n° 2). Zigaben donne en ces termes létymologie du nom Bôy [jièv yàp t] twv Bo'jXyapwv yXûaaa y.aXe.X xov 0£Ôv, ^ikoui oi tu iXtr^Goy
(2) Niceph. Gregoras XI, 10 (pour Barlaam). Cantacuzen. II, 39 sq. contre lui), et tous les deux dans Corp. script. Byz. Bonn, 1828 sq. P. XIX sq. Mansi, t. XXV, Petavius, De theol. dograat. t. I, lib. I, c. 12 sq. Engelhardt, de Hesych. Erlang., 1829.