THÉOLOGIE ALLEMANDE
le XV^ siècle et appartenait à quelque société mystique. Malgré une profondeur de pensée et de sentiments religieux fort remarquable, malgré un esprit très-spéculatif, cet écrivain perd souvent le sens chrétien, en se servant non-seulement des expressions panthéistiques de Taulor, mais en se rapprochant des opinions de maître Eckardt. Il favorise le panthéisme, qu'il fonde sur l'idée du bien identique pour lui avec l'idée de Dieu. La pensée fondamentale de la. Théologie allemande, qui se reproduit sous mille formes, est que : Dieu est tout et ce qui n'est pas Dieu n'est rien. Or comme, pour l'auteur, l'être fini n'est pas seulement quelque chose de vain, un néant, mais, en tant que fini, est une chose fausse et même criminelle, il en résulte qu'on distingue, en faveur du panthéisme, un être double dans le fini : d'abord l'être simple en tant qu'être, puis l'être uni à une volonté, être individuel et étant pour soi. Le premier être est essentiellement divin, essentiellement bon, môme dans le démon, parce que le démon est bon entant qu'être. Pécher, au contraire, c'est vouloir, c'est désirer, c'est aimer autre chose que ce que Dieu veut. Or le vouloir n'est pas l'être; donc le vouloir n'est pas le bon en soi. Et voilà pourquoi, partout et toujours, il faut attaquer la volonté propre, la vonté libre, et le commencement de la vie chrétienne consiste à renoncer à cette liberté. Dieu seul doit faire et agir, le devoir de l'homme se bornant à laisser Dieu agir et vouloir en lui. Donc il ne doit y avoir qu'une seule et unique volonté, celle de Dieu, qui ne se manifeste et ne se réalise que dans et par la volonté de l'homme. Dieu n'aimant rien hors de lui-même. Mais pourquoi Dieu a-t-il créé cette volonté propre qui lui est si opposée ? Après de
ses. J'y ai appris aussi combien ont raison certains savants quand il> reprochent à nos théologiens de Wilteinberg de donner pour nouveau ce qui est ancien, comme s'il n'y avait pas eu ailleurs et avant nous de bonnes gens... Lisez donc ce petit livre, qui que vous soyez, et vous me direz alors si la théologie est jeune ou vieille parmi nous. Plaise à Dieu que ce petit livre se répande de plus en plus, et l'on verra que les théologiens allemands sont en vérité les meilleurs ! » La Théologie allemande a été reproduite bien des fois de nos jours; par Grell. Berlin. 1817; Kruger. Lemgo, 1822; Detzer. Erlang., 1827; Troxler. Saint-Gall, 1837 ; Pfeiffer. Stuttg., 1851, d'>.près l'unique
manuscrit de 1497 connu jusqu'à présent.
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nombreux faux-fuyants, l'auteur donne cette réponse, qui aboutit aussi à la déification de l'iiomme par le sacrifice de sa liberté : Dieu a créé cette volonté pour avoir des instruments propres à manifester dignement ses perfections divines. C'est à cet état passif que l'homme doit aspirer, et pour cela il 'doit nécessairement se tenir en garde contre toute activité propre, telle que l'étude et la science (1).
§ 282. — L'Inquisition. Voir § 237.
Nie. Eymericus (inquisiteur général en Aragon, -}- en 1399), Directoriurn inquisitionis. Barcin., 1503, cum comm. F. Pegnœ. Romœ, 1578, Ven., 1607, in-fol. Ludovicl de Parmo, de Origine, officio et progressa officii snnctœ inquisitionis lib III. Matriti, 1598. Antv., 1619, in-fol. Ph. a Limhorch, Historia inquisitionis. Amst., 1692, in-fol. A. Llorente, Hist. cvit. de l'inquisition d'Espagne. Paris, 1817, 4 vol. Cf. les critiques de cet ouvrage dans la Revue de Tubingue, 1820 et 1822. La biographie de Llorente est dans la Revue encyclopédique, avril 1823. Le baron d'Eckstein a fait d'excellentes observations critiques sur Llorente dans le Catholique de 1827. t. XXIV, p. 200-210. C'était un janséniste en religion, un utilitaire en politique. Cf. de Muistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l'inquisition espagnole. Pfeilschifter, Corrections adressées aux amis et, aux ennemis du catholicisme. Offeiib., 1831. Hefele, le Cardinal Xiraénès 18' chap.).
On regarde communément Innocent III comme le fondateur de l'inquisition, parce qu'il ordonna de rechercher les hérétiques dans la France méridionale, soit pour les ramener à la foi catholique par l'instruction, soit pour les mettre hors d'état de nuire par un emprisonnement perpétuel. Il est avéré cependant que ces mesures disciplinaires avaient été adoptées avant le règne d'Innocent III. Le troisième concile de Latran [H79] avait déjà déclaré que, (( quoique l'Église ait horreur du sang, il est souvent » utile à l'âme de l'homme de lui faire craindre des châti- )) ments corporels; qu'ainsi on poursuivra par l'excom- » munication les hérétiques et leurs fauteurs qui ne se con- » tentent plus d'agir dans le silence et le mystère, mais » qui prêchent publiquement et audacieusement leurs er-
(1) Voyez Staudenmaier, Philosophie du christianisme, t. I, p. 654-66.
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» reurs, pervertissent ainsi les faibles et les ignorants, » commettent des cruautés contre les fidèles orthodoxes, » n'épargnent ni les églises, ni les veuves, ni les orphelins ; » tout commerce avec eux sera interdit, tandis qu'une in- » dulgence de deux ans sera accordée à ceux qui leur fe- » ront la guerre. » Pour se conformer à ce canon, le concile de Vérone [1184], que présidait le pape Lucius III, et auquel assistait l'empereur Frédéric 1", ordonna aux évoques de mettre en jugement les personnes que la voix publique ou des indices particuliers accusaient d'hérésie, tout en faisant une distinction entre les suspects, les convaincus, les repentants et les relaps, et en les soumettant à des peines proportionnelles. Une fois les peines spirituelles prononcées, l'Église devait livrer les coupables au bras séculier [Ecclesia non sitit sanguinem). Telles sont les premières et véritables origines de l'inquisition, et ce ne fut que beaucoup plus tard que le fanatisme des hérétiques, résistant à tous les efforts du Saint-Siège, contraignit, par le lâche assassinat de Pierre de Castelnau, le pape Innocent III à prendre des mesures plus énergiques, non, comme on a osé le soutenir, pour sanctionner la tyrannie et l'arbitraire, mais, en quelque sorte, contre son gré, et malgré la crainte paternelle qu'il avait d'arracher ensemble le bon grain et l'ivraie, d'exciter l'entêtement, ou de provoquer l'hérésie des faibles par une sévérité exagérée. Ce fut au quatrième concile de Latran [1215] que ces dispositions furent prises. » On fera connaître à l'accusé, y est-il dit, les points sur » lesquels porte l'accusation, afin qu'il ait la faculté de se » défendre. On lui nommera ses accusateurs et il devra » êti'e entendu par ses juges. Deux fois, ou tout au moins » une fois par an, les évêques, ou leurs délégués, devront » parcourir leurs diocèses. En même temps ils confieront » à deux ou trois laïques éprouvés la recherche des héré- » tiques. Ils pourront également commettre tous les habi- » tants d'une contrée, sous la foi du serment, à cette même » recherche (inqumfio), et les obliger à livrer les coupa- » blés. » En 1229, sous le pontificat de Grégoire IX et au concile de Toulouse, l'inquisition épiscopale reçut une organisation plus précise dans quinze chapitres spéciaement consacrés à ce sujet et qui relevèrent au rang des
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tribunaux réguliers (1). Afin que les évêques ne fussent point tentes de ménager leurs propres subordonnés, Grégoire choisit des moines étrangers, et surtout les Dominicains pour remplir les fonctions d'inquisiteurs pontificaux [1:232]. Nous avons déjà donné plus haut la raison de ces mesures sévères. Le caractère de plus en plus menaçant de ces hérésies, si hostiles à l'État, et qui attaquaient avec un mépris audacieux la foi des peuples dans l'enseignement de l'Église, provoqua des rigueurs qui allèrent jusqu'aux tortures et à la peine de mort. S'il est permis do demander ce qui arriverait, aujourd'hui encore, s'il fallait sévir contre des sectes aussi dangereuses que celles des Albigeois et des Vaudois, comment s'étonner de ce qui se passa dans le moyen âge, à une époque si éminemment reli-
(1) Voici les principales instructions données aux inquisitores hœreticœ pravitatis. L'évèque doit nommer dans chaque paroisse un prêtre et deux laïques honorables qui s'engageront sous serment à rechercher les hérétiques avec zèle et fidélité, et visiteront les maisons pour livrer aux baillis ceux qui y seront découverts (ch. l). Même obligation pour les abbés propriétaires de terrains (ch. 2 et 3). Toute personne qui recèlera un hérétique perdra ses biens et sera livrée à son seigneur, qui en agira envers lui comme il y est obligé (ch. 4). Si l'on découvre souvent des hérétiques sur les terres d'un propriétaire, les peines légales seront décernées contre lui; la maison où l'on trouve les coupables sera détruite, et le terrain confisqué (ch. 5 et 6). Confiscation de ses biens et perte de sa charge pour tout bailli convaincu d'avoir négligé l'accomplissement de ses devoirs en cette matière (ch. 7). Pour éviter la condamnation ou même une accusation injuste contre un innocent, aucune pénalité ne sera appliquée avant que févéque diocésain ou son délégué n'ait pris connaissance de falTaire (ch. 8). Ceux qui renoncent à l'hérésie devront s'établir dans une autre localité et porter sur leurs vêtements deux croix de différentes couleurs jusqu'à ce que le pape ou ses légats leur permettent de reprendre l'habit ordinaire de leur condition (ch. 10). Ceux qui reviennent à l'Eglise par crainte et non de bonne volonté, seront l'objet d'une surveillance spéciale, vivront de leurs revenus, s'ils en sont pourvus, ou seront entretenus par l'Eglise, s'ils sont pauvres (ch. 11). Tout enfant âgé de quatorze ans s'il est garçon, de douze si c'est une fille, devra faire abjuration de l'hérésie; s'il s'y refuse, on le regardera comme suspect d'hérésie (ch. 12). Chacun devra se confesser et communier trois fois par an ; quiconque s'en abstient, même de l'avis de son directeur, sera suspect d'hérésie (ch. 13). Nulle personne convaincue ou suspecte d'hérésie ne pourra pratiquer la médecine, car on a trop expérimenté combien ces docteurs hérétiques ont commis de choses épouvantables (ch. 15). (Mansi, t. XXÜI, p. 194 sq.; Harduin, t. VII, p. 176.)