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gieuse, où, selon la parole de l'Esprit du Seigneur, on craignait plus ceux qui tuent l'âme que ceux qui tuent le corps, où, l'Église et l'Etat étant intimement unis, l'hérésie était assimilée à un crime contre la société, comme le vol et le meurtre, et de plus à un crime politique (1)? Aussi, dès que les inquisiteurs avaient condamné quelqu'un, ils le livraient au tribunal séculier pour subir sa punition. On vit même des princes de caractères bien différents, tels que Frédéric II, Raymond YII, comte de Toulouse, et Louis IX , renouveler avec une grande rigueur les lois portées à ce sujet, et enjoindre expressément aux juridictions diverses de les mettre à exécution. Du reste, l'inquisition ne fut nulle part un tribunal permanent, comme il arriva plus tard en Espagne. Grégoire IX assigna d'étroites limites au pouvoir des inquisiteurs dans la France méridionale [1237- 1241]; Innocent IV en fit autant; Boniface VIII [1298] et Clément \ [1305] modifièrent même les règlements pour les rendre moins rigoureux. De ces nouvelles dispositions il résulta que l'inquisition, après avoir été établie en France, en Italie et en Allemagne, pénétra aussi en Pologne [1318] (2) et fut installée en Angleterre [1400] par un statut du parie-
(1) C'est absolument dans ce sens qu'Honorius III écrit à Louis VIII, à propos des Albigeois : « Puisque la puissance temporelle poursuit les brigands et les voleurs, est-ce que vous, qui soutenez l'Etat tout entier, vous ne débarrasserez pas votre royaume des hérétiques qui dérobent les âmes, ce bien plus précieux que tous les biens ? » Innocent III tenait le même langage : « Quumenini, secundum légitimas sanctiones reis Icesœ majestatis, punitis capite bona confiscentur, eorum quanto magis qui, aberrantes in fide, Domini Dei filium ofïendunt, a capite nostro, quod est Christus, ecclesiastica debent restrictione preecidi et bonis temporalibus spoliari : qimvi longe sit gravms œlernam quam temporalem lœdere vuijestatem. — Damnati vero pnesentibus stecularibus potestatibus aut eorum ballivis relinquantur animadversione débita puniendi. » On pent voir que les dilïérents princes confirment ces idées. Pour Frédéric II (Pétri de Vineis ep. I, 25-27; Goldast. Gonstitut. imper., t. I, p. 295): pour Louis IX (Laurière, Ordonnances des rois de France, Paris, i723, t. I, p. 50 sq.) ; pour Raymond VII de Toulouse (Statuta Raymundi super haeresi Albigensi, ann. 1233, dans Mansi, t. XXIII, p. 265 sq.). Vladislaw Jagellon, roi de Pologne, confirme aussi les lois contre les hérétiques en l'année 1424. Voyez Ja?ms3üws/;», Statuta prawa, etc. Krak., 1600, fol. 208-338.
(2) Czacki, 0 litewskich i polskich prawach., Warsz., jsoo, t. I, p. 301.306.
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iement. Nous plaignons certainement les millievs d'hérétiques et de sorciers qui plus tard furent condamnés, et, comme nous l'avons déjà dit, nous voudrions, avec saint Augustin, qu'on eût ramené les hérétiques par une discipline forte et graduée, et non qu'on les eût mis à mort; mais nous ne pouvons, avec les protestants, condamner comme une tyrannie spirituelle, comme une sanguinaire vengeance, toute procédure contre les hérétiques. Il faut juger le moyen âge selon les idées de l'époque. Le protestantisme a prétendu plus tard repousser toutes ces graves raisons, et cependant que firent Luther, Mélanchthon, Calvin et Bèze ? Ne les vit-on pas soutenir par une argumentation solide et des raisons péremptoires la légitimité des mesures coercitives contre les hérétiques ? Ne les viton pas même consacrer ces principes par une application terrible sur un grand nombre de personnes (1), et condamner au dernier supplice des gens accusés de sorcellerie, au moment même où des catholiques, tels que Cornélius Loot à Mayence [f 1593], et un peu plus tard les Jésuites Adam Tanner [f 1632]et Frédéric Spée [f 1635] s'élevaient avec force contre la cruauté, contre la folie de ces. procès, et que les souverains catholiques les abolissaient à la demande des prêtres (voyez § 377) ?
Quoique l'inquisition espagnole ait eu un tout autre caractère, on n'a pas manqué de l'identifier avec celle de l'Église catholique, pour justifier les déclamations élevées contre celle-ci. T^e mariage d'Isabelle de Castille avec Ferdinand le Catholique [1479] ayant fait des deux royaumes réunis une puissance imposante, on ne négligea rien pour
(1) Rappelons en peu de mots l'anabaptiste Félix Manz, noyé à l'instigation de Zwingle (qui mergunt mergantur) ; Servet brûlé par Calvin pour sa doctrine sur la Trinité; Genlilis, condamné à mort; le chancelier Crell, torturé avec une joie infernale et ensuite décapité pour avoir adopté le calvinisme; Henning Brahant, affreusement mutilé et mis à mort à cause d'un prétendu commerce avec le diable ; la persécution subie par Carlstadt, Hesshusius et le célèbre astronome Kepler, à cause de son enseignement scientifique; enfin la chambre étoilée en Angleterre. De 1577-1617, dans le petit territoire de Nuremberg, on exécuta trois cent cinquante-six personnes soupçonnées d'hérésie ou de sortilège, et trois cent quarante-cinq autres furent condamnées à la mutilation ou au fouet. (Cf. Besnard, Répertoire, an. 1842, p. 301).
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affermir le pouvoir royal et abaisser une orgueilleuse aristocratie. Or l'inquisition parut aux monarques espagnols un excellent moyen d'atteindre ce but, car elle promettait au Trésor une riche moisson de confiscations. Dès 1484, l'inquisition reçut de plus la mission spéciale d'opprimer lesMaureset les Juifs, deux classes nombreuses, opulentes, influentes, implacables ennemies de l'Espagne catholique. Aussi l'inquisition y devint-elle, en quelque sorte, une institution nationale : le peuple et les grands couraient aux lugubres solennités des auto-da-fé comme ù djs fêtes nationales, 011 le plus souvent c'étaient, non des exécutions sanglantes, mais des rétractations solennelles et des libérations immédiates auxquelles on assistait (1). Et là même les athées et les incrédules n'étaient poursuivis que lorsqu'ils cherchaient à faire des prosélytes. Le Saint-Office d'Espagne doit donc être considéré comme une institution purement politique, contre laquelle les papes eurent môme quelquefois h lutter avec énergie (2). Le gouvernement y appelait sans doute des membres du clergé, auxquels l'Église n'imposait pas cet acte de condescendance comme un devoir, et leur présence réussit souvent à faire prévaloir la douceur dans le terrible tribunal. Telle fut l'influence de Torquémada [1483-1 498] et de Diego Déza [1499-1506], qui remplirent tous les deux les fonctions de grand inquisiteur. On recule d'épouvante quand on entend soutenir que, pendant trois siècles, l'inquisition espagnole a fait mourir plus de trois cent quarante et une mille personnes, ou onze cent trente-six par année. Mais l'historien anglais Gibbon, et, après lui, M. de Maistre font observer que, même en admettant l'exactitude de ce chiffre, si on le rapproche de celui auquel monterait le nombre des personnes égorgées dans les sanglantes luttes occasionnées par l'établissement da protestantisme en Europe, l'avantage serait encore du côté de l'Espagne.
(1) Sur les assertions de Llorente, cf. Hefele, I, cit., p. 340 sq. (-2) Cf. Adolphe Menzel, Nouvelle Histoire des Allemands, t. IV, p. 197.