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La scolastique dans les XIV'' et XV'^ siècles

Tiedmann, Esprit de la philosophie spéculative, t, V, p. 125. Les ouvrages sur l'hist. de la littérature clirétienne, par du Pin, Buss. Oudin, Cave, Schrœckh, Hist. de l'Église chrét., § 34, p. 1-3G3. Mallet, la Scolastique. Ritter, Hist. de la philos, chrét., t. IV, p. 580.

La science ecclésiastiques de ces temps se caractérise parla continuation de la dispute sur l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, et surtout par le renouvellement de la grande querelle entre le nominalisme et le réalisme. L'attention se dirigea surtout sur les questions philosophiques préparatoires de la théologie, et l'on se perdit le plus souvent en de vaines subtilités. Dès le commencement de cette époque, l'on vit paraître Durand de Saint-Pourçain, religieux dominicain, qui professa la théologie à Paris en 131.3 {doclor resolutissùnus), et devint plus tard évêque de Meaux ["1-1333]. Dans son principal ouvrage sur Lombard, Durand s'élève avec vigueur contre l'engouementpour les principes d'Aristote. Le Franciscain Guillaume Occara, professeur dans la même faculté, qui devint plus tard provincial de son ordre en Angleterre (1), et figura avec le titre

(1) Son (^rit théologique le plus important est celui qui porte le nom de Quiestiones super IV libb. Sententiar. Lugd., 1495, in-fo!. Cette édition renferme aussi son Centiloquium theologicum, theologiam speculativam sub centum conclusionibus complectens. Pour les ouvrages sur l'empereur Louis, voyez Goldasti Monarch, t, I et IL

de docteur vénérable à côté de Louis de Bavière {docfor singularis et invincibilis, venerabilis inceptor) [-[ 1347], proclamait l'indépendance absolue de l'enseignement, et rejetait l'autorité doctrinale de Duns-Scot. Dans la querelle des papes avec Louis, il prit parti pour celui-ci contre l'Eglise. Il releva le nominalisme, abandonne depuis Roscelin, et donna au problème des universaux sa véritable importance philosophique. La diversité des opinions sur la réalité ou sur la simple idéalité des idées coïncidait ici avec la détermination des rapports de la science et de la foi. La lutte entre les nominahstes, désormais les Occamistes, et les réalistes en devint d'autant plus vive. Les premiers furent opprimés sous Jean Buridan, recteur de l'université de Paris [1327] (1); mais à la fin du XIV siècle ils étaient redevenus le parti dominant. Thomas Bradwardine (2), professeur de théologie à Oxford, archevêque de Canterbury (doctor profundus) [f 1349], menaça de nouveau l'Église d'y introduire la funeste doctrine du prédestinafianisme. L'Espagnol Raymond de Sébunde, qui s'occupa d'abord de médecine et de droit, puis se fit ecclésiastique (3) et enseigna la théologie aToulouse [1436] adoptalaméthode d'Alain de Lille dans le plus remarquable de ses ouvrages, intitulé de la Théologie naturelle, où il prétendit populariser la scolastique et visa en même temps les infidèles de sa patrie. Quoique, s'abusant lui-même, il ne vit souvent dans la doctrine révélée qu'une connaissance rationnelle pure, il ne prétendait pas cependant que celle-ci pût suppléer celle-là; car il déclarait expressément que Dieu console les hommes par des créatures et par sa parole, mais principalement par sa parole, qui surpasse tout. Partant d'un point de vue moral pratique, il développa la preuve morale de l'existence de Dieu mieux qu'Abélard avant lui, et que Kant bien longtemps après lui. Parmi les commentateurs de Pierre Lombard, on peut citer à cette époque le célèbre Pierre d'Ailly [f 1-525] (4), et

(1) Cf. Tenncmann, Hist. de la philosophie, t. YIII, P. II, p. 914. Bulœiis, Hist. univers. Paris., t. IV, p. 257 sq.

(2) De causa Dei adv. Pelag. lihb. III; éd. Savilius. Lond., 1618.

(3) Uaijmiuidi de Sab. Lib. creatur., sive Theolog. iiatur. Argent., 1496. Latiuiore stylo in comp, redact. a J. Comenio. Amst., 1659.

(4) Commcntarii in IV libb. Sententiar. et Tractatus, éd. Argen-

Gabriel Biel [f 1493] ( 1 ), qui professa à Tubingue et fut le dernier des sententiaires : il appartenait à l'ordre des clercs réguliers et combattit le nominalisme.

On ne trouve plus dans la plupart de ces auteurs, malgré leur attachement réel au dogme catholique, le vrai sens de la foi chrétienne; on y rencontre trop souvent, au contraire, le développement de ce déplorable principe : qu'une chose peut être vraie en philosophie et fausse en théologie (2) : principe qui fît perdre à la scolastique son caractère primitif, sa tendance originelle, et lui aliéna de plus en plus les esprits. Aussi un contemporain la peint-il sous les couleurs suivantes : « La théologie scolastique, » après avoir rendu de grands services dans les contro- » verses contre les hérétiques, -après avoir été fort utile » pour aiguiser l'esprit et donner de la profondeur au ju- » gement, est tombée peu à peu dans une décadence com- » plète. Les nouveaux sophistes font un vrai commerce de » la parole divine et transforment une science admirable » en une vraie logomachie. Ils soulèvent les questions les » plus futiles, bâtissent des opinions en l'air en faisant )) violence à rÉcriture sainte, et font de notre sainte foi un » objet de dérision pour les sages du monde. Déjà, de son î) temps, saint Thomas d'Aquin se plaignait de leur » folie (3). »

En face de cette doctrine abâtardie, il s'en éleva une autre tout opposée, s'appuyant sur la foi simple et positive, s'attachant davantage aux leçons de l'Écriture, cherchant à combattre ces tendances étroites et toutes dialectiques par une direction beaucoup plus pratique. Ce fut là le mérite des réformateurs du temps que nous avons souvent nommés. Ainsi Nicolas de Glémengis, recteur de l'université de Paris en 1393, ensuite secrétaire intime du pape Grégoire XIII, et qui se retira plus tard dans la solitude où

tinœ, 1490, in-fol. Paris., 1500, in-4. La vie de Pierre dAilly, dans V. de Hardt, 1. cit., t. I, P. VIII. p. 449-87.

(1) CoUectoriura ex Occamo in IV libr. Sentent. (Tubing., 1502, 2 vol. (Brix., 1574, 4 vol. in-4. Serra, de tempore. Tubing., 1500, in-4. Cf. Trithemius De script, ecclesiast. c. 903.

(2) Condamné par le cinquième concile de Latran, sess. VIII.

(3) Henr. Cornel. Agrippa, De vanitate scientiarum, lib. I, c. 97.

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