‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 246 sur 280 · RENAISSANCE. 5G · texte numérisé non relu

RENAISSANCE. 5G

Un autre contemporain de Pétrarque, Giovanni Villani, s'éleva dans sa chronique presque au niveau d'Hérodote, et, bien avant le chantre de Laure, des écrivains du moyen fige avaient traduit en latin les ouvrages de saint Ghrysostome, de saint Jean Glimaque, de saint Macaire et les harangues de Démosthène. Le cardinal Nicolas de Cusa rapporta de sa mission de Constantinople un précieux trésor de manuscrits grecs en faveur desquels il éveilla un immense intérêt ; il s'illustra en même temps dans le domaine des mathématiques et de l'astronomie, en soutenant le premier que la terre se meut autour du soleil.

La présence des Orientaux au concile de Florence [1439] ne contribua pas peu à ranimer l'amour de l'antiquité grecque; mais toute cette ardeur était due à l'Église, dont linfluence se fit sentir bien avant l'arrivée des exilés de Gonstantinople, qui étaient pour la plupart des moines ou des ecclésiastiques. Au-dessus de tous on voyait briller liessarion, qui plus tard devint cardinal. L'accueil amical et l'appui que les réfugiés, même les moins distingués, trouvèrent à Rome et à Florence sous les Médicis, surtout de la part du clergé, prouve évidemment que celui-ci avait de profondes sympathies pour la saine littérature; car assurément des barbares eussent été peu sensibles aux beautés de TIliade, de Platon, de Thucydide et de Démosthène. Le culte de l'antiquité devint bientôt pour l'Italie une affaire nationale; la récente découverte de l'imprimerie [1440] répandit avec rapidité les résultats de toutes les études partielles et les fit tomber dans le domaine public. De toutes les contrées de l'Europe on voyait accourir les jeunes gens pour fréquenter les Académies italiennes et s'y consacrer aux études nouvelles. En général celles-ci étaient indépendantes de la théologie ; et enfin Laurent Valla, qui professa tour à tour à Naples et à Rome [f 14o0], méprisant le style scolastique, se mit à rédiger en -bon latin de courtes et simples remarques sur le texte sacré, ainsi qu'une espèce de morale toute païenne, et telle qu'elle pouvait naître d'une imitation servile de l'antiquité profane. Ses recherches historiques furent d'une utilité plus réelle (1),

(0 Eleganliar. Latinse lingiite libb. VI; Dialectice, lib.j. III; An- II. 32

56G § 285. — - LA PUKÏENDUE

Les efforts du protonotaire apostolique Paul Gortesius pour revêtir la dogmatique chrétienne d'une forme antique et romaine furent plus heureux (1). Bientôt parut une nuée de traductions latines des saintes Écritures qu'on prétendait dun latin plus cicéronien que celui de la Vulgate. Les néo-platoniciens de la nouvelle Académie fondée à Florence par Gômistius Pléto (2) [1-440] défendaient bien encore quelques idées chrétiennes, et les plus distingués d'entre eux, tels que Marsile Ficin et Pic de la Mirandole, cherchaient à prouver que toutes les vérités religieuses trouvées chez les différents peuples devaient leur origine à une révélation primitive, tandis qu'un grand nombre de ces nouveaux académiciens mettaient Platon au-dessus du Christ. Lorsque A ristote, à son tour, eut trouvé un parti zélé dans les néo-péripatéticiens du XV*^ siècle, on vit naître le plus dangereux septicisme. Le chef de cette école nouvelle, Pierre Pomponat, professeur à Padoue et à Bologne [f 1526], déclarait ouvertement que, du point de vue philosophique, l'immortahté de l'âme et la Providence divine étaient deux choses plus que douteuses, quoiqu'on pût les accepter comme des vérités théologiques (3). Le savant et célèbre historien Machiavel [f iooO] adopta dans ses écrits un système complètement païen; sa politique antichrétienne, fidèle image de la politique de l'ancienne Rome, n'est que le développement logique et rigoureux d'une sagesse égoïste (4). Ces tendances gagnèrent aussi les humanistes : un grand nombre d'entre eux tombèrent dans l'indif-

nott. in Novum Test., (éd. Erasraus. Paris, 1505. in-fol.; rep. Reviuri. Amst., 1631). De summo bono; De ementita Conat. Max. donatione (0pp. Bas., 1540 et 1543, in-fol.)

(1) Paulus Gortesius in Sententias. Qui in hoc opère eloqucntiam cum theologia conjunxit. Romœ, 1512, in-fol.

(2) Sleveking, Hist. de l'Acad. platonicienne à Florence. Gœttingue, 1812.

(3) Pciri Pomponatii lib. de Immortal. animae. Bonn., 1516. Cf. Erasmi lib. XXVI, ep. 34. Harduin, Coll. concilior. t. IX. p. 1719 sq.

(4) Discorsi sopra la prima Dec. di T. Livio; Principe; Storia Fiorentina. Cf. Possevini Judicium de Maccbiavello. Rïbadeneira, de Principe chrisliano adv. Macch. cœterosque huj. sœc. politicos. Ant., 1603, etc. Sozius EufiubinuSjL\her unus contra Machiavellura. Colon., 1601. Artnud, Macchiavelli, son génie et ses erreurs. Paris, 1834» 3 t.

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