‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 247 sur 280 · RENAISSANCE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE

férence toujours croissante et substituèrentà l'esprit chrétien le culte idôlatrique etsensuelde la forme. Déjà au commencement du XV siècle saint Vincent Ferrier s'écriait : « L'or » d'une vie sainte ne brille plus dans le monde; cet éclat n si vif, dont l'enseignement évangélique arme les âmes, » s'est effacé, et dans rinterprétation de l'Écriture il s'est » introduit je ne sais quel vernis poétique, je ne sais quelle » nuance philosophique qui fait du prédicateur moins un » disciple de l'Évangile qu'un adorateur de Cicéron ou » d'Aristote. » Plus tard l'ardent Savonarola tonne à son tour contre cet esprit païen dontl'influence a pénétré toutes les classes : « Le banquet de l'Écriture sainte, dit-il, dé- » goûte la délicatesse de nos âmes; qui nous donnera l'élo- ); quence d'un Cicéron, les chants sonores des poètes, le » doux langage de Platon, les subtils arguments d'Aristote? » L'Écriture sainte est par trop simple pour nous ; laissons » cette nourriture auxfemmes; prêchez-nous quelque chose » de délicat et de sublime, et vos prédications s'accommo- » deront aux besoins des peuples. »

En face de ces tendances, qui s'étonnerait de rencontrer une vive opposition chez les théologiens de l'école et parmi les scolastiques ? Qui oserait s'en plaindre, ou le regarder comme un malheur ? Que si le dépit de se voir dépassés par les humanistes les porta quelquefois trop loin dans leur mépris pour les opinions nouvelles, ils ne purent échapper aux traits du ridicule et de la satire.

En Allemagne, cependant, les études classiques exercèrent d'abord une heureuse influence, et les écoles des clercs réguHers s'en servirent avec avantage pour l'enseignement de la vérité religieuse : l'étude des langues devint pour eux un moyen d'arriver à une connaissance plus appi'ofondie de la religion elle-même. C'est dans ces écoles que Nicolas de Gusa, entre autres , reçut sa première éducation littéraire. C'est encore ainsi que le premier littérateur de cette époque, Érasme de Rotterdam, se servit de ses connaissances philologiques pour éclaircir le texte de l'Écriture sainte et pour publier des traductions des Pères de l'Église, comme il l'avait fait pour des éditions de classiques (1). Néanmoins Érasme, recherché tour à

(I) Surtout le Colloquium, Ciceronianus, Adagia, Epistolœ, Morias

568 § 285. — LA PRÉTENDUE KEXAISSAXCK.

tour parles princes elles papes, blâma hardiment les vices du clergé dans des écrits remarquables par la verve du style et de la pensée ; la scolastiquc usée, la folie des moines excitent surtout les traits de sa satire. 11 se plaint aussi, il est vrai, des empiétements du paganisme, dont l'influence l'envahit lui-même et affaiblit en lui le sens religieux elle dévouement pour l'Éghse.

Un autre disciple de l'esprit qui inspira l'auteur de l'Imitation et ses anathèmes contre la scolastique fut Rodolphe Agricola de la Frise, professeur à Heidelberg, dont l'influence sur la culture scientifique de l'Allemagne méridionale fut très-grande. Tels, en Espagne, Louis Vives [f 1540]; en France, Guillaume Budée [floiO], qui formèrent avec Érasme , le célèbre triumvirat littéraire dont chaque membre se distinguait par une qualité particulière : Érasme, par l'abondance de la diction {dicendi copia); Budée, par la vivacité de l'esprit {ingenio); Yivès, par la netteté de son jugement {judicio) (1). Tels encore, en Angleterre l'évèque de Rochester Fisher et John Colet, doyende Saint-Paul de Londres; Lilly, et surtout le magnanime chancelier Thomas Morus, le fidèle ami d'Érasme, qui surent tous allier à un amour sincère de l'antiquité un attachement profond à l'Eglise, et un zèle éclairé pour la réforme des mœurs et de la discipline (2).

§ 280. — Étude de VÈcriture sainte.

Richard Simon, Hist. critique des principaux commentaires du Nouveau Testament. Rosenmüller, Hist. interpretationis librorum sa-

encomium, Enchir. militis christ., Ratio verœ theolo!?., Matrimonii christ, institutio, Ecclesiastes, Novnm Testamenlum rjrœce; versio, annolationes, paraphrasis Nuvi Test. Augustin. Berol., 1778-80, 3 vol. in-8. Conf. Ad Müller, Vie d'Érasme de Rotterdam. Hamb., 1828. Lieberkühn, Do Erasmi ingenio et doctrina. Jen;e, 1836.

(1) Il faut se rappeler Louis Vives à cause de son célèbre commentaire sur Augustin. De civit. Dei, De disciplinis; quant à Budée , on doit étudier spécialement son Detransitu Hellenismi adChristianismum.

(2) De optimo reipubl. statu deque nova insulautopia. Cf. ßudÄarJf, Thora. Morus, d'après les sources. Nuremb., 1829.

DE l'Écriture sainte. 569

crorura in Ecoles, christ.; éd. II. Lipsite, 1814, 5 vol. Meijer, Histoire de l'herméneutique sacrée. Gœttingue, 1802-9, 5 vol.

Comme au X'^ siècle, Gerbert avait reçu des Arabes de Cordoue les fondements de son immense érudition, de môme les commentaires juifs de l'Espagne excitèrent les chrétiens à laisser les vieilles traductions latines pour étudier le texte sacré et surtout l'Ancien Testament dans l'original, en s'entourant de tous les moyens que fournissait la pliilologie de cette époque pour mieux comprendre le sens littéral. L'Eglise, bien loin de blâmer ces efforts, les encouragea de bonne heure dans les termes les plus formels. Au concile de Vienne, tenu par Clément V, en 1311, il fut déclaré que des chaires seraient fondées h Rome, à Paris, à Oxford, à Bologne, à Salamanque, pour l'enseignement de l'hébreu, du chaldéen, de l'arabe et du grec (1 ). Cette institution avait sans doute pour but immédiat les missions étrangères, mais il n'en est pas moins vrai qu'elle exerça une heureuse influence sur les études scientifiques, et particulièrement sur l'herméneutique sacrée. Le premier que nous rencontrons dans ces voies est un prosélyte conquis sur le judaïsme, Nicolas de Lyra (2), professeur de théologie à l'université de Paris [ijostillator, doctor planus et utilis) [-}- 1341]. Sans abandonner complètement le sens allégorique, moral etanagogique (3), Nicolas mit à profit ses connaissances dans les langues orientales pour l'interprétation historique, littérale et grammaticale des deux Testaments. L'influence de cesavant est suffisamment indiquée dans ce dicton du temps : Si Lijra non lyrasset, Lutherus non saltasset. Dans le courant du XV siècle, Alphonse Tostatus, docteur de l'université de Salamanque, et ensuite évoque d'Avila [-j- 1454], rédigea les commentaires les plus complets sur la plupart des

(1) Clément, lib. V. tit. I, c. 1 (Corp. juris canon.).

(2) Wolfii Bibl. Hebr. t. 1, p. 912; t. III, p. 838. Le pricipal ouvrage est Poslillaî perpétuée in Biblia (Romêe, 1471,5 vol. iii-fol.) cura Fr. Feuardentii, J. Dadrei et Jac. de Guilly. Lugd., 1590.

(3) Les quatre sens sont renfermés dans ces vers si connus :

Littera gesta docet, quid credas allegoria, Moralis quid âges, quo tendas anagogia.

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