ÉTUDE
livres historiques de l'Ancien Testament et sur l'Évangile de saint Matthieu. Il y déploya une gi^ande érudition et répondit avec avantage aux nombreuses ojections des Juifs espagnols. Tostatus assista au concile de Bâle, où les dispositions de celui de Vienne furent renouvelées, sans qu'on parvînt encore à leur exécution. Tiraboschi compte au XV siècle plusieurs orientalistes distingués, outre le moine Jacques- Philippe de Bergame, Pic de la Mirandole, Palmieri, Giavozzo , Manetti , etc. Bientôt après on voit Giustiniano préparer sa version polyglotte des psaumes et Léon X nouimer Tesio Ambrogio, professeur de littérature orientale à Bologne. En Espagne, le cardinal Ximénès fit entreprendre une Bible polyglotte dans laquelle les textes hébreu, chaldéen, grec, etc., furent publiés, avec des dictionnaires et des grammaires pour apprendre ces langues (1).
Presque tous ces grands efforts avaient eu lieu avant Reuchlin, et cependant on ose encore soutenir aujourd'hui avec une rare ignorance qu'au moment où il parut, la connaissance de l'hébreu était presque entièrement éteinte parmi les chrétiens. Mais à côté de Reuchlin môme, à Tubingue, le Franciscain Summenhardt, Paul Scriptoris et Conrad Péhcan furent tous des hébraïsants. Dès l'année loOo, Jean Lœschenstein, avait été appelé à Ingolstadt par le docteur Eck pour y professer l'hébreu, dont il devait la connaissance uniquement à ses propres efforts. Ce n'est pas cependant une raison pour ôter au classique Reuchlin, qui avait appris l'hébreu de Jean Wessel, le mérite d'avoir fait faire de grands progrès à l'étude du texte sacré; mais lui-môme s'appuya beaucoup plus sur la science des rabbins que sur la vérité hrétienne (2). Aussi dans la guerre que lui firent Pfeffer-
(1) Biblia sacra; Vêtus Test, multiplici lingua nunc primo Impressum, t. I-V; Novum Test. t. VI. Compluti, 1514-17, in-fol. Cf. E. Fléchier, Hist. du card. Ximénès. Paris, 1643, 2 vol. J. de Marsolier, Hist. du ministère du card. Ximénès. Toul., 1694. Hefele, Vie du card. Ximénès. 1844.
(2) De Verbo mirifico libb. III. Tub., ifiir., in-fol. De arte cabalist. lib. III. Hag., 1517. De rudiment. Hebr. Phorcfe, 1506, in-fol. Bas., 1573, in-fol. De accentibus et orthographia lingute Hebr. Hagae, 1518, in-fol. Epp. Hag., 1514-19, in-4.
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korn (1), Hogstraten et les Dominicains de Cologne, ils poussèrent l'exagération jusqu'à demander la destruction de tous les ouvrages des rabbins. Mais après tout, cette haine était dirigée contre l'importance exagérée accordée aux rabbinistes, et non pro voquée par la jalousie, par une mesquine opposition aux lumières nouvelles, moins encore par le désir d'arrêter l'essor donné à la linguistique. Il y a mieux : Cologne, ce prétendu séjour de l'obscurantisme, voyait fleurir danssonsein d'abord JeanPotken, prévôt de Saint-Georges, etl'undesplushabilesorientalistesdecetteépoque, et ensuite Gratius, qui se distingua non moins comme humaniste que comme défenseur des Dominicains, dans ce que leur opposition offrait de plus fondé (2). Quant aux Dominicains euxmêmes, leurzèle exagéré contre l'étude deslangues orientales fut complètement repoussé par l'évêque de Spire, commissaire du pape Léon X [1514], par ce seul motif que l'Église avait toujours estimé le véritable usage de cette étude. Malheureusement les humanistes abusèrent de cette sage olécision. Ils répandirent contre leurs adversaires des libelles diffamatoires {Eijistolœ ohscurorum virorum)^ et Ulrich de Hütten en profita pour attaquer la papauté avec une rare audace. Assurément il ne faut point oublier de nommer encore ici Érasme, qui rendit de grands services à l'exégèse, en publiant le texte grec du Nouveau Testament avec une traduction en regard, des paraphrases et des courtes notes. — En France, le Febvre d'Etaples [f 1537] ouvrit également la voie des critiques hardies par des commentaires habiles et par des traductions du texte sacré en langue vulgaire. Il encourut même la censure, par suite de la trop grande liberté de ses interprétations (3). Quoique déjà, depuis les XIP et
(1) Pfefferkorn, De Judaica confessione. Colon., 1508. De abolendis scriptis Judaeorum ; Narratio de ratione celebrandi Pascha apud Judseos. Cf. Hogstraten, Destructio cabahe, seu cabalisticfe perfidiee adv. Reuchlinum. Antv., 1518. Contra dialocrum de causa Reuchlini, et Apologiae contra Reuchlinum. Cf. V. de Hardi, Hist. litter. Ref. P. II.
(2) Contre les Epp. obscurorum virorum lib. I Hagen., 1516,- lib. II. Bas., 1517; denuo ed Rotermund. Hann., 1827, 2 vol. Il composa Lamcntationes obscurorum virorum. Gratius est aussi l'auteur du Fasciculus rcrum expetendarum ac fugiemlarum.
(3) Psalîerium quintuplex. Paris., 1509. Comm. in Epp, Pauli,