VIE SPIRITUELLE
pour quelque temps sa canonisation, mais enfin Pie II l'accorda en 1461.
Une fille du roi de Suède, sainte Brigitte, est une autre preuve de l'activité intérieure qui, à cette épaque, se manifestait dans l'Église, tandis que dans une voie fort différente, la Pucelle d'Orléans faisait briller le patriotisme chrétien du plus vif éclat (i). Peut-être le dévouement exclusif de cette héroïque jeune fille pour son pays, peut-être aussi sa mort prématurée sur l'échafaud [1430] empêchèrent l'Eglise de lui élever -des autels: mais sa mémoire vit toujours chère et vénérée dans cette patrie qu'elle aimait d'un amour si profond.
Lorsque nous voyons de pareils personnages apparaître dans les différentes contrées de l'Europe, nous sommes autorisés à soutenir que leurs énergiques et unanimes remontrances aux conciles de Pise, de Constance et de Bâle, auraient obtenu, malgré l'opiniâtre opposition de plusieurs papes, une réforme paisible et graduelle des abus, bien plus tôt et bien mieux que ne firent les orages terribles et les actes de folie qui signalèrent le commencement de la période suivante. Au dernier concile de Latran, tenu en 1517, r Augustin Égidius de Viterbe indiqua le vrai moyen d'atteindre cette réforme fructueuse, lorsqu'il prononça les paroles suivantes : « C'est aux choses sacrées de « changer les hommes, et non à ceux-ci de changer les (( choses saintes {homines per sacra immutari /as est^ non sa- « cra per homines)^ » et lorsque, s'adressant à Jules II, il lui dit avec fermeté : « Toute votre attention doit se por- « ter sur l'amélioration des mœurs, sur le rétablissement « de la vie spirituelle, sur les moyens de mettre un frein « aux vices, à la volupté, à la propagation de l'erreur. » Plus qu'aucun autre pays, peut-être, l'Allemagne avait droit de compter sur de meilleurs temps ; car, au dire d'un historien sévère et même hostile, cette contrée possédait alors un épiscopat non moins vertueux que savant, qui comptait parmi ses membrus les plus éminents, Jean de Dalberg, à Worms, Jean Rhode, à Brème, Laurent de Bi-
(1) G. Gœrres, la Pucelle d'Orléans. Ratisb., 1834. Le procès delà Pucelle d'Orléans fut revisé par les ordres du pape Calixte III, sur la demande du roi Charles VII.