ORDRES NOUVEAUX
de la communauté par les individus était la cause de nombreux désordres dans les monastères, et on s'efforça d'y mettre un frein, malgré l'égoïsme intéressé d'un petit nombre de contradicteurs. D'ailleurs, parmi les moines euxmêmes, il ne manqua pas non plus d'hommes généreux qui réclamèrent avec vigueur contre les dérèglements de leurs frères. On soumit aussi à la réforme les établissements des ordresmendiants, qui s'étaient relâchés de leur austérité (1), quoique leur dévouement pour la science leur assurât une haute estime dans l'opinion publique. Le concile de Constance se déclara même pour les conventuels rigoureux (2), dans le but d'inspirer une noble émulation aux autres branches de l'ordre ; mais malheureusement la plupart ne surent point le comprendre et répondirent à cet appel par une froide indifférence.
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Cependant la vie spirituelle ne s'éteignit jamais complètement dans l'Église ; à mesure que de nouveaux besoins se faisaient sentir, ils donnaient naissance à des ordres nouveaux qui y répondaient, à leur tour, par une nouvelle activité. Un professeur de philosophie, Jean Toloméi, de Sienne, ayant recouvré la vue miraculeusement, fonda par gratitude, en 1313, l'ordre des Olivétains {congregatio Sanctœ Marke montis Olivetï). Il s'établit dans une solitude couverte d'oliviers, près de sa ville natale, et Jean XXII approuva le nouvel institut, qu'il soumit à la règle de saint Benoît [1319] (3). A Sienne même, Jean Colombino fonda les Jésuates (1). Une Vie de sainte Marie d'Egypte le charma tellement qu'il renonça à la plus haute dignité de l'État pour se consacrer au service des pauvres et des malades. Lorsque Urbain V quitta Avignon pour Rome, en 1367, il autorisa
(1) iVtc. de Clem. De ruina eccles,, c. 33 (von der Hardt, t. I, P. III, p. 33).
(2) Apud von der Hardt, Conc. Const., t. IV, p. 515 sq.
(3) Cf. Raynald. ad ann, 1320, n» 50; Hélyot. Hotsten-Brockie, t. V, p. 1 sq.
(4) Bolland. Acta SS. mens, jul. t. VII, p. 333 sq.
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l'établissement des Jésuates sous la forme d'une congrégation dp frères lais, qui furent rangés parmi les ordre.- mendiants et soumis à la règle de saint Augustin. Ce fut seulement au commencement du XVIP siècle qu'on permit aux Jésuates de recevoir la prêtrise ; mais peu après Clément IX abolit l'ordre, quand les riches PadrideW aquavite s'occupèrent de distillation d'eau-de-vie en même temps que de pharmacie dans quelques-uns de leurs monastères [1668]. En Espagne et en Italie, on vit encore un certain nombre d'ermites se réunir en congrégation et prendre le nom d'Hiéronymites (1), soit qu'ils prissent saint Jérôme pour patron, tout en suivant la règle de saint Augustin, soit encore qu'ils eussent extrait leur règle des écrits du solitaire de Bethléem. Leur premier supérieur en Espagne fut Pierre Ferdinand Pécha, chancelier de Pierre le Cruel; Grégoire XI leur donna l'approbation nécessaire, et les Hiéronymites se répandirent bientôt en Itahe, sous la direction de Pierre Gambacorti, autrement dit Pierre de Pise.
Sainte Brigitte [7 1373], issue de la famille royale de Suède, s'était déjà affiliée au tiers ordre de Saint-François pendant qu'elle remplissait encore les devoirs d'épouse et de mère (2); après la mort de son époux, elle eut des révélations que les pontifes Grégoire XI et Urbain \1, ainsi que les conciles de Constance et de Bâle, reconnurent pour vraies. Ce fut dans une de ces visions, que le Seigneur lui ordonna de fonder un nouvel ordre, qui fut réalisé à Wadstena, en 1363. et les enfants de sainte Brigitte, après avoir été formellement reconnus par Urbain V [1370] {ordo sanctœ Brigittœ seu Sahmtoris), devinrent pour les États septentrionaux de l'Europe une abondante source de grâces et de bénédictions. La suprématie de l'abbesse de Wadstena était reconnue par tout l'ordre. Chaque établissement ne pouvait recevoir que soixante religieuses, dont les besoins spirituels étaient confiés à treize prêtres et à quatre diacres, tandis que huit frères lais dirigeaient les affaires temporel-
(i) Hohlen- Brokie, t. III, p. 43 ; t. VI. p. 1 sq.
(2} Birjittœ Revelationes, éd. Turrecremata. Lub., 1492; Romse, 1628; Vie de sainte Brigitte {Vaslovii Vitis aquilonia. seu Vitee SS. in Scandinavia, Col. 1623, in-fol., cum not. Erici Benzel. Ups., 1708, in-4). La règle est dans Holst., t, III, p. 100 sq. Hélyot.