CONVERSION DES JUIFS
cftevaliers teutons, qui essayeront de propager l'Evangile dans les contrées voisines de la Lithuanie, payèrent chèrement leurs efforts. Huit d'entre eux furent pris et brûlés ensemble [1260]. Cependant quelques Lithuaniens finirent par entrer isolément dans l'Eglise russe. Jagellon fit un pas plus décisif pour la conversion de son peuple en acceptant l'Évangile et en engageant ses sujets à imiter son exemple, dans l'espoir d'obtenir plus facilement par là la main de la princesse Hedwige, et avec elle le trône de Pologne [t-386] (1). Après avoir reçu le baptême à Cracovie, Jagellon, roi de Pologne, sous le nom de Wladisias III, revint, avec une grande suite, en Lithuanie, fit renverser les sanctuaires païens, pour en prouver la vanité à ses sujets, enseigna lui-même ses vassaux, et leur accorda, comme parrain, des vêtements neufs. Sa générosité attira aussitôt des masses de peuples autour de lui. Ne pouvant plus les baptiser individuellement, tant ils étaient nombreux, on les aspergea d'eau bénite, en nommant des groupes entiers Pierre, Paul, etc., etc. On ne donna le baptême individuellement qu'aux nobles et aux militaires. Le Franciscain polonais André Vasillon, confesseur de la reine, fut nommé évêque de Wilna. Le pape Urbain VI le confirma dans cette dignité, le plaça sous sa juridiction immédiate, et défendit l«s mariages entre les chrétiens grecs et romains. La manière dont ces peuples avaient reçu le baptême prouve que c'était pour eux une cérémonie extérieure qui n'entraînait aucune conviction intime et véritable de leur part. Aussi le paganisme se maintint-il longtemps parmi eux. iËneas Sylvius rapporte, d'après le témoignage du moine JTérôme de Prague, que, peu après le concile de Bâle, lie culte des idoles subsistait encore en Lithuanie, et que des symptômes de révolte se manifestèrent lorsque Jérôme, appuyé de l'autorité du roi Wladisias et du duc Witoudt, voulut renverser les autels des païens (2).
(1) Dlugossi ffist. Polon. Francof,, 1711, in-foL, lib. X, p. 9j sq.. D'après cet auteur, Jagellon fut baptisé avec son frère Switrigal et son cousin Witoudt. Sur cet événement, cf. Dlugoss., 1. cit., p. 409, et les Annales de J. Lmdenblatt, auteur contemporain, publiées par Voigt. Kœmigsb., 1823, p. 60 sq., 334 sq.
(5) ^neas Sylvius, de Statu Europœ sub Friderico ITI, c. 20 (Freheri Rerum Germ. script, ed, Struve, t. II, p. 114).
Les Lapons furent convertis de la même manière (I) : ils étaient depuis 1279 soumis aux Suédois. Leur conversion fut surtout l'œuvre de Hemming, archevêque d'Upsal, qui consacra pour ces peuples une église à Tornéa [1335].
''Lee juifs donnèrent peu de consolation à l'Église durant cette période. Au moyen âge, comme à l'époque de la migration des peuples, les juifs, toujours spéculateurs habiles, avaient peu à peu amassé de grandes richesses, par leur commerce et leur usure, en Italie, en France et en Allemagne (2). L'opinion répandue parmi les chrétiens, que le placement de l'argent à intérêt était usuraire, avait fait passer toutes les affaires d'argent entre les mains des juifs^ et par là même singulièrement augmenté leur bienêtre. Mais leurs richesses devinrent souvent l'occasion de cruelles persécutions, qu'on justifiait en accusant les juifs d'êtrela cause des calamités publiques, de la peste, des tremblements de terre, en leur reprochant des vices infâmes, des crimes abominables, comme d'empoisonner les puits, d'assassiner les enfants chrétiens et de boire leur sang aux fêtes de Pâques, d'ensorceler l'atmosphère, etc. C'est ainsi qu'on excitait contre eux l'animosité et la fureur de la multitude. Leur position, si précaire en Allemagne, était encore pire en France et en Angleterre. Les papes, protecteurs des opprimés durant le moyen âge, élevèrent souvent la voix en faveur des malheureux juifs, par leurs exhortations et leurs menaces, conviant les chrétiens à la douceur et à la justice, et blâmant avec sévérité la contrainte qui prétendait leur imposer le baptême. « Nul juif, » dit Innocent III, ne peut être contraint au baptême ; celui » qui ne veut pas accepter le baptême ne doit pas pour » cela être méprisé. Que nul ne s'empare injustement de » leurs propriétés, ne trouble leurs fêtes et ne dévaste leurs » cimetières. » Ces défenses furent renouvelées par beaucoup d'autres papes (Innocent IV, Grégoire IX). D'un autre côté, on cherchait d'une manière plus directe à ramener les juifs à la vérité, en les éclairant; c'est ainsi que des sa-
(1) J. Schefferi Lapponia Francof., 1673, in-4.
(2) Cf. Depping, les Juifs au moyen âge. Stuttg., 1834, et par» ticulièrement Josf, Hist. des Israélites jusqu'à nos jours, Berl., 1825 sg.