PUISSANCE TEMPORELLE
le Grand arrêta la marche d'Attila et de Genséric, roi des Vandales ; Zacharie, celle de Luilprand et de Rachis, roi des Lombards [743-750]. « Si la justice naturelle doit décider, dit Jean de Müller, le pape est de droit seigneur et maître de Rome, «car sans le pape Rome ne seraif plus. » Etienne II [73iî-ij7], sans s'inquiéter de l'opposition des Lombards, et quoique infu'me et malade, remonta l'Italie, pour réclamer du roi des Franks appui et secours contre le déloyal Lombard Astolphe (1). Pépin n'oublia pas ce qu'il devait au pape Zacharie ; il reçut avec respect le Saint- Père, lui promit et lui porta secours à la tête de son armée. Etienne clonna l'onction royale à Pépin et à ses fils dans l'église de Saint-Denis, et le nomma, lui et ses successeurs, Patrices romains. Et c'est alors que Pépin vainquit les Lombards dans deux campagnes [7o4 et suiv.], et fit don à saint Pierre, à l'Eglise et à la république romaine, des villes qui composaient antérieurement l'exarchat grec et la pentapole savoir, d'après Ânastase : Adria, Gabellum, Ferrare, Bologne, Imola, Faenza, Bobbio, Gomachio, Ravenne, les châteaux de Tite-Live et de Popilius , Rimini , Pésaro , Fano, Sinigaglia, Ancone, Osimo, Umana, Feretri, Urbin, le territoire de Balno, Callis, Eugubium, Luceoli et Narni (2). Constantin Copronyme, le persécuteur de l'Église, voulant profiter des victoires de Pépin, fit réclamer par ses envoyés les contrées reprises sur les Lombards ; Pépin rejeta sa demande. Les Franks., dit-il, ont versé leur sang non pour les Gt^ecs, mais pour saint Pierre et pour le salut de leurs âmes ; il n'y a pas de trésor au monde qui poui^rait me faire manquer à ma parole. Depuis longtemps les populations de ces contrées s'étaient accoutumées à reconnaître
(1) J. de Müller, Voyages oes papes (Œuvres compl., t. XXV).
(2) Le titre original de la donation ayant été perdu, il y a controverse, non sur la donation même, mais sur sa circonscription. D'après Anastase, au IX" siècle, qui prétendait avoir vu l'acte de donation, celle-ci s'étendait sur les contrées indiquées ci-dessus, et au delà. Justin Fontanini en agrandit encore les limites : « Istoria del domiuio temporale délia sede apostolica, del ducato di Parma e Piacenza. » Rom., 1720. Cf. Muralori, Annali d'Italia, t. IV, p. 3io sq. ; ejusd. Antiqq. Ital. medii a3vi, t. I, p. 64 sq. Ven., 1790; Sabbatiùer, Essai hist. crit. sur l'origine de la puissance temporelle des papes. La Haye, 17(J5, in-4.
dans le pape leur protecteur et leur souverain. Elles ne virent dans le don de Pépin qu'une simple restitution (l). Les Romains, de leur coté, considéraient le pape comme leur souverain temporel, et promirent à Pépin d'obéir désormais à leur évêque comme à leur roi (2).
Après la mort de Pépin, Didier essaye de nouveau de conquérir l'exarchat de Rome. Mais Charlemagne arrive en Italie [sous le pontificat d'Adrien I", 772-95], défait les Lombards, a'entre dans Rome qu'après en avoir demandé l'autorisation, y confirme la donation de son père, y ajoute quelques provinces du nord et du centre de l'Italie, la Corse, les duchés de Spolète et de B!^névent(3). Mais, hormis l'exarchat, le duché de Rome et de Spolète, les papes ne possédèrent de fait aucune de ces dernières provinces,
(1) Cf. Stephan II ep. ad Domin. Pipinum regem, an. 754 : « Propria vestra volimtate per donationis paginam beato Petro, sanctRsque Dei Ecclesife et reipulilicae, civitates et loca reslituenda, confirmaslis. » (Ccnni. loco cit., p. 75.) — Annal. FuUlens. : « Haistulfum... res S. Pétri reddore sacramento constrinxit, » {Orsi, loco cit., cap. 6, p. 101 sq.)
(2) Ep. populi scnatusqiic Romani ad Domin. Pipinum regem : « At vero ipsis vestris mcllilluis apicibus nos salutaris Providentia vestra et imnionere praicellentia vestra studuit, firmos nos ac fidèles permanere dobere erga beatum Petrum, principem apostolornm, et sanctam Doi Ecclesiam, et circa beatissimum et evangelicum spirilalem palreni vostrum a Deo decretum dominum nostrum Paulum, summum poutiliccm et universalem papam, etc. » {Cenni, loco cit.
(3) Rien de plus constaté, non plus, quant à l'agrandissement de la donation. Tout repose sur le rapport d'Anastase, postérieur aux événements, peu sûr parfois, et sur le Cod. Carol., et les deux se contredisent. Cf. de Marca, de Concord. sacerd. et imper. III, il. — Il est très-remarquable que le pape Adrien I"' [777] en appelait déjà, en s'adressant à Charlemagne, à la prétendue donation de Constantin le Grand au pape Sylvestre : « Et sicut temporibus S. Sylvestri a piissimo Constantino Max. imp. per ejus largitatem Romana Ecclesia elevata atque exaltata est, et potestatem in his Hesperite parlibus largiri dignatus est..., ecce novus christianissimus Constantinus Imperator his temporibus surrexit, per quem omnia Deus sanctœ Ecclesiee apostolorum principis Pétri largiri dignatus est, Sed et cuncta alia, qua; per diversos imperatores, patricios etiam et aiios Deum timentes, pro eorum anirn» mercede et venia deliclorum, in partibus Tusciœ, Spoleto seu Benevento atque Corsica simul et Sabineusi patrimonia Petro apostolo concessa sunt, cœt. vestris temporibus resliluanlur. » (Cod. Carol., t. I, p. 352.)