PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPES
dans la suite. Après la prise de Didier, Gharlemagne détruisit le royaume des Lombards, et se nomma roi des Franks et des Lombards.
Lorsque, plus tard, sous le pape Léon III [795-816], Gharlemagne alla, aux fêtes de Noël [800], déposer sur le tombeau de saint Pierre la donation faite par son père et augmentée par lui (*), le pape lui mit sur la tête la couronne impériale, aux acclamations du peuple s'écriant : Salut à l'empereur Charles- Auguste que Dieu couronne! Là fut posé le principe du fait le plus important et le plus fécond du moyen âge. Il exige, dès à présent, quelque éclaircissement.
(*) On a, jusqu'à présent, des doutes sur la justice de cette donation, en se fondant sur des motifs très-divers, souvent fort naïfs. Cf. Phillipps, loco cit., t. II, p. 248. Au témoignage de J. de Müller, cité plus haut, nous ajouterons le passage remarquable de Savigny, loco cit., t. I, p. 361, qui suit : « On ne peut considérer ce fait comme une usurpation sur les droits de l'empereur d'Orient, qui lui-même n'était qu'un usurpateur en Italie; car il ne faut pas oublier que, bien loin de vouloir rétablir dans son intégrité la seconde partie de l'empire qu'ils avaient perdue, les Grecs ne traitaient l'Italie qu'en pays conquis, de la manière la plus arbitraire, et sans songer à lui rendre sa dignité, sa constitution, sa force primitives. L'autorité des rois francs ne peut donc être comparée à celle des empereurs grecs : le pape lui-même s'en déclarait tout à fait indépendant, etc. » — Carî. A. Menzel, Hist. des Allem., liv. III, c. 16, t. I, p. 448, dit : « On ne peut ni ne doit mettre en doute la justice de la donation. Depuis la conquête de Bélisaire et de Narsès, Constantinople considérait l'Italie non comme une partie, non comme un des sièges de l'empire, mais comme une province conquise. De quel droit les tyrans de l'Orient auraient-ils prétendu tenir, même de seconde main, des conquêtes qu'ils ne savaient ni régir ni défendre? Il semblerait, d'après quelques historiens modernes, que l'Europe entière, jusqu'au Rhin et au Danube, devait être à jamais soumise, par les décrets de la Providence, au joug de Byzance, et que chercher à secouer ce joug était une impardonnable injustice. Rome fit, sous ces évêques, ce que d'autres peuples réalisèrent sous leurs rois. Elle profita du moment favorable pour secouer un joug étranger et briser des rapports contre nature. Il n'y a prince ni peuple d'Europe qui puisse s'appuyer sur d'autres droits à la possession de son territoire que ceux qu'eut Rome elle-même par son affranchissement et sa possession séculaire. Depuis longtemps on avait répondu à l'objection de la prétendue incompatibilité entre les fonctions épiscopales et doctrinales du père de la chrétienté et celles du gouvernement séculier. Rome eût été anéantie si ses évoques ne l'avaient protégée, défendue. La reconnaissance avait fait trouver au peuple le gouvernement qui lui con-
|5 166, RESTAURATION DE l'eMPIRE d'oCCIDENT. 65
§ 166. — Resiauraiion de l'em^m'e romain en Occident.
Bellarminus, S. J. de Translatione imperii Rom. a Greecis ad Francos, adv. Flacium Illyric, Hbb. III. Antw., 1589, in-8; et in 0pp. ornn. PhiUipps, Hist. d' Allem., t. II, §§ 47 et 48. « Rapports du pape et de l'empereur, p. 253. Mœhler, Manuel, etc., t. I, p. 417-21 : « Fondation de l'empire chrétien. » Buss, Influence du Christian. sur le droit et l'État (Frib., Revue théol., t. I, p, 68; t. II, p. 251).
L'érection de l'empire germano-romain fut non la conséquence d'un plan bien arrêté, mais le résultat nécessaire d'une série de circonstances providentielles. Ce ne fut pas, non plus, une translation de la dignité impériale de l'Orient en Occident, car l'élévation de Gharlemagne n'enleva rien à l'empereur grec; mais ce fut une véritable restauration de l'empire d'Occident. Voici un résumé rapide des événements qui ont rapport à ce fait important (1).
Lorsque l'empire d'Occident, qui datait de Théodose le Grand, fut tombé avec Romulus-Augustule, la dignité et la puissance impériales se réunirent de nouveau en une seule personne, celle de l'empereur de Byzance. Odoacro, maître de l'Italie, quoiqu'il n'y eût pas moins de droits que plusieurs des souverains qui l'avaient précédé, réclama en vain de l'empereur d'Orient, Zenon, les insignes de la dignité impériale. Il ne sut d'ailleurs, ni lui ni sa race, maintenir son indépendance. Les Ostrogotlis, ses vainqueurs, furent à leur tour vaincus par Justinien, qui usurpa l'Italie sur eux et en fit une province grecque. Justinien ne fut pas
venait le mieux, et les papes étaient princes dans Rome par le fait, s'ils ne l'étaient de nom, longtemps avant la donation de Ravcnne. » — Herder vient encore fortifier ces considérations du poids de son autorité, tout impartiale dans la cause : « Si tous les empereurs, rois, princes et chevaliers de la chrétienté devaient faire valoir les titres d'après lesquels ils parvinrent à la puissance, le grand lama de R,ome, orné de sa triple couronne, porté sur les épaules de ses prêtres pacifiques, pourrait les bénir tous et leur dire : « Sans moi » vous ne seriez pas devenus ce que vous êtes. » Les papes ont sauvé l'antiquité, et Rome est digne de rester le sanctuaire paisible où se conservent tous les précieux trésors du passé. » (Idées sur l'hist. do l'humanité. Stutlg., 18i7, in-16, P. IV, p. 108.)
(1) Nous l'empruntons à l'exposé si lucide et si serré de Phillipps, t. II, p. 226 sq.