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les droits à la royauté des Franks, et qui, en signe de respect et d'honneur, tint l'étrier du pape. Etienne, en sac-rant Pépin, et ses fis Charles et Garloman, et en leur accordant le patriciat de Rome, les reconnut comme les protecteurs et les défenseurs de l'Eglise romaine (1). Pépin, dans son amour pour l'Église et sa vénération pour le pontife, sut vaincre la répugnance des Franks à descendre en Italie, contraindre à deux reprises [754-56] Astolphe à abandonner les provinces usurpées par les Lombards, et le premier il en fit don et restitution au Saint-Siège, après avoir repoussé nettement les réclamations des députés de l'Orient, et obligé les Romains à l'obéissance envers le pape. Tels furent et restèrent les rapports entre le pape et le roi des Franks, jusqu'au couronnement de Charlemagne , élu empereur des Romains, après avoir été, -onjointement avec son père Pépin^ patrice et tuteur de l'Eglise romaine. Fréquemment obligés d'avoir recours au bras séculier pour les défendre, les papes, comme Léon III, ne cessèrent point de faire aux Romains un devoir d'obéir aux dispositions prises par le patrice pour la sûreté de l'Église (2). Mais on ne peut nullement en conclure que le roi des Franks conserva des droits de souveraineté sur les contrées cédées au pape. Ainsi Charlemagne, dans son entrevue avec le pape Léon III, à Paderborn, fit juger et y jugea lui-même les accusations impies dirigées contre le souverain pontife, non en qualité de souverain de Rome, mais comme défenseur de la capitale de la chrétienté.
Les fonctions que le patrice exerçait à Rome étaient un acheminement tout naturel vers la charge et le titre d'empereur. Aussi le pape Léon III put-il tout à coup, le jour même de Noël, mettre sur la tête de Charlemagne la cou-
(1) Patrice, c'est-à-dire, selon Savigmj, Hist. du droit romain au moyen ùge, t. I, p. 360, gouverneur de la ville, avec une puissance presque illimitée, telle que l'avait jusqu'alors exercée l'exarque de Ravenne.
(2J Eginkard. Annal, ann. 70G : « Romœ, Hadriano defuncto, Leo pontificatum suscepit, et mox per legatos suos confessionis claves S. Pétri ac vexillum Romanœ urbis cum aliis muneribus régi misit, rogavitque ut aliquem de suis optimatibus Romam mitteret, qui pouulum Romanum ad suam fidem atque subjectionem per sacrameata firmaret. »
DE l'empire d'occident. 69
ronne impériale, aux acclamations enthousiastes du peuple romain. Cet acte rétablissait tout simplement les choses dans l'état où elles étaient au temps de Théodose, entre le pape et l'empereur. Monnaies, inscriptions, sceaux, tout annonça que ce n'était qu'une rénovation de l'empire, renovatio imperii (1).
Quelque pénible et surprenaate que, d'après son aveu public, cette élection parut d'abord à Gharlemagne, il y reconnut bientôt la volonté de Dieu {nutus divinus); etil entra résolument dans les charges que lui imposait le titre de chef du saint empire romain d' Allemagne (2).
Alors SGulemement s'apaisa et «'organisa le mouvement des peuples teutons. Alors l'Église, tout en ménageant le caractère invididuel de chaque nation (3), parvint à fondre les éléments germanique et romain; elle put, grâce à la civiHsation romaine, dont déjà elle s'était heureusement servie une fois, et en restant intimement unie à la puissance impériale, fondée dans ce but sacré, introduire parmi les Germains une vie vraiment chrétienne et des mœurs réellement sociales. Mais, en face des usages particuliers à toutes ces races diverses, en face du principe politique des Germains : chaque État se développe et s'organise d'après le caractère de la race qui le fonde, comment le pouvoir impérial pouvait- il être universellement reconnu et justifié aux yeux de toutes ces tribus? Il fallait qu'il s'appuyât sur un autre pouvoir universel, dont la légitimité fût depuis longtemps reconnue, celui de l'ÉgUse; il fallait que l'empire d'Occident fût fondé sur des bases chrétiennes, et que, dans des limites marquées, le pouvoir temporel aidât la puissance spirituelle à accomplir sa mission divine. L'Eghse voulait, par l'empire, fonder la grande alliance fraternelle des nations : elle montrait à l'empereur qu'il était appelé d'en haut à être le médiateur et le pacifica-
(1) Cf. Fogi. Critica in Annal. Baronii ad ann. 800, et Ekhart, Francia oriental., t. II, p. 7.
(2) C'est pourquoi Charles se nommait aussi Carolus, divino nutu coronatus, Romanum gerens jmperium, serenissimus Augustus. Capit. ad"dit. ad leg. Longobard. {Baluz., t. I. p, 247), et encore a Deo coronaius. {Baluz., t. I, p. 341, 345).
(3) Sur les rapports des Rom. et des Germ. Voy. Feuilles hist. et polit., t. I, p. 270.