RESTAURATION
leur des États chrétiens. Il avait donc, d'après le commandement de l'Évangile (d), l'obligation, d'étendre son royaume parmi les États païens de l'Occident (2), afin de les convertir à la lumière du Christianisme. Et Gharlemagne, en effet, en cherchant à unir -^ sa famille à la race impériale d'Orient, semble avoir eu le désir de réaliser plus complètement encore cotte haute pensée, d'après laquelle son empire aurait embrassé tous les royaumes de la terre. Cet imperium mundi devait lui donner, sur tous les autres royaumes, non une domination territoriale, mais une suprématie d'honneur et d'autorité. D'un autre côté, il devait, plus que tous les princes, honorer, défendre, soutenir rÉgUse, et donner par sa fidélité l'exemple ù tous les souverains. C'est pourquoi Charîemagne, avec un sentiment profondément clirétien, se nommait le défenseur dévoué et l'humlile protecteur de la sainte Église et du siège apostolique romain {devotus sanciœ Ecclesiœ defemor hwnilisj[ue adjutor) (3). Tout cela était confirmé par le serment de fidélité {fidelitas) que l'on prêtait au chef visible de la chrétienté, et qui n'était pas un serment de féodalité, de vassalité, mais une simple expression de dévouement et d'hommage personnel. Ce serment ne rendait pas non plus le pape vassal de l'empereur; car telle la souveraineté pontificale sur Rome et l'État de l'Éghse s'était établie dans le courant du VIII'-" siècle, telle elle resta après le couronnement de l'empereur Charîemagne. Seulement, le pape, ayant transmis à Charles la souveraine puissance temporelle, devait, commmQ souverain des Etats de l'Église, de
(1) Matth. XXVIII, 18.
(2) Cf. Eichhorn, Hist. du droit et des Etats allem., t. I, § 13».
(3) « Ego Carolus, gratia Dei ejusque misericordia donante, rex et rector regni Francorum, et dévolus sancUc Ecclesiœ defensor humilisque adjutor, dans la praef. Capitul., lib. I [Baluz, t. I, p. 475); c'est ainsi que les évoques assemblés à Mayence [813] le nomment :« Gloriosissimo et christianissiuio imp. Carolo Augusto, verce religionis recton, ac defensori sanciœ Dei EcclesitP, etc. » {Harzheim, t. I, p. 405.) Cf. capitulum de honoraiida scde apostolica, ann. 801 : « In memoriam benti Pétri apostoU honoremus snitctam Roviœ et apostol, sedem, ut quœ nobis sacerdotalis mater est dignitatis, esse debeat magistra ecclesiaslicœ rationis. Quare servanda est cum mansuetudiiie hurnilitas, ut licet vix ierenduin ab illi sancta sede imponatur jugum, feraraus et pia devotione tolerenius. o {Baluz, t. I, p. 255.)
DE l'empire d'occident. 71
même que les autres princes, reconnaître la suprématie de l'empereur sur Rome elles Etats romains. L'empereur, outre cette défense générale de l'Eglise dont il était chargé {advocatio Ecclesiœ), étant encore en particulier patrice de Rome et défenseur de l'Église romaine, exerçait par là même des droits de juridiction dans Rome. Pour empêcher tout empiétement, l'empereur, chef de la puissance temporelle, était tenu de prêter un serment de fidéhté au pape, comme chef de la puissance spirituelle etde la hiérarchie ecclésiastique. Cependant, les difficultés nées bientôt entre les deux parties, qui toutes deux, souvent, eurent des prétentions exagérées, firent désirer plus de netteté dans la définition de leurs attributions. Il était naturel que le pape et l'empereur n'entrassent en charge, l'un et l'autre, qu'après s'être réciproquement reconnus, puisque dans ce double royaume chrétien, la mission des deux représentants du pouvoir divin était analogue, dans son origine, son mode d'action et sa fin ; puisqu'une mutuelle et cordiale dépendance en était la condition ; puisque le pape et l'empereur de concert répondaient, chacun dans sa sphère, aux besoins du corps et de l'âme des peuples chrétiens, et devaient les soutenir dans leur direction ; puisque, enfin, l'un devait accomplir l'union vivante et libre des esprits dans l'unité de la foi, du culte et de la morale, l'autre hâter la formation de l'unité sociale et civile, et ménager, avec les intérêts de cette unité, les droits particuliers de chaque membre de l'état politique (1). Ainsi le pape, qui avait revêtu Charlemagne de la dignité impériale, qui avait sanctionné sa suprématie universelle aux yeux des peuples chrétiens, con-
(1) C'est ce qui est dit dans le conc. de Paris, tenu en 829, capitulai-, lib. V, c. 319 : « Principaliler itaque sanctœ Dei Ecclesiae corpus in duas eximias personas, in sacerdotalem videlicet et régalera, sicuta SS. Patribas traditum accepimus, divisum esse novimns. » — De qua re Gelasius, Rom. sedis venerab. episcopus, ad Anastasiutn imperat. ita sciibit : « Duce sunt quippe impératrices augustœ, quibus principaliter mund«s hic regitur, auctoritas sacrata pontificum et regalis potestas; in quibus tanto gravius pondus est sacerdotiim quanto etiam pro ipsis regibus hominum in divino reddituri sunt examine rationem. » (Harduin, t. II, p. 893; Mansi, t. VIII, p. 31.) — Fulgentius quoque in libro de Veritate prsedest, et gratiœ itascribit, lib. II, c. 22 : Quantum pertinel ad hujus temporis vitam, in
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serva pour l'avenir le droit de couronner l'empereur; l'empereur, par la nature même de l'alliance établie entre l'empire et l'Église, et d'après Tanalogie des faits antérieurs, obtint le pouvoir de confirmer l'élection du chef de l'Éaiise.
Ecclesia nemo pontifice potior et in sseculo christiano imperatore nemo celsior invenitur. » (Max. Biblioth., t. IX, p. 247.) Dans Baluz. t. I, p. 595. Quoique ce passage soit en partie pseudo-isidorien (cf. la note Baluz. ad h. 1., t. II, p. 807-809), il renferme cependant ce qui, dès lors, était généralement cru et adopté.