CHAPITRE Ilî
LA VIE religieuse; le clergé; la discipline. .Ozanam, La civilisation chrétienne cliez les Francs. Paris, 1819
§ 167. — Za vie religieuse.
La perfection de la vie religieuse, à cette époque, éclate dans l'existence de ces hommes éprouvés, dont l'histoire a conservé et l'f]glise consacré les noms glorieux : Patrick, Columba, Augustin, Colomban, Gall, Séverin, Kilian, Emmeran, Norbert, Corbinien, Boniface, Ludger, apôtres et missionnaires, Grégoire d'Utrecht, Sturm de Fulde, Bède le Vénérable, et tant d'autres moines et abbés, qui formèrent dans leurs couvents ces générations pieuses et dévouées, par lesquelles la vie intérieure, la vraie et profonde piété se répandit parmi les chrétiens. Mais, en mùme temps, à côté de cet idéal de l'Evangile pratique, on rencontre un horrible contraste, une épouvantable corruption, s'étendant depuis les rois, Mérovingiens surtout, jusqu'au dernier de leurs sujets. Grégoire de Tours en fait une affreuse description (1). Entre ces deux points extrêmes se développe la vie commune des peuples germains, enthousiastesdesfaits d'armes, passionnéspour lesjoyeuses fêtes du paganisme, enclins à l'idolâtrie, opiniàtiément attachés à leurs antiques usages, exposant leurs enfants, s'adonnant à la magie, évoquant les morts, se nourrissant de viandes immondes, etc. Mais l'Eglise marche à son but; elle distribue ses grâces, initie les peuples à ses vertus, se mêle à tout pour instruire, consacrer, diriger partout, pour tout améliorer, tout ennoblir. Elle seule fait conserver le
(l) Lœbell, Grég. de Tours et son temps. Leipzig, 1S39; Kries, de Gregorii Turon. vita et scriptis. Vratisl., 1848.