‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 44 sur 280 · LA VIE RELTGIF.USE · texte numérisé non relu

LA VIE RELTGIF.USE

sens du vrai et du bien à ces peuples barbares, si bfi.is(îuement mis en contact avec la corruption d'une civilisation décrépite. Ce sens du vrai, encore si superficiel, et que le christianisme devait former et fortifier peu à peu, ne rendait ces peuples capables encore que des enseignements les plus généraux de l'Évangile, sur Dieu, l'immortalité de l'âme, le bonheur éternel, les peines de l'enfer. Quant à l'essence même du Christianisme, quant aux dogmes de la Justification en Jésus-Christ, de la grâce, toutes ces vérités étaient trop hautes pour la masse. La tendance des esprits vers les choses extérieures et terrestres explique aussi le désir qu'on eut alors de voir le chef de l'Eglise et les évoques placés au niveau des princes de la terre (1) et de contribuer à leur élévation par de généreux sacrifices. L'Éghse se voyait donc obligée de condescendre aux besoins de ces peuples grossiers, de supporter avec longanimité leurs préjugés païens, si profondément enracinés, sous peine d'abandonner leur éducation et leur avenir. C'est ce qui explique comment les oracles et les jugements de Dieu du paganisme (ordalies, épreuves par les éléments) passèrent, malgré des réclamations nombreuses et graves, jusque dans la législation de Charlemagne (2). L'abolition complète des usages païens fut une œuvre longue et difficile, et qui ne s'accomplit que beaucoup plus tard : l'usage de plus en plus fréquent et sérieux du serment, des témoins asser-

(1) Cette tendance se montre d'une manière fort caractéristique dans le XII« siècle encore, alors que les Poméraniens méprisèrent le prêtre espagnol Bernhard, envoyé vers eux comme missionnaire, à cause de son extérieur humble et pauvre. Comment le Seigneur du ciel et de la terre se servirait-il d'un mendiant pour le représenter? J. de Müller dit très-bien à ce sujet : « Les Barbares n'avaient pas de sens pour la dignité intérieure; il fallait que leurs maîtres fussent magnifiques comme des évoques et extraordinaires comme des solitaires. » (Histoire de la Suisse. Stuttg., 1832, in-16, P. I, p. 138.) ^

(2) Une loi de 809 dit : « Ut omnes judicio Dei credant absque du-

bitatione. » {Balaz., t. I, p. 322.) Cf. Capitul. II, ann. 803, c. 5 : « Et

si negaverit se illum occidisse, ad novem vomeres ignitos judicio Dei

examiiiandus accédât. » Capitul. ann. 794, c. 7 {Baluz, t. I, p. 273,

191.) C'étaient les épreuves de l'eau, du feu, de la croix, le duel, la

communion. Cf. sur les preuves en faveur des accusés, Harzheim, 1. 1,

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