‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 51 sur 280 · CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE

miner les limites des deux pouvoirs (1). Pour consolider le pouvoir royal, déjà si rehaussé par Vinslitution aussi religieuse que politique de l'empire, il créa les commissaires impcrinux dont nous avons déjà parlé {missi dominici). Celte création servit en même temps à garantir la sûreté personnelle des sujets, dans l'empire frank, si souvent menacée par la concentration des pouvoirs judiciaire et exécutif dans le même personne (2). Il laissa aux ducs et aux comtesle pouvoir exécutif, et transféra le pouvoir judiciaire aux commissaires spécialement choisis par l'empereur, et que leur intelligence cultivée, leur attention persévérante dans l'instruction et le discernement des faits, rendaient plus capables d'exercer la justice {missio dominica). u Le pieux » empereur, se souvenant de son amour pour les pauvres, » les veuves et les orphelins de son empire (3), voulut par » là leur procurer, ainsi qu'à tout son peuple, sans frais et » sans peine, la justice que jusqu'alors ils n'avaient pas » toujours pu obtenir. »

Charlemagne, par cette activité universelle, posa le^ bases de tout ce qui se fit de grand, de beau, d'utile durant le moyen âge. Pendant bien des siècles, l'amour des peuples rapporta toutes les grandes et nobles institutions à l'illustre fondateur de l'empire germanique (4). Préoccupé du glorieux avenir de ses peuples, l'empereur avait souvent ses heures de tristesse et de sombres pressentiments :

(1) Cf. Capitul. I : « Interrogandi sunt in quibus rebus vel locis ecciesiastici laicis aut laici ecclosiasticis ministerium suum impediunt. In boc loco discutiendum est atque interveniendura in quantum se episcopus aut abbas rebus seecularibus debeat inserere, vel in quantum comes vel alter laicus in ecclesiastica negotia. Hic interrogandum est acutissime, quid sit quod Apostolus ait : « Nemo militans Deo implicet se negotiis « sœcularibus » (2 Tim. II, 4), vel ad quos sermo iste pertineat. » {Baluz., t. I, p. 328.) Dr. Braun, Carolo M. régnante, quo inter ecclesiam et Imperium ratio intercesserit, frib. 1863.

(2) Cf. Ducange, Glossar, s. v. Missi; Phillipps, loco cit., t. II, p. 403.

(3) Telles sont les dispositions de l'empereur au synode d'Aix en 802 {Harzheim, t. II, p. 365). Cf. Lois de Charlemagne pour les veuves, les orphelins, les pauvreset les voyageurs (Feuilles hist.-polit. de P/i(7lipps et Gœrres, t. I, p. 406-13).

(4) Cf. Cantù, Hist. univ., t. V.

§ 174. — CHABLEMAGNE. 97

« Hélas ! s'écria-t-il prophétiquement , en suivant, les » yeux baignés de larmes, les rapides barques des pirates » normands qui partaient des rivages du Nord, hélas! s'ils » ont une telle audace durant ma vie, que ne feront-ils » pointsoufîriràmonpeuplequand je ne serai plus!» Malgré les taches dont fut souillée sa vie conjugale, en mémoire des incomparables services qu'il rendit à l'Église et de sa sincère piété, Pascal, l'antipape d'Alexandre III, mit, d'après le vœu des peuples, Charlemagne au nombre des saints, et les papes suivants ne révoquèrent point cette décision. Cependant cette canonisation scandalisa ceux qui n'oublièrent pas les infractions de l'empereur à la sainteté du mariage, ses fils naturels généralement connus, Drogon, Théodoric et Hugon. Aussi son nom n'est-il ni dans le calendrier romain ni dans le bréviaire des Bénédictins, auxquels l'empereur fut si favorable (1). Mais personne jamais ne lui contesta le surnom de Grand; et qui l'oserait, en considérant toutes les institutions qu'il créa pour la science, l'art et le gouvernement, et en comparant l'empire frank à la fin de sa vie [7 28 janv. 814] avec ce qu'il était au commencement de son règne ? Assis sur un trône d'or, la tête haute, le glaive au côté, ceint du cordon de pèlerin, l'Évangile à la main, Charlemagne sembla présider encore, après sa mort, aux destinées de ses peuples et promulguer les grandes pensées de sa vie.

(1) Oiïiciura de S. Carolo dans Canisius-Basnage, Lect. aiiuq., t. III, P. II, p. 203 sq. Cf. Walch, Historia canoiiisationis Caroli Max. Jen., 1750; Mccîer, Hist. d'O^nabr., P. I, p. 320.

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