J 179. — MAHÜJIET, SA DOC!TRINE
surtout puisé aux traditions apocryphes nées dans le sein du judaïsme et du Christianisme, ou emprunté à d'autres éléments orientaux (1). Il en forma l'islamisme (islam, soumission à Dieu), système simple, mais incomplet, rempli de haine et d'anathème contre les sectateurs de toutes les autres religions. En opposition au polythéisme païen et à la doctrine de la Trinité chrétienne, les sectateurs de l'islamisme devaient, comme Abraham, le père des Arabes, n'adorer que le Dieu unique : Dieu est Dieu, et il n'y a pas d'autre Dieu, est la parole de prédilection du Koran. Dieu n'a pas de Fils. Le Paraclet promis est Mahomet (son nom le prouve) (2). Abraham, Moïse et le Christ, envoyés de Dieu, ont en partie annoncé la révélation divine. A Mahomet était réservée la manifestation complète et la réformation. Autour du trône do Dieu planent les anges, formés, avant les hommes, du feu pur (lumières) ; ils louent incessamment le Soigneur. Les premiers d'entre eux sont Gabriel (l'ange de la révélation), Michael (défenseur de la jeunesse), Israfü (héraut du jugement dernier). Le Koran parle aussi d'un ange de la mort et d'un ange gardien. Éblis, le Satan, est un ange déchu par l'orgueil, qui séduit les hommes, mais qui n'a aucun pouvoir sur les croyants. Dieu a créé les hommes de la poussière, pour être ses représentants sur la terre, les uns blancs, les autres noirs, d'autres entre le blanc et le noir. Leur âme est une portion de l'Être divin; leur corps doit être, comme celui d'Ismaël, circoncis à l'âge de treize ans. Tous les hommes sont soumis aux décrets absolus par lesquels Dieu a irrévocablement prédéterminé leurs aclions et leurs destinées. L'islamisme ne sait presque rien de la rédemption, de la justification, de la grâce, de son influence, de ses moyens de salut ; mais il es-t d'autant plus abondant sur V eschatologie,
(1) Cf, Mœhler, sur les Rapports existants, d'après le Koran, entre le Christ et Mahomet, l'Évangile et l'Islam. Œuvres complètes, t. I, p. 348-402; Geujer, des Emprunts faits par Mahomet au judaïsme. Bonn., 1833; Maier, Princii)us chrétiens du Korau, etc. (Revue théolog. de Frih., t. II, p. 34-97) ; Grosse, Essai d'une christologie du Koran. Gotha, 1840.
(2) Cela est inexact, car « Muhammed » a bien ua sens analogue à nêpaXuid?, ircs-célèbre, mais non à TcapâzXrjioç.
et dépeint longuement et d'une manière toute sensible le paradis et Fenfer. Au jugement dernier, les corps ressusciteront et tous les mondes seront jugés. Les méchants auront à traverser un pont aussi étroit que la lame d'un couteau ; ils en seront précipités dans l'enfer, où ils souffriront les tourments du feu et d'autres supplices, leur peau consumée renaissant sans cesse. Les bons boiront une eau inaltérable dans le paradis, oii coulent des ruisseaux de lait et de miel. Ils y jouiront du chaste amour des ravissantes houris.
Sous le rapport moral, le Koran n'oblige, pour ainsi dire, qu'à des pratiques extérieures, s'occupant fort peu des dispositions intérieures et de la véritable sanctification. En tête de ces pratiques sont : 1° les cinq prières delà journée, faites le corps tourné vers la Mecque, et qui sont la voie du ciel; 2° le jeûne qui mène au ciel; 3° l'aumône qui ouvre les portes du ciel. Hommes et femmes doivent, au moins une fois dans leur vie, faire le pèlerinage de la Mecque ; le plus grand mérite du croyant c'est de combattre les infidèles. La chasteté de la femme consiste dans îa fidélité conjugale et dans la fuite de ce qui peut exciter la jalousie du mari. La chasteté de l'homme consiste à ne pas se souiller avec des femmes ou des esclaves qui ne lui appartiennent pas. Quatre femmes sont permises outre la jouissance des esclaves. Celui qui n'a pas assez de fortune pour épouser une femme libre doit prendre des esclaves. En général, pour tout ce qui concerne la femme, l'islamisme est bien au-dessous du paganisme. Par contre, le vin et toute boisson spiritueuse sont prohibés.
Ce système religieux, si conforme au caractère national des Arabes, et qui se résume en deux points : pour la foi et la pensée, unité exclusive et bornée; dans la pratique, richesses et jouissances multiples, devait naturellement avoir plus de prise sur les enfants du désert que le Christianisme, avec ses dispositions sérieuses et morales. Cependant, l'effrayante doctrine des décrets absolus de Dieu et de la prédestination irrévocable des hommes sxcita de bonne heure une forte opposition, et fut bientôt adoucie par quelques-unes des sectes extraordinairement nombreuses dans lesquelles se divisa ce système religieux, si