‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 54 sur 280 · MAHOMET, SA DOCTRINE · texte numérisé non relu

MAHOMET, SA DOCTRINE

simple enapparence(l). Quanta laforme du gouvernement despotique et absolu (2), elle resta comme un élément invariable des royaumes musulmans , quoique les rois de l'Inde, les empereurs de la Chine prouvent que cette forme gouvernementale n'est pas nécessairement inhérente au génie des peuples asiatiques.

Le principe de ce despotisme musulman, militaire et conquérant, repose sur la fusion et l'identification complète des pouvoirs spirituel et temporel. L'islamisme qui n'est qu'un judaïsme plat et superficiel, n'en conserva point les sacrifices sanglants à la fois expiatoires et propitiatoires. Aussi n'est-il réellement question dans le Koran d'aucune classe d'ecclésiastiques ou de docteurs de la religion. Mahomet et ses successeurs faisaient eux-mêmes la prière au peuple et exhortaient les croyants. Cependant les successeurs de Mahomet reconnurent bientôt la nécessité d'introduire des intercesseurs entre les fidèles et Dieu; mais ni les cheiks, prédicateurs; ni les khaibs, lecteurs du Koran; ni les imans, lecteurs des prières quotidiennes; ni les muezzins, qui appellent à la prière; ni les kaims, qui veillent à la garde des mosquées, n'ont le caractère d'un prêtre ordonné, et leurs fonctions peuvent être remplies par tout moslem ordinaire. Les ulémas eux-mêmes, dont les plus élevés sont les docteurs de la loi, ne peuvent être comparés au clergé chrétien que sous des rapports tout extérieurs, comme les derviches islamites n'ont avec les moines que des ressemblances superficielles. Il en résulte, comme consé-

(1) Cf. quant aux sectes musulmanes et aux partis hérétiques, Dœllinger, Religion de Mahomet, etc., p. 79-134. On trouve dans l'islamisme une opposition analogue à celle des jansénistes et des pélagiens. L'opinion des sectateurs orthodoxes du Koran, que même les mauvaises actions de l'homme arrivent, non d'après le bon plaisir, mais selon la volonté et les inévitables décrets de Dieu, l'ut combattue par le parti des Kadri, qui soutenaient la liberté humaine. Maabed, leur chef, fut soumis à la torture et exécuté [699]. Par contre, les Dschabaris, qui passaient aussi pour hérétiques, soutenaient : « L'homme en général n'a aucune force pour agir; il n'opère que sous l'action fatale et l'inévitable nécessité des décrets divins. » — L'attente d'un mehdi a quelques rapports avec les rêveries des millénaires. L'islam eut aussi des sectes mystiques, tels particulièrement les Safts, espèces de panthéistes et de quiétistes. Cf. Dœllinger, p. 105.

(2) DœlUnrjer, p. 38.

qucnce logique, que le culte islamite est stérile et vido, ennemi de tout symbole et de tout signe sensible. Les deux fêtes principales d'ailleurs très-insignifiantes du beïrmi, l'une comraémorative du sacrifice d'Abraham, l'autre terminant le jeûne du ramazan , le vendredi, jour sacré de l'islamisme en mémoire de la création du monde, et, par conséquent, jour de travail et d'activité, et non de repos, ne sont propres ni les uns ni les autres à réveiller dans l'âme le sens des choses divines et à stimuler son essor Ters le ciel comme le font les fêtes solennelles du Christianisme, qui reposent toutes sur les faits de la rédemption du genre humain.

L'islamisme fit de rapides progrès. D'une part, Mahomet, aimable et simple dans ses mœurs, libéral et bienfaisant, audacieux, sensuel et cruel dans l'occasion, Mahomet propageait la religion l'épée à la main : il combattait avec une indomptable ardeur quiconque résistait à sa parole, et promettait, à tous ceux qui embrassaient sa cause et la défendaient, d'éternelles jouissances, des plaisirs toujours renaissants sous les bocages du paradis. De l'autre part, ses conquêtes étaient facilitées par les divisions des chrétiens, par le mécontentement des Nestoriens et des monophysites, opprimés en Syrie et en Egypte, et dont les musulmans, dans des vues toutes politiques, favorisaient la sourde guerre contre Byzance. Aussi, quand Mahomet mourut, probablement empoisonné [632], toute l'Arabie était soumise à l'islamisme, et, dans le courant du premier siècle de l'hégire, les Arabes fanatisés conquirent, sous la conduite des successeurs de Mahomet, les califes Abou- Bekr et Omar II, la Syrie et la Palestine [jusqu'en 639]. Sophronius, patriarche de Jérusalem (1), après une déplorable capitulation, conduisit Omar dans l'église de la Résurrection [637], en s'écrian^ au miheu des chrétiens consternés : « Voilà l'abomination de la désolation dans le « sanctuaire, prédite par Daniel! » Bientôt l'Egypte [jusqu'en 640], la Perse [651] furent conquises par Osman; l'Église d'Orient, divisée et endormie , ne savait plus, comme au temps de sa foi, opposer la force à la force, les

(1) Voy. § i28.

IGC § 176. — MAHOMET, SA DOOTRINE.

armes aux armes, pour glorifier et défendre la croix du Sauveur. Sous les Ommiades, toutes les rives septentrionales de l'Afrique et ses églises, jadis si florissantes [707], l'Espagne elle-même, tombèrent au pouvoir des Arabes. Constantinople seule, deux fois menacée par un siège long et opiniâtre [669-76 et 717-18], résista.

Voici comment un historien explique l'influence de l'islamisme dans le plan providentiel (1). « Sans doute, cette religion, comme tous les grands événements que permet la Providence, dans ses mystérieux décrets doit avoir son influence particulière, sa fonction spéciale au milieu de l'humanité. Nous ne pouvons que les pressentir et les soupçonner. Lorsque les peuples d'Orient en furent arrivés au point d'avoir entièrement mutilé et déformé la religion chrétienne, l'islamisme, en propageant sa doctrine et son autorité, put être considéré comme un remède, c'est-à-dire comme un moindre mal opposé à un plus grand. Ce fut une quarantaine spirituelle qui préserva les peuples du contact d'une corruption mortelle, et leur permit d'attendre des temps meilleurs, et le souffle d'un air plus pur. Ce qui prouve combien le danger de cette corruption générale était proche et menaçant, c'était non-seulement la tendance, dès lors prédominante, des chrétiens orientaux à se diviser en mille sectes hérétiques, mais encore le prodigieux succès de la doctrine immorale, corruptrice et extravagante des Pauliciens et des Bogomiles.

« La mission de l'islamisme dans la chrétienté de l'Occident paraît plus évidente encore. Les islamites, comme peuple de la loi, servirent d'instrument au Seigneur pour châtier les nations affranchies et libres, pour les arrêter dans leur dégénération, les réveiller de leur léthargie et ranimer leurs forces engourdies. L'œuvre accomplie, le châtiment donné, le fléau disparut, l'esprit de colère et de vengeance se retira. Dans ces secousses effrayantes, qui menacèrent le sud et le sud-est de l'Europe, l'Église fut aussi violemment ébranlée ; et le monde vit alors, comme plus tard, que loin de s'écrouler, l'antique édifice tout en perdant jusqu'à des ailes entières arrachées par la tem-

(1) DœlHnger, Religion de Mahomet, p. 140.

§ 177. — LES ICONOCLASTES KN ORIENT lOt

pête, résista néanmoins, loujoursplus ferme sur sa base, plus solide dans toutes ses parties constitutives. »

Il ne faut pas oublier »on plus, dans notre point de vue, la position particulière des chrétiens sous la domination de Mahomet et des califes. Quoique Mahomet ne considérât le Fils de Marie que comme un homme, il témoigna néanmoins le plus grand respect pour le Christ et son Evangile. Il fut souvent doux à l'égard des chrétiens, se mettant ainsi en opposition avec ses propres révélations. Les califes euxmêmes se montrèrent patients d'abord, par pohtique sans doute; seulement ils soumirent les chrétiens et les juifs à une capitation. Les docteurs chrétiens purent même, pour combattre l'islamisme, c imposer différentes apologies de la foi, où ils démontrèrent la vanité de diverses applications des textes de l'Ancien Testament h l'islamisme (1), défendirent la divinité de Jésus-Christ, la liberté de l'homme, et réfutèrent la fatalité, la prédétermination mahométane et l'origine du mal en Dieu. Mais bientôt fiers de leurs nombreuses victoires, les cahfes appliquèrent le principe do Mahomet, que jusqu'alors ils avaient politiquement laissé dans l'oubli : « On ne peut tolérer deux religions dans un Etat. )> Ils répondirent aux apologies chrétiennes par le glaive , traitèrent les chrétiens comme une secte odieuse, ne leur laissant de choix qu'entre la mort et l'apostasie.

§ 177, — Controverse des iconoclastes en Orient et dans l'empire frank,

A. En Orient.

Mansi, t. Xll-XIV; Harduin, t. III et IV. Parmi les Byzant. la Chronique de Théophanes, Confess [-^ av. 820] et Breviar, hist, de Nicephure. pair, de Constant, [-f- 828]. Goldastus, Imperialia décréta de

(1) Par exemple le texte du Deuter. XXXIII, 2 : « Le Seigneur est venu de Sinaï, il s'est levé sur nous de Seïr, il a paru sur le mont pharaon, » devait indiquer à la fois la révélation de Moïse, celle de Jésus-Christ (parce que Seïr est une montagne en Galilée, et celle de Mahomet, quoique le mont Pharan fût trop éloigné de Hedschaz et de la Mecque pour faire allusion à Mahomet. DœUinger Mari, de i'hist. ecclés., P. II, t. I, p. 313. Les mahométaos vont jusqu'à accu-

Î08 § 177, — LRS ICONOCLASTES

cultu imaginum in utroquc imperio proniulgata. Francf., 1688. Joan. Damasceni Aoyo'. à-oXoyrjT'.x.oi j:po; toOç StaêaXÀovT«; là? àytoc; £'xdvav (0pp. éd. le Quien t. I, p. 305 sq.) les pvincip. actes dans la bibl. des Pères de Rœsler, l. X, p. 474-5Ô8. Maimbourg, Hibt. de l'hérésie des iconoclastes. Paris, 1679, 2 vol. Natal. Alex. Dissert. adv. vet. novosqne Iconomachos ac prœserlim ch. libl). IV. (Carolin.) (Hist. écoles, sœc. VIII.) Schlosser, Ilist. des emper. iconocl. de l'empire d'Orient. Francf., 1812. Marx, la Controv. des imaijes à Byzance. Trêves, 1839. Palma, Prailect. Hist. écoles,, t. II, P. II, p. 3-43.

A l'époque où les chrétiens et les islamites vivaient assez paisiblement les uns à côté clés autres, et semblaient même se rapprocher, les sectateurs de Mahomet avaient été déjà fort scandalisés du nombre considérable d'images admises dans les églises chrétiennes, et, dès le principe, si énergiquement condamné par le législateur arabe. Les premières oppositions qui s'élevèrent contre les images (1) furent bientôt vaincues par le goût des arts inné de la Grèce, et qui y survivait encore, et par le besoin que la dévotion populaire a naturellement de signes sensibles. L'usage des images, si légitime en lui-même, avait engendré, il est vrai, toutes sortes d'abus, comme de faire tenir, par exemple, la place des parrains par des images. Il en résulta une turbulente réaction , qui alla jusqu'à des protestations contre l'emploi légitime qu'on pouvait et devait faire des images, et jusqu'à des luttes plus sanglantes et plus vives que toutes celles que les controverses avaient excitées jusqu'alors en Orient. L'occasion en fut donnée par le rude et belliqueux empereur Léon III, V Isaurien. « Ne pouvant » supporter qu'une image muette et inanimée, de matière » commune, barbouillée de couleurs, dût représenter le » Christ, et détournât par cette grossière représentation » les juifs et les mahométans du Christianisme, » il flétrit le culte des images comme idolâtrique, par un édit de l'an 726, et le fit soustraire à la vénération du peuple, malgré les représentations du savant théologien Germain, patriarche de Constantinople, Le peuple et les moines, prin-

ser les chrétie!:!s d'avoir effacé le nom de Mahomet de la Bible ; car, selon eux, le Christ aurait dit : « Après moi viendra un prophète qui s'appellera Maometh. » Phrazes, in Corp, script, hist, Byzant, Bonn, 1838, p. 340.

(1) Voy. § 93.

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