LEUR DOCTRINE RELIGIEUSE
maîtres, ils étaient d'une obéissance toute passive, mais en même temps d'une habileté merveilleuse et incomparable pour s'approprier les qualités et surtout la langue des peuples au milieu desquels ils vivaient. Le Slave, tout différent en cela du Germain, ne respectait point la femme comme son image et sa ressemblance. Il partageait à cet égard le mépris des Asiatiques. La mère pouvait tuer sa fille immédiatement après sa naissance. Souvent la femme devait être brûlée avec le cadavre de son mari.
La religion qui, comme la langue, a un fond commun chez les peuples de race slave, était originairement chez eux une religion naturelle, semblable à celle des Germains : plus tard elle s'encombra d'une multitude de divinités que des annalistes chrétiens ont désignées par des noms romains (2). Les Slaves paraissent bien avoir eu d'abord un vague pressentissement d'un être suprême ; mais bientôt leur imagination, en matérialisant l'idée, en fit sortir une double lignée d'innombrables divinités, blanches et noires, Bielobog et Czernobog; le dualiame se retrouve ici comme dans la plupart des religions païennes. Les éléments parses sont faciles à retrouver dans le mythe slave. Non-seulement le fond du culte était semblable chez les divers peuples slaves, mais encore des tribus politiquement séparées avaient des sanctuaires communs, tels que le temple d'Arcona dans l'île de Rügen, à Réthra et ailleurs. Le pontife suprême de Novogorod était en rapport avec les prêtres de Courlande et de Semigalle (1). Le culte le plus répandu était celui de Perun, chez les Russes et les Moraviens, celui du dieu du tonnerre (à Kiow et Novogoiod), de Sivantevit (à Arcona), de Badegast, dieu de l'hospitalité (à Réthra), de Schiva, déesse de la vie, et Lado, déesse de la beauté et de l'amour. Les Polonais étaient les plus riches en divinités locales. La croyance aux esprits était générale et profonde. Les éléments, les formes les plus diverses de la
du monde inférieur. Castor et Pollux ne sont évidemment d'autres personnages que deux divinités intimement unies dans la mythologie slave, Lellum et Polellum. Enfin la déesse des fruits et de l'abondance, Kupala, honorée à Cracovie, est souvent identifiée avec la Pomone et la Cérès romaine.
(1) Mohne, Continuation de la symbolique de Kreuzer, t. V, p. 139. Cf. Karamsin, Hist. de Russie, Irad. en allem. I, num. 178.
124 § ISl. — CONVERSION
nature étaient autant de demeures des dieux inférieurs, bons et mauvais génies, qu'on honorait dans les bois sacrés, au bord des rivières, sans les représenter d'abord sous des images sensibles. Plus tard on en fit des idoles bizarres, grossières, sans aucun art. La plupart avaient plusieurs têtes : Triglaiv, à Stettin età Julin, en avait trois ; Swantevit, à Arcona, quatre. Pour se les rendre favorables on leur offrait des sacrifices, et jusqu'à des victimes humaines. Les prêtres exerçaient la plus grande influence, môme dans les affaires civiles ou de famille : chaque lundi, jour consacré au dieu de la justice {Prowé}^ ils siégeaient et décidaient des procès (1). Cette coutume fait comprendre la haute autorité et la vaste influence dont jouirent plus tard les prêtres chrétiens parmi eux, et le nom de prince qu'ils leur donnèrent [Knez^ Xiadz, Xiadz Biskup, Xiadz Proboszez, c'est-à-dire prince évêque, prince curé et non M. le curé). La vie future ne devait être que la continuation de la vie actuelle.
§ 181. — Conversion de quelques nations slaves.
Wittichindus, Dilmarus Merseb., Adam. Bremens. Voy. av. § ili. lleU moldi (prêtre à Bosow, -f- 1170), Chronica Slavor., éd. Bangert. Lub., 1659, in-4 ; aus5i dans Leibn. Script. Bruns., t. II, p. 537. Assemanni Kalendaria Eccles. miiv. Romse, 1755, in-4, t. I-V. Fabricius, salutaris Lux Evangelii, etc. Wegierskiego , Systema historico-chronologicum Ecclesiaruin Slavonicariim per provincias varias, prsecipue Poloniœ, Bohemiie, Lithuaniaj, Russite, Prussise, Moravite, etc., distinctarum VIII, libb. IV, continens historiam Ecclesiie a Christo ad ann. 1C50. Trajecti, 1652, in-4. Voy. Epi^^tola episcopor. Germaniae ad Joannem papara VIII, de Slavis ad fidem christ, conversis et eorum archiepiscopo et episcopis (Mansi, t. XVII, 253 sq. ; Harduin, t. VI, P. I, p. 126 sq.). Cf. Glœrer, Hist. de l'Église, t. III, p. 1276 sq. Les caractères spéciaux de chaque évêché dans le Lexiquo eccl. de Frib. aux noms des évêchés.
Les Croates (Crovates) s'étaient fixés, sous l'empereur Héraclius, dans les provinces situées entre la mer Adriatique, le Danube et la Save. Leur prince Porga, ayant de-
(1) Cf. Hanusch, 1. cit., p. 104-107.