DES POLONAIS
apportèrent la connaissance de l'Evangile dans le territoire de Gracovie. Cependant ce ne fut que lorsque le duc Mieczyslaw reconnut la suzeraineté de l'empereur Othon pr, que les fondements de l'Église commencèrent à se poser plus solidement. D'après les plus anciens récits deDitmar de Mersebourg, le duc avait épousé [963] Dombrowka, fille du duc des Bohèmes, Boleslaw, qui avait disposé son mari à recevoir le baptême (1). Le peuple, dévoué à son prince, brisa sur son ordre les idoles et les précipita dans le fleuve [967] ; il en conserva cependant longtemps le souvenir et se plaignit souvent et hautement de leur perte (2). Mieczyslaw fonda, par l'entremise d'ûthon et avec l'autorisation du pape Jean XIII (3), l'évêché de Posen, qui, depuis 968, fut subordonné à l'archevêché de Magdebourg, nouvellement fondé (4). Jordan, premier évêque de Posen, travailla avec
(1) Bogufal, dans Sommersherg. Script. SU. raconte : «Qui (Meszko) tandenn aano 965 Dombroviam sororem S. Venceslai diixit in iixorem : anno sequente cum tota geute Lechitarum seu Polonica, uxore suadente ac gratia divina inspirante sacrum baptisma susccpit, de qua uxore anno 967 filium generavit, cui nomen Boleslaus in sacro baptismale imponifecit; anno vero 968, Jordanum in episcopum Polonife ordinavit.
(2) Cf. Jac. Grimm. Jlythol. allem., p. 446.
(3) Quoique la conversion des races slaves, opérée depuis Cyrille et Méthodius, rappelât, sous bien des rapports, l'Église grecque, ces races s'unirent bientôt à Pv,ome. Boleslaw, fils de Mieczyslaw, se plaignait déjà au pape [lOiO] : « Ut non liceret sibi propter latentes régis (Henrici II) insidias promissum principi apostolorum Petro persolvere sensum. » Cf. Ditmar, lib. VI, dansietön., t, I, p. 397. Balbinus trouva un ancien codex de l'année -i384, dans lequel il est question d"une contribution importante des églises de Bohème pour l'expédition de Wratislaw à Rome {Balbini Miscellanea bist. Bohem.)
(4) Les chroniques les plus anciennes, Dlugosz même et Kromer, prétendent que Mieczyslaw, immédiatement après son baptême, fonda les métropoles de Gnesen et de Cracovie, et en outre sept autres évêchés, savoir : Posen, Smograu, Kruswitz (Leslau), Plock, Kulm, Lebus et Kaminiec, et beaucoup d'églises et de monastères, avec le consentement du pape Jean XIH, qui avait envoyé le cardinal ^gidius, évêque de Tusculurn, en Pologne, sous le duc de Mieczysiaw pour en organiser les diocèses. Ce qui prouve la subordination de l'évêché de Posen à l'archevêché de Magdebourg, c'est que Norbert, archevêque de Magdebourg, reçut du pape Innocent II la confirmation [ann. ii;-'-3] des droits métropolitains sur Posen et tous les évêchés polonais (Document.-; origin. Lünig, Spicilegiura Eccles. 1 t. suppl. n. 87, p. 33).
un zèle vraiment apostolique à la conversion du reste de la Pologne (1); Boleslaw Chrobry (c'est-à-dire le Fort), fils de Micczyslaw [992-1025], n'eut pas moins de zèle et d'ardeur, appela des moines camaldnles (2) et fonda l'abbaye de Bénédictins à Tyniec [vers lOOG]. Quant aux abbayes des Bénédictins du mont Chenu {inons Calvus) et de Sieciechow, dont on lui attribue également la fondation, elles ne furent probablement établies que cent ans plus tard par Boleslaw III (3). Adalbert par sa sainte vie, et plus encore par la mort hél'oïque qu'il souffrit dans la Prusse barbare et païenne [997], toucha le cœur des Polonais et les gagna à la cause de la vérité. Son tombeau devint le rendez -vous d'innombrables pèlerins, et son testament, incoToparable cantique en l'honneur de Marie, devint l'hymne de bataille des vaillants Polonais (4), L'empereur Othon III, ayant fait le pèlerinage à la tombe de saint Adalbert, y convint avec Boleslaw d'élever Gnesen au rang d'archevêché, ayant sous sa juridiction l'évêque de Kolberg enPoméranie, de Gracovie dans la petite Pologne, et de Breslau en Silésie (5). Sous
(1) Ditmar dit : Jordanus, priinus eorum autistes, multum cum iis sudavit, dum eos ad supernae cultum vineas sedulus verbo et opère mutavit. » Ed. Wagner, p. 97.
(2) Pierre Damiens dit, dans sa Vie de saint Romuald, c. 28 : « Interea Romualdo, in Perco habitante, Busclavus rex, preces imperatori (Ottoni) direxit, ut sibi spirituales viros mitteret, qui regni sui gentem ad fidem vocarent... Inlerrogante igitur eos et humiliter obsecrante tandem duo solummodo sunt ex omnibus inventi, qui se ultro ad eundum promptes offerunt. Quorum unus Joannes, Benedictus alter vocabatur. Hi itaque, ad Busclavum euntes, in eremo prius eo sustentante manere cœperunt, et, ut predicare postmodum possent, Slavonicam linguam laboriose discere studuerunt. » (0pp. S. P. Damiani, éd. Cajetani. Bassani, 1783, t. II, p. 453; BoUand. Act. SS. ad d. 7 m. febr. )
(3) Sczygielski, Aquila polono-benedictina, in qua beator. et illustr. viror. Elogia Cœnobior. etc. synopsis, exordia quoque et progressas ordinis D. P. Benedicti per Poloniam, etc., describuntur. Cracov., 1663, in-4.
(4) La tradition attribue le magnifique chant de Marie Boga rodzicza à Adalbert. Les plus anciennes versions connues de cette hymne sont des années 1408 et 1456. Wiseniewski, Historya liter. polskiej. Krak., 1. 1. p. 374-86. Les Biographies de saint Adalbert (Canisii Lection. antiq. t. III, P. I, p. 41 sq.) et les autres traditions ont été réunies avec soin par Voigt, Hist. de la Prusse, 1. 1, p. 650-66.
(5) Herber, Silesiae sacnt origines. Adnexae sunt tabulée chronol.