LOUIS LE DÉBONNAIRE ET SES FILS
despotisme des princes italiens , l'Église défaille dans presque tous les royaumes européens.
Ainsi, à la fin du IX® et dans la première partie du X^ siècle, tant que le lien sacré entre le pape et l'empereur n'est pas rétabli, l'Église et l'État sont dans la plus déplorable situation. L'Église et l'État recommencent à fleurir et à prospérer, vers la fin du X"" et durant le XP siècle, aussitôt que le pacte d'union se rétablit entre les deux pouvoirs, et que la vie, partant du centre, se répand harmonieusement dans les membres du corps social et ecclésiastique.
A. Les papes sous les Carlovmgiens [814-899] .
Capitularia regiim Francoriim, dans Baluz, 1. cit., et dans Mansi, Colleclio concil. appendice des t. XII-XVIII. Cf. Phillips. Hist! d'Allem., t. II, p. 88-172. Gfœrer, Hist. des Carloving. Frib., 1843!
§ 185. — Sons Louis le Débonnaire et ses fils.
Chailemagne, sans pressentir la mort des plus puissants rejetons de sa race, avait légué ( 1 ), comme un saint héritage, à la fidèle et inviolable garde de ses fils, l'alliance avec le pape Léon III. En effet, Louis le Débonnaire, seul rejeton de l'empereur, s'appropria bientôt et réalisa, en diverses circonstances, la grande pensée de son père, c'està-dij'e la tutelle de l'Église (2). On espéra d'abord, de ses
(1) Les documents originaux font dire à l'empereur : « Non ut confuse atque iaordinate, aut sub totius regni dominatione, juro^u controversiam eis reiinquamus, sed trina partitione totum regni corptis dividentes; — super omnia autem jubemus atque prsecipimus ut ip:n très fratres cnram et defensionem Ecclesiœ sancti Peln simul suscipiant, sicut quondam ab avo nostro Karoio et beala; memorice genitore nostro Pippino rege, et a nobis postea suscepta est. »
(2) Capitulare Lud. Pii ann. 823, c. 2 : « Sed quoniam complacuit divinee Providentia; noiîlram mediocritatem ad hoc constituere, ut sanctae sua; Ecclesiœ et regni hujus curam gereremus, ad hoc certare et nos et filios ac socios nostros diebus vitœ nostrœ optamus, ut tria specialiter capitula et a vobis, Deo opem ferente, in hujus re"-ni administratione specialiter conserventur; id est, ut defensio et exaltatio vel honor sanclœ Dei Ecclesiœ et servorum illius congruus maneat, et pax et justitia in omni generalitate populi nostri conservetur. In his quippe maxime studere, et de his in omnibus placitis qua; vobiscum Deo auxiliante habituri sumus, vos admonere optamus, sicut debitores sumus. » (Capitularia reg. Francor., éd. Bi.luz., t. I, p. 429).
sentiments sérieux et bienveillants pour l'Eglise, la destruction de toutes sortes d'abus graves qui s'étaient introduits à la cour de Charlemagne, comme le grand nombre de femmes que l'on y rencontrait, la vie du clergé si peu conforme aux canons. Cette attente fut portée au plus haut degré quand on le vit envoyer dans tout le royaume les missi domim'ci, pour recueillir les griefs du peuple, faire renforcer dans plusieurs conciles les canons relatifs aux mœurs sacerdotales et à la vie commune des ecclésiastiques, assurer les frontières contre les incursions des peuples slaves, soumettre le duc de Bénévent, A la mort de Léon III, îe pape Etienne V, nouvellement élu [juin 816], fit prêter aux Romains le serment de fidélité à l'empereur Louis, conformément au pacte contracté avec Charlemagne par son prédécesseur. Il vint même en France y couronner Louis à Reims, quoique déjà Charlemagne l'eût [en 813] proclamé son héritier, dans la dignité impériale et lui eût posé lui-même la couronne sur la tête. La mort prématurée du pape, entrava malheureusement l'heureux concours des deux puissances. Les espérances que Louis avait fait naître s'évanouirent promptement; on ne vit bientôt plus en lui que l'instrument de ses favoris et surtout de sa seconde femme, Judith [ depuis 818]. Louis divisa, comme son père, son royaume entre les trois fils nés de son premier mariage avec Irmingarde. Pépin devint roi d'Aquitaine; Louis son plus jeune fils, roi de Bavière et souverain des provinces avares et slaves; Lothaire partagea l'empire avec son père [817], et fut bientôt nommé roi d'Italie [821] après la mort de Bernard. Ce neveu de Louis le Débonnaire, mécontent du partage, avait violé ses serments, pris les armes, avait eu, après sa défaite, les yeux arrachés, et était mort de ce supplice.
Mais Judith sut, dans l'intérêt de son fils Charles [né le 18 juin 823], faire modifier cet ordre de succession, et porter l'empereur à destiner à Charles la Souabe, l'Alsace et une partie de la Bourgogne. Les fils du premier lit, mécontents de ce nouvel arrangement, se mirent à la tête d'un parti contraire à Judith et au chambellan Bernard de Barcelone, tirèrent l'épée contre leur propre père, qu'ils voulurent forcer à déposer la couronne j après avoir contraint