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SOUS LOUIS LE DÉBONNAIRE ET SES FILS

Judith à entrer dans un couvent, ses frères à s'engager dans les ordres sacrés, Bernard à chercher son salut dans la fuite. Mais l'empereur, soutenu vigoureusement par la noblesse franke et saxonne, parvint à triompher de ses ennemis. Lothaire, lui-même, qui aspirait à régner seul, fut forcé de se soumettre. Quelque faible que fût Louis le Débonnaire dans l'exercice de son pouvoir impérial, il n'en soutint pas moins vigoureusement ses droits vis-à-vis du chef de l'Église. Ainsi il protesta contre l'élévation au trône pontifical de Pascal P"" [817-24], élu et sacré avant l'arrivé des députés impériaux, et contrairement aux conventions réciproques faites, sous Charlemagne, entre le pape et l'empereur. Le pape se justifia par la violence qu'on avait exercée à son égard et par la nécessité de céder , au milieu du désordre des factions qui divisaient Rome. L'empereur, apaisé, confirma les dons de son père, et de son aïeul au saint siège (1), et le pape couronna Lothaire, de nouveau associé à l'empire [823].

Lothaire revint à Rome, envoyé par son père, pour mettre fin aux dissensions des partis qui se disputaient l'élection du pape. Eugène II [824-27] fut élu. Le peuple et le clergé prêtèrent serment de fidélité aux deux empereurs, sans préjudice néanmoins de l'obéissance qu'ils devaient et promettaient au pape. Ils promirent en même temps qu'à l'avenir le pape, avant sa consécration, prononcerait, en présence d'un envoyé impérial et du peuple, un serment par lequel il s'engagerait à rendre tout l'honneur qui était dû Ci r empereur comme protecteur de V Église (1). Eugène prêta le premier ce serment. De son côté, Lothaire promulgua une Constitution (*) qui déterminait et éclaircissait la na-

(1) Paschalis Vita, epistolas et décréta, dans Mansi, t. XIV, p. 539 sq. ; Harduin, t. IV, p. 1223 sq. ; la Constitutio Lud. Pii, dans Mansi, 1. cit., p. 381 sq.; Harduin, 1. cit., p. 1236 sq.

(2) Eugenii Vita et décréta, dans Mansi, t. XIV, p. 411 sq.; Harduin, t. IV, p. 125 sq. Cf. Baiuz., Capitul.. t. I, p. 435 sq.

(*) Constitutio Hlotliarii imperat. Mansi, 1. cit., p. 479; Harduin, p. 1261. Nous en extrayons ce qui suit : « Constituimus ut omnes, (]ui sub speciali defensione domini apostolici seu nostra fuerint suscepti, impetrata inviolabiiiter utantur defensione. Quod si quis in quocumque violare prsesumpserit, sciât se periculum vit« suse incursurum. — In electione aulein Romani pontificis nullus, sive liber,

ture des rapports réciproques entre le pape, souverain de Rome et de l'État romain, et l'empereur, protecteur de l'Église romaine. Les conditions que nous venons d'indiquer furent observées aux élections des papes Valentin, qui ne régna que trois mois, et Grégoire IV [827-44] (1).

Ce fut sous le pontificat de ce dernier que les fils de Louis le Débonnaire se soulevèrent de nouveau contre leur roi dans la crainte que Judith, sortie de son couvent, ne songeât à assurer des possessions nouvelles à son fils Charles I", aux dépens de ses frères consanguins. Grégoire se sentit appelé, par sa position vis-à-vis de l'empereur et de toute la chrétienté, à quitter en toute hâte l'Italie, pour chercher à apaiser une lutte aussi dénaturée. Son rôle de médiateur, son apparition dans le camp des trois frères le mirent dans une position pleine d'angoisses et de dangers. Lothaire le retint perfidement pour justifier, aux yeux des partisans de son père, sa sacrilégv entreprise, par la présence même du pape. Grégoire eut même la douleur de contribuer ainsi, à son insu, à la noire trahison des fils de Louis, et de hâter la captivité de l'infortuné monarque « au » Champ du mensonge, » plaine depuis lors tristement fameuse, entre Bâle et Strasbourg. Le pape, chagrin et découragé, retourna promptement en Italie. L'empereur fut déposé à Compiègne et contraint par l'évêque de Reims, Ebbon, à se soumettre à une pénitence publique. Mais cet affront imprimé à la majesté impériale, cet outrage à l'autorité paternelle, tournèrent le cœur du peuple en faveur

sive servus, prœsumat aliqiiod impedimentum facere. Sed illi solummodo Romani, quibus antiqaitus concessum est constitutione SS. Patriim, sibi eligant ponlifieem. Quod si quis contra hanc nostram constitutionem facere praîsumpserit, exilio tradatur. — Voliimus etiam ut missi constituantur a domno apostolico et a nobis, qui annuatim nobis renuntient qualiter singuli duces et judices justitiam populo faciant, et quomodo nostra constitutio servetur. — De rebus autem ecclesiaruni injuste retentis sub occasione quasi licentia accepta a pontiiice, volumus ut a legatis nostris in potestatem pontificis et Roraanœ Ecclesiue celerius redigantur. — Novissime prsecipimus et monemus ut omnis homo, sicut Dei gratiam et nostram habere desiderat, ita prœstet in omnibus obedientiam atque reverentiam Romano pontifici. »

(1) Gregorii IV Vita, epistolae et décréta, dans Mansi, t. XIV, p. 503 sq. ; Hardxdn, t. IV, p. 1209 sq.

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