‹ Histoire universelle de l'ÉgliseChapitre 76 sur 280 · SOUJIIS A LA DOMINATION TOSCANE · texte numérisé non relu

SOUJIIS A LA DOMINATION TOSCANE

qu'elle avait eu de son premier mari, Albéric, Jean XI, [931-36]. Cependant Albéric, frère de Jean, chassa Hugues de Provence, dont Marozia, par ses intrigues, avait fait son nouvel époux [depuis 932], et le roi d'Italie; il enferma le pape dans le château Saint-Ange et usurpa, comme sénateur, le pouvoir sur Rome [932-34], qu'il gouverna suivant ses caprices. Les papes presque tous pieux, élus sous lui, Léon VII, Etienne IX [939], Martin II [943-46], et Agapetll 946-55], restèrent sous une dure dépendance. Enfin on conçut l'espoir de voir la dignité papale se relever de cette profonde humiliation, lorsque, dans la haute Italie, les amis de la veuve de Lothaire, maltraitée par Bérenger, margrave d'Ivrée, appelèrent à leur secours Othon I". Bérenger, qui, aussitôt après la mort de Lothaire, s'était emparé de la couronne de Lombardie, fut contraint d'accepter l'Italie en fief, dos mains d'Othon. Les Slaves, les Hongrois, menaçant l'Allemagne, ne permirent point à Othon de se rendre à Rome, sur l'invitation du pape Agapet II, pour y recevoir la couronne impériale. lien résulta qu'Octavien, fils d' Albéric, jeune homme de dix-huit ans, vicieux et dissolu, s'empara de la dignité papale, changea son nom en celui de Jean XII [956-64], (ce qui fut le premier exemple de cotte espèce de changement), et souilla la dignité apostolique par les excès les plus honteux et les plus déplorables, L'Eglise, indignement asservie alors, n'en peut être sous aucun rapport responsable. Et malgré SCS débordements, ce pape lui-même fut obligé de prêter enfin les mains à la restauration de l'Église. .

C La papauté après la restauration de l'empire.

§ 188. — Les papes sous les empereurs saxons.

Conizen, les Historiens des empereurs saxons. Ratisb., 1837., Hock, Gerbert ou le pape Sylvestre II et son siècle. Vienne, issi. Sur la personne des emper. saxons (Nouv. Sion. i845, n° 2'-29. Mars). Scliloss3r-Kliiegk, P. VI. Daniberrjer, Hist. synchron., t. V.

Au milieu des ténèbres qui commençaient à s'épaissir surla chrétienté et qui produisirent une nuit si profonde,

l'État et l'Église posèrent les premières bases de leur amélioration prochaine. Dans le royaume occidental de France, le roi Charles IV, dit le Simple [923], avait cédé en fief la Normandie, et en arrière-fief la Bretagne, au puissant capitaine normand RoUon par un traité [911] qui imposait au nouveau vassal et à sa nation la condition d'embrasser la rehgion chrétienne. Rollon fut baptisé sous le nom de Robert, épousa la jeune princesse royale Giselle, et mérita bien du pays désolé qu'il avait conquis. Désormais le royaume occidental de France se trouvait par l'appui de Rollon, garanti contre l'invasion de tous les Normands, et vit naître dans son sein une institution qui devait grandir peu à peu pour la gloire de l'Église, la savante congrégation de Cluny. Le Christianisme ennoblit tout ce que le caractère normand avait d'énergique et de puissant, et presque toute l'Europe dut le renouvellement de l'esprit chrétien aux efforts des Normands, qui devinrent les propagateurs les plus zélés de l'Évangile en Italie, oii une de leurs colonies se fixa sous la conduite d'un descendant de Rollon, en Angleterre, dont Guillaume le Conquérant s'empara, et en France, par les rapports naturels et permanents qu'ils avaient avec ce royaume.

En Allemagne, la puissance des grands s'accrut de tout ce que perdait l'autorité royale : on sentait le besoin d'une main forte et puissante, qui pût défendre le pays contre les incursions toujours menaçantes de l'ennemi, et peu à peu les duchés héréditaires se relevèrent, chez les Saxons d'abord, et bientôt après chezles Franks, les Souabes et les Bavarois. Lorsque la race de Charlemagne se fut éteinte en Allemagne avec Louis l'Enfant, les Allemands en revinrent à leur droit primordial ; ils élurent un roi, choisi, non plus par tout le peuple, mais seulement par les ducs des quatre souches principales. Conrad de Franconie fut l'élu, sur le refus et la recommandation d'Othon le Saxon. Conrad, pieux et chevaleresque, ne réussit point, malgré sa bravoure, à garantir l'Allemagne ni des incursions et des brigandages des Hongrois, ni des dissenssions des grands entre eux ; mais il couronna son règne de six ans par une action vraiment royale. Convaincu que la race puissante et vigoureuse des Saxons pouvait seule, dans ces temps péril-

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leux, défendre victûrieusemant le corps entier de la nation germanique, et sans égard à l'éclat de sa propre maison^ il désigna comme son successeur le duc Henri (l'Oiseleur) de Saxe, jusqu'alors rival de sa famille. Celui-ci fut élu [919]; il sut défendre son royaume contrôles Hongrois et les Danois, et releva si bien la puissance et la grandeur de l'Allemagne que l'on sentit bientôt partout le mouvement qu'il imprimait à la civilisation nationale. Avant d'entreprendre la lutte contre les Hongrois, il fit vœu de détruire la simonie, si la victoire restait fidèle à son drapeau. Marchant sur les traces de son père, et plus grand que lui, Othon I" [936-73] reprit avec éclat le rôle dédaigné de protecteur de l'P^glise. Il fut à ce titre appelé, à plusieurs reprises, en Italie, pour y mettre fin aux dissensions des grands de Rome. Malheureusement Bérenger II et son fils Adalbert se servirent, contre l'Itahe et le pape, des forces mêmes que leur avait prêtées Othon pour les soutenir. Pour échapper cà leur tyrannie, le pape Jean XII appela, de concert avec les évêques et les grands, Othon P' en Italie (1). Othon arriva bientôt et, avant même d'entrer dans Rome, il fit la déclaration suivante (2) : « Je le jure, ;) pape Jean, en présence de Dieu le Père, du Fils et de » l'Esprit saint , arrivé à Rome, avec la grâce de Dieu, je » relèverai de toutes mes forces l'Eglise romaine et ses » pasteurs. Jamais, par ma volonté, ma permission ou » mes instigations, tu ne perdras ni la vie, ni un membre, » ni la dignité qui t'appartient; je ne rendrai sans ta per- » mission, aucun jugement, aucune ordonnance qui te » concerne, toi cfc les Romains; et je te restituerai ce qui » tombera en mon pouvoir du domaine de saint Pierre. Si » jamais je transmets le royaume d'ItaUe, je ferai prêter » serment à son nouveau maître d'être, de tout son pou- » voir, ton appui et le défenseur du royaume de saint » Pierre. » Othon reçut alors, outre la couronne de Lombardie qu'il avait conquise, la couronne impériale vacante

(1) Joannis A7/ Vita et epist. dans Mansi, t. XVIII, p. 417.

(2) Gratiani Décret. P. I, dist. LXIII, c. 33. Cf. Muratori, Hist. de l'Italie, ann. 862, P. V, p. 492. C'est à tort qu'on o. élevé des doutes sur l'authenticité de ce serment. Voy. Gfrœver, Hist. ecciés., t. III, p. 1242 sq.

depuis treiite-huit ans [962]. L'empereur confirma par acte public (1) tous les dons de ses prédécesseurs, en citant nommément toutes les provinces, les villes, les bonrg's, les châteaux, les cantons et jusqu'aux plus petites localités, et ordonna, pour empêcher désormais toute scène de violence durant l'élection des papes, qu'elle serait libre, mais que l'élu s'obligerait, avant sa consécration, en présence des commissaires impériaux, d'agir selon la loi et le droit. Le pape et tous les grands de Rome jurèrent sur le tombeau de saint Pierre de ne jamais aider les ennemis de l'empereur. Bérenger et Adalbert (2). Othon ne voulut point s'arrêter à ce qu'on lui disait de la vie coupable du pape, et répondit : « Jean est encore un jeune homme ; il changera » quand il verra l'exemple d'hommes mûrs. » Mais le pape infidèle ayant excité les Hongrois à fondre sur l'Italie et étant entré en pourparler avec Adalbert pour chasser l'empereur, Othon revint à Rome, Jean et Adalbert prirent la fuite, les Romains prêtèrent serment de fidélité et promirent de ne laisser monter sur le siège de saint Pierre aucun pape, sans le consentement d'Othon ou de son fils Othon IL Dans la première effusion de reconnaissance, on dit même qu'ils allèrent au delà, et décidèrent qu'à l'avenir l'empereur élirait le pape et donnerait l'investiture aux archevêques et aux évêques (3). En effet, l'influence impériale se fit dès lors plus lortementsenfirdansl'électiondu pape. Quantauxpré tenduesconcessionsfaitesàrempereur,si elles étaient vraies onaurait doncméconnu qu'un pareil privilège, poussé àl'extrême, ét*iit absolument inconciliable avec l'indépendance de l'Église. Un synode réuni à Rome sur la demande de

(1) Diploma Othonis imperatoris, de confirmatione jarium romanae Ecclesiœ, dans Mansi, t. XVIII, p. 451 sq.; Harduin, t. VI, P. I, p. 623 sq. A^oy. Muratori, Hist. de l'Italie, t. V, p. 494 sq., pour quelques diflicultés concernant les limites des domaines de l'Église décrils dans ce diplôme.

(2) Lïiitprand. lib. VI, c. 6 : « Cives vero sanctum imperatoreiii cum suis omnibus in urbe suscipiunt fidclitatcraque promittunt: hcEC addentes et firmiter jurantes, nunquam se papam elccturos aut ordiaaturos prceter consensum atque electionem domini imperatoris Othonis. »

(.^) La prétendue Constitutio Leonis VIII, dans Gratian., P. I, «list. LXIII, c. 23 : « In synodo congregata Romœ in Ecclesia; S. Salvatoris. Ad exemplum B, Adriani,... qui domino Carolo... patri-

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l'empereur [963] assigna le pape à comparaître (1); accusé d'inceste, d'adultère, de blasphème, d'assassinat, il fut déposé, mais non sans violation de la législation existante, d'après laquelle un pape ne pouvait être déposé que par un concile œcuménique et pour avoir abandonné la foi, ou pour avoir persévéré dans une hérésie. Le concile élut de la môme manière, c'est-à-dire aussi illégalement, Léon VIII, qui était encore laïque.

Mais après le départ d'Othon, Jean XII revint à Rome, se vengea d'une manière atroce de ses ennemis, et fut bientôt assassiné dans les bras mêmes d'une femme adultère. Au lieu d'éviter le schisme en reconnaissant l'élection de Léon VIII, les Romains élurontBenoîtV; l'empereur, accouru à Rome, emmena Léon VIII en Allemagne, et l'y fit] reconnaître. C'est ce que fit encore Othon à son troisième voyage à Rome en faveur de Jean XIII, tenu captif par les grands de Rome, que l'empereur punit sévèrement [967]. Au concile de Ravenne, le pape recouvra la possession de cette ville, ainsi que des pays appartenant à l'exarchat. Cependant bientôt après il en est question, dans l'histoire, comme d'une possession des Vénitiens. Jean XIII couronna empereur Othon II, âgé de quatorze ans, du vivant même de son père, qui, en toutes circonstances, par ses paroles, ses actions, et le sceau (2) même qu'il avait adopté, proclamait hautement la

ciatus dignitatem ac ordinationcm apostolicœ sedis et investituram episcoporum concessit, ego qiioque Leo, episc... cum toto clero ac Romano populo, conslituimus et confirmamus atque largimur dom. Othoni primo, régi Teutonicorum, ejusque successoribus hujus regni Italiœ, in perpetuum facultatem eligendi successorem, atque summae sedis apostolicse pontificem ordinandi, ac per hoc archiepiscopos seu episcopos, ut ipsi ab eo investituram accipiant, et consecrationem unde debent, etc. » Baronius et Pagi soutiennent avec raison que ces documents sont interpolés : Muralori (P. V, p. 510), que c'est une invention des siècles postérieurs. De même Dœnniges, Annuaire de droit allem., publ. par Ranke, t. I, P. III, p. 102.

(1) Conciliabulum Romanum (Pseudosynodus) dans Luilprand. VI, 6-14; dans Mansi, t. XVIII, p. 4GG sq ; Harduin, t. VI, P. I, p, 027. Cf. Baronius, ad ann. 96;i, et Natal. Alex. Hist. eccles. ad saec. IX et X, diss. XVI.

(2) L'opinion vulgaire, mais peu fondée, attribue à Benoît VIII le don qui aurait été fait à Henri II, en 1014, du globe impérial. Ce globe consistait en une sphère entourée d'un cercle, surmontée d'une croix, maintenue par un demi-cercle perpendiculaire au premier.

nécessité de l'alliance du sacei^doce et de l'empire. Longtemps après sa mort, on disait à sa loufinge que, depuis Gharlemagne, nul n'avait porté la couronne impériale avec plus de dignité, nul n'avait eu plus de sollicitude pour la conversion des païens, pour la restauration de l'ordre, pour les progrès et la gloire de l'Église, et cela, parce qu'il avait recherché, non sa gloire, mais celle du Sauveur.

Après la mort d'Othon [973], il s'éleva une nouvelle émeute à Rome ; Grescence, petit-fils de Théodora, excita le peuple romain contre la domination étrangère ; il emprisonna et mit à mort le pape Benoît VI, confirmé par l'empereur Othon II [973-83]; le cardinal Boniface Franco était à la tête des révoltés. Le nouveau pape, Benoît VII, reconnu par Othon [975-83], excommunia le cardinal ; mais cel ui-c revint de Gonstantinople, après la mort d'Othon II, jeta dans le château Saint-Ange le nouveau pape Jean XIV et l'y fit misérablement périr. Ge règne de terreur finit bientôt; le peuple exerça sa rage sur le cadavre du cardinal [984]. Alors Grescence releva de nouveau la tête, retint le pape Jean XV dans une dure dépendance, etl'obligea d'appeler Othon III à son secours [983-1002]. Othon vint en Italie avec la pensée d'y établir le siège de son empire. Il apprit à Ravenne la mort du pape, et fit élire à sa place par le clergé et le peuple de Rome son neveu Brunon, âgé de vingt-quatre ans, qui devint le premier pape allemand sous le nom de Grégoire V [996-99). Celui-ci, à son tour, couronna Othon empereur romain et protecteur de la sainte Éghse romaine. L'Église et l'État se réjouirent du rétablissement de l'union; l'empereur et le pape s'entendirent pour les intérêts del'l*]glise (1), en suivant les sages avis de leurs amis et conseillers Willigis de Mayencc, saint Adalbert de Prague, Abon de Fleury, Rotker de Liège, et du plus illustre d'entre eux, le savant Gerbert. Le royaume frank occidental, qui, sous les derniers rois de la race carlovingienne, Louis d'Outre- Mer, Lothaire, son fils [954-86] et son petit-fils [ti)87], avait déjà été tout entier sous l'influence du comte de Paris, Hugues le Grand, élut alors comme roi le fils de Hugues Hu-

(1) Gregorii V Vita et epistolœ, dans Mansi, t. XIX, p. 109 sq.; Harduln, t. VI, P. I, p. 739 sq. Cf. Hoßer, les Papes allem., P. I, p. 97-195.

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gues Gapet. Avec lui commença la race des Bourbons, et l'usage du nom de France [987]. Alors aussi ce royaume renoua ses rapports d'amitié avec le Saint-Siège. L'archevêque de Reims, Arnolphe, déposé sous Hugues Capet, fut, après la mort de Celui-ci, réinstallé sous Robert, et, par l'influence de Grégoire V, sur son siège qu'avait occupé Gerbert [996]. Robert consentit aussi à se séparer de sa femme et parente Berthe (1). Lorsque l'empereur eut quitté Rome, Crescence se releva, se remua derechef, excita une nouvelle sédition, chassa Grégoire de Rome ; mais le pape demeura ferme, excommunia Crescence, fut aidé par l'empereur, qui fit trancher la tête à Crescence, et mutiler le nez et les oreilles à l'antipape Jean XVL Grégoire travailla sans relâche au renouvellement de la vie de l'Église. Il fut interrompu au milieu de ses travaux par une mort prématurée [999]. Othon fit alors tomber l'élection sur son maître Gerbert, premier pape français, sous le nom de Sylvestre II [999-1003]. Parti des rangs les plus obscurs, Gerbert s'était élevé par une vie active, laborieuse et infatigable; il avait acquis et dépassé toute la science de son temps. Il exerça l'autorité pontificale au milieu des circonstances les plus difficiles, avec force, prudence et mesure (2). Le premier il fit naître et germer la grande pensée de délivrer Jérusalem et le saint Sépulcre par une expédition de toute la chrétienté {3). Othon III mourut de bonne heure [1002], sans postérité et sans voir la réalisation de ses espérances. Aussi le parti toscan se remua de nouveau pour prendre de l'influence sur la papauté; dès 1012 l'élection de Benoît VIll remit la papauté entre les mains d'un comte de Toscane.

(1) On trouve dans Manu, t. XIX, p. 103, les actes concernant les rapports de Gerbert et d'Arnolphe. Cf. p. 173; Harduin, t. VI. P. I, p. 723. Cf. notre Severini Binii, dans Mansi, 1. cit. Sur le mariage de Robert, cf. Mansi. t. XIX, p. 225; Helgaldus Floriacens. monach. Vita Roberti, c. 17 (Bouquet, t. X, p. 107).

(2) Sylvestri II Vita et epistolse, dans Mansi, t. XIX, p. 240; Harduin, t. VI, P. I, p. 759. Cf. Hock, Gerbert, ou le pape Sylvestre II et son siècle. Vienne, 1837. Sur l'accusation de magie reprochée à Gerbert, voyez l'apologie d'un vieil auteur dans Hock, p. 165.

(3) Sylvestri II Ep. an 999 : « Ex persona Hierosolyrafe devastatae ad universalem Ecclesiam. » {Muratori, Script., t. III, p, 400; Bouquet, t. X, p. 426).

Cependant Benoît lui-même fut attaqué par un certain Grégoire, chasse de Rome, et contraint de chercher un refuge auprès de Henri II, le Saint [1002-24). Henri vint en Italie, et reçut la couronne impériale [1014] après avoir promis de défendre l'Église romaine. Benoît déploya une grande activité contre les Sarrasins ; ses rapports intimes avec Henri II, qu'il empêcha d'échanger la pourpre contre la bure des moines, lui obtinrent un acte de donation, non plus restreint seulement aux bornes de l'Italie, mais s'étendant à divers couvents de l'Allemagne (1). Henri II mourut trop tôt (2) : avec lui s'éteignit la descendance mâle de la race saxonne de Henri l'Oiseleur. Les États ecclésiastiques et séculiers se réunirent et élurent Conrad do Franconie.

§ 189. Les papes sous les empereurs franconiens, jusqu'à la mort d'Alexandre II [1013],

Glaber Radulphus (monach. Cluniac. vers 1046), Hist. sui temp. {du Chesne, t. IV). WipiM fcappellan. Conrad, et Henr. III), de Vita Conrad! Sal. (Pistorius, t. III); Bonizo [episc. Sutrien. -j- 1039], Lib. ad amie, sive de Persecut. Ecclesiae (OEfelii Script, rerum Bohemicar. t. II). Desiderii (Victoris III), Dialogi. lib, III (Max. Bibliûth. t XVIII). Stenzel, Hist. de l'Allem. sous les emp. francon. Leipzig, 1827. 2 vol. Damberger, Hi«t. svnnhron., t. VI. Gfrœrer, Hist. eccl. t. IV, p. 209-627.

L'année de la mort de l'empereur Henri fut aussi celle de la mort du pape Benoît VIII. Après lui, son frère, quoique laïque, fut élu, sous le nom de Jean XIX [1024]; celui-ci couronna Conrad II, le premier roi de la race franconienne, comme empereur, après qu'il eut coni^uis le royaume de Lombardie [1027]. Les comtes de Tusculum (3), qui exerçaient alors une influence aussi funeste sur le Saint-Siège que l'avait été celle des margraves de Toscane, avaient déjà imposé au trône papal six membres de leur famille,

(1) Hœfler, les Papes allemands, P. II, p. 367. donne une liste des églises et des couvents qui payaient une redevance au siège apostolique.

(2) Conf. Damberger, t. V, p. 889-90, et Gfrœrer, Hist. ecfles., t. IV, p. 1-209.

(3) Leur généalogie dans Hœfler, les Papes allemands, P. I, suppl. 6.

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lorsque Albéiic, frère du défunt pape Jean, y éleva, par la corruption, son fils Théophylacte, jeune homme de dix-huit ans, livré aux plus grossières passions, et qui, sous le nom de Benoît IX [1033], traîna, autant qu'il dépendait de lui, la dignité papale dans la boue. Un de ses successeurs disait « qu'il avait honte de raconter sa vie ignominieuse. » Conrad fut empêché de mettre un terme à ces infâmes intrigues, par les querelles qu'il eut à soutenir contre le comte Othon de Champagne et contre Mieczyslaw de Pologne (1), pour défendre l'empire et faire reconnaître sa suprématie impériale; il avait d'ailleurs commis diverses fautes dans les affaires ecclésiastiques, surtout dans la distribution des évêchés. La conduite infâme du pape souleva enfin contre lui le peuple romain, qui le chassa et élut l'antipape Sylvestre III. Benoît cependant fut ramené par la puissance de son parti [1044]. Il poussa sa criminelle démence jusqu'à vouloir se marier; alors la fureur des fidèles fut portée à son comble. Voyant qu'il ne pouvait se maintenir plus longtemps, et espérant, comme simple particulier, continuer plus paisiblement sa vie désordonnée, il résigna sa dignité et accepta une grosse somme d'argent que lui offrit, pour débarrasser l'Église d'un si grand scandale, l'archiprêtre Jean, le plus pieux et le plus vertueux prêtre de Rome, qui lui succéda sous le nom de Grégoire VI. Bientôt Benoît se repentit d'avoir donné sa démission, et, soutenu par ses parents et ses amis, il reparut comme pape, L'Église était tombée dans le dernier degré d'abaissement]; trois papes se disputaient à la fois le trône! Alors revint en Italie le successeur de Conrad, Henri III [1039]. Il convoqua, pour mettre fin au schisme, le concile de Pavie, qui fut continué à Sutri [1046] (2). Le pieux Grégoire, qui avait tout sacrifié pour la paix de l'Église, renonça joyeusement à sa dignité, et suivit plus tard l'empereur en Allemagne, avec son disciple Hildebrand. Les deux autres papes furent déposés. Combien ne devait pas être profond le respect des peuples pour la dignité du chef de l'Église, puisqu'au milieu de circon-

(1) Cf. Rœppel, Hist. de Pologne, P. I, p. 164.

(2) Les actes dans Manu, t. XIX, p. 617 sq. ; Hardain, t. VI, P. Ir p. 921 sq. Conf. Engelhardt, Observationes de synod. Sutriensi^ Erlang., 1834, ia-4.

stances si dégradantes la papauté ne perdit rien de son autorité, de son pouvoir et de sa légitime influence ! On laissa, par égard pour l'empereur, l'élection du pape à son choix : il désigna le pieux et grave évêque de Bamberg, Suidger, qui, sous le nom de Clément II [1046-1047) (1), couronna Henri empereur romain et patrice de Rome [1047], et condamna par de fortes peines, au concile de Rome la simonie qui avait envahi l'Éghse. Il régna trop peu de temps pour déraciner entièrement le mal. Benoît IX profita encore une fois de la vacance du siège pour déshonorer la dignité papale. Afin d'obvier aux violences qu'on redoutait, une députation avait été annoncera l'empereur la mort de Clément II, et lui avait demandé de désigner un nouveau pape. Après le refus de plusieurs évêques qu'il avait en vue, il arrêta enfin son choix sur son fidèle et bien-aiméPoppo, évêque de Brixen, qui fut couronné pape, sous le nom de Damase II (2). Ce ne fut que le jour de l'intronisation de Damase que l'infâme Benoît, sentant la fin de sa propre vie approcher et touché de repentir, abandonna Rome et alla mourir dans un couvent. Malheureusement, après vingttroisjours de règne, le pape mourut aussi. Sa mort subite fit courir le bruit qu'il avait été empoisonné, et l'Église parut dans un état plus désespéré que jamais. Nul Allemand ne voulut plus monter sur le trône pontifical.

§ 190.— Suite. '^ Les papes élus par l'influence de Hildebrand,

Leonis Ostiens. (bibliothecar. a Montocasino, et plus tard cardinalévèque d'Ostie) Chronic. Casin. (Muratori, Script, t. IVJ, Pelri Damiatii Ep. et opusc. éd. Cajetani. Romae, 1606 sq.; Bassani, 1783, 4 t. in-fol. — Voigt, Hildebraiid et son siècle (Weimar, 1845)., Vienne, 1819, p. 1-184. Hœfler, loco cit., sur les papes allemands, Léon IX, Victor II, Etienne IX et Nicolas II.

L'infatigable et pieux Brunon, évêque de Toul, Allemand d'origine, se décida enfin à porter la lourde charge du pon-

1) démentis II Vita et epistolae, dans Mansi, t. XIX, p. 649 sq.; Hardidn, t. VI, P. I, p. 923 sq. Conf. Hœfler, le Papes allemands, P. I, p. 199-268,

(2) Uamasi II Vita, dans Mansi, t. XIX, p. 629. Conf. Hœfler, loco cit.. p. 269-73.

tificat romain. Le moine Hildebrand, choisi pour l'accompagner, ne voulut pas le suivre, parce qu'il se trouvait heureux dans le couvent de Cluny, mais surtout parce que Brunon s'apprêtait à gouverner l'Eglise, non d'après les lois ecclésiastiques, mais d'après les lois du siècle (l). Brunon se rendit à Rome en habit de pèlerin, afin de se faire d'abord éhre par le clergé et le peuple romain : comme père de la chrétienté, il prit le nom de Léon IX [1048-54]. Plus actif et plus vigoureux encore que Clément II contre les deux grandes plaies de l'Eglise, Vimmoralité et la simonie du clergé (2), dont Pierre Damien, dans son Liber Gomorrhianus, lui lit un affreux tableau, Léon déploya une énergie soutenue, à laquelle on n'était plus accoutumé. Il mit tout en œuvre pour atteindre son but : conciles nationaux, voyages faits en personne en France, en Allemagne, en Hongrie, missions particulières, châtiments infligés aux membres du clergé, dont un grand nombre fut déposé, un plus grand nombre encore obligé de faire pénitence. Le Ciel lui-même s'unit au pape dans cette lutte si sérieuse, et la justice divine se fit sentir à plus d'un coupable (3). Le pape chercha à relever le courage abattu des Pisans contre les Sarrasins, qui, so^as laconduite de Mugottus, avaient envahi la Sardaigne. Il leur envoya l'étendard de saint Pierre, pour enflammer leur zèle dans une nouvelle expédition contre les infidèles. Il conduisit lui-même une armée contre les Normands qui envahissaient l'Italie inférieure, et, après la dé-

(1) Leonis IX Vita et epistolœ, dans Mansi, t. XIX, p. 633 sq. Harduin, t. VI, P. I, p. 927 sq. Cf. Wibertus, archidiacre de Brunon àïoul, Vita Leon. (Murafori, t. III, P. I). Brunon., episc. Segn., Vita Leon. (ibid. t. III, P. II). Hœfler, loco cit., P. II, p. 1-213.

(2) Leo Osliens. : « Perrarus inveniretur qui non esset uxoratus vel concubinatus. De simonia quid dicam ? Omnes paene ecclesiasticos ordines hfec mortifera beliua devoraverat, ut qui ejus morsum evaserit rarus inveniretur. » Vita S. Joann. Gualb. Ainsi que Desiderii de Mirac. S. Bened. dialog. lib. III : « In tantum mala consuetudo adolevit ut, sacrie legis auctoritate postposita, divina humanaque omnia miscerentur : adeo ut populus electionem et sacerdotes consecrationera donumque Spiritus sancti, quod gratis accipere et dare divina auctoritate statutum fuerat, data acceptaque per manus pecunia, ducti avaritia venderent, ita ut vix aliquanti invenirentur qui non hujus simoniacse pestiscontagione fœdati... existèrent. »

(3) Cf. Hœfler, loco cit., P. II, p. 57, etc,

fuite des troupes pontificales, on vit l'ennemi victorieux se jeter aux pieds du vicaire de Jésus-Christ, demandera faire pénitence, reclamer la bénédiction du pape, et recevoir en fiefs les conquêtes qu'ils avaient faites dans la basse Italie et dans la Sicile. Léon, étendant sa sollicitude sur „ous les royaumes chrétiens, entretenait des relations intimes avec Edouard, roi d'Angleterre, cherchait à rattacher plus fortement l'Église d'Espagne au siège apostolique, à apaiser le mouvement séditieux et schismatique excité par Michel Cérularius à Constantinople, veillait ainsi, du centre de la chrétienté comme du haut d'une citadelle, sur le monde entier, et faisait sentir partout sa présence et sa bienfaisante autorité. Après sa mort, Hildebrand alla trouver Henri III pour lui demander un pape allemand; « car il n'y « avait encore rien à craindre pour l'Église de la désigna- « tion. faite par l'empereur, du chef spirituel de l'Église. » Ce fut avec peine que l'empereur désigna son parent, Guebhard d'Eichstœdt, qui, élu à Rome, monta sur le siège apostolique sous le nom de Victor II [î03o-57] (1). Il était doué de toutes les qualités d'un prince de l'Église, etHildebrand espérait que, puissant en vertu et en autorité, il continuerait avec vigueur, en deçà comme au delà des Alpes, le combat qu'il avait entrepris contre la corruption des mœurs et la simonie; il ne se trompa point. Hildehrand lui-même fut, à cet effet, envoyé comme légat en France; les évêques d'Aix et d'Arles furent désignés pour le midi de ce royaume. La tâche du pape Victor était d'avancer dans la voie de réforme de ses prédécesseurs ; de mettre, avant tout, un terme au commerce honteux des biens ecclésiastiques, et d'assurer à l'Église la possession et l'admistration de ses biens, en restrcignantles laïques àleurs biens allodiaux. Il s'appliqua surtout à relever la situation presque désespérée des Éghses d'Italie, de France et d'Allemagne. Les décisions des conciles tenus sous son pontificat, à Florence et à Rome, prouvent le zèle sérieux et éclairé de son administration. Au synode de Tours, il appela Bérenger à rendre compte des erreurs dans lesquelles il était retombé. Il rompit pu-

(1) Victoris II Vita et epistolae, dans Mansi, t. XIX, p. 833 cq. ; Harduin, t. 'VI, P. I, p. 1037. Cf. Hœfler, loco cit., P. II, p. 2l7-2ü8.

PAR l'influence DK HILDEBRAND. 167

bliquement avec TÉglise grecque, par la déclaration ferme et solennelle de ses légats, dans l'église de Sainte-Sophie, à Constantinople. Henri, pressentant le terme prochain de sa vie, appela le pape en Allemagne. Il mourut bientôt, en effet, en recommandant au père de la chrétienté l'impératrice Agnès et son fils, âgé de cinq ans. Digne de cette confiance, Victor parvint, par la considération apostolique dont il jouissait, à appaiser les princes mécontents, à i"égler les rapports de l'État et à assurer la succession à Henri IV : il lui aurait donné sans doute d'autres preuves de sa fidélité, si la mort n'était venue l'arrêtera Florence [1057], où s'étaient réunis un grand nombre d'évêques italiens. Heureusement une nouvelle puissance protectrice de l'Église s'était élevée en Italie, par le mariage de Godefroy de Lorraine avec Béatrice, veuve du duc de Toscane. Frédéric, frère de Godefroy et abbé du Mont-Cassin, fut, malgré sa résistance, unanimement élu et sacré pape. Il continua, sous le nom d'Etienne (IX ou X) (1), la réforme commencée, et promulgua de sévères ordonnances contre le concubinage des ecclésiastiques et le mariage entre les parents (2). L'élévation de Pierre Damien au cardinalat fut comme le signal d'une guerre à toute outrance contre la simonie et le mariage des prêtres. Le caractère personnel d'Etienne était tellement au-dessus de tout blâme, son élection avait été si unanimement votée par le clergé et le peuple, d'après les dernières décisions du concile de Reims, qu'il n'y avait pas lieu d'exiger la confirmation d'Etienne au siège pontifica?, d'autant plus que le trône impérial était vacant. Néanmoins, Etienne envoya le prudent Hildebrand à l'impératrice Agnès, pour résoudre quelques difficultés élevées sur le libre exercice du droit d'élection des Romains, et pour s'entendre avec elle sur diverses affaires ecclésiastiques, dont sa mort prématurée [1058] ne lui permit pas de voir la conclusion. Le dernier vœu d'Etienne fut qu'on ne commençât point de nouvelles élections avant le retour du légat Hildebrand, et les Romains le lui promirent par serment. Malgré

(1) Si l'on compte, au nombre des papes, Etienne élu en 752, mais non sacré.

(2) Stephani IX Vita et epistolœ, dans Mansi, t. XIX, p. 861 sq.; Harduin, t. VI, P. I, p. 1051 sq. Cf. Hœfler, loco cit., P. II, p. 269-86.

cela, la noblesse romaine et la partie la plus mauvaise du clergé, soutenues par le parti des comtes de Tusculum, élurent l'évêque de Velletri, Benoît X ; mais Pierre Damien et les cardinaux plus scrupuleux, ainsi que le peuple, se souvenant des scandales précédents, protestèrent contre cette élection. Les intrigues de ces factions nouvelles avaient hâté le départ d'une députation envoyée à la cour impériale, pour demander conseil sur le choix d'un nouveau chef de l'Église. On pensait, en effet, qu'on devait plus espérer d'un pape présenté par la cour impériale que d'un pape imposé par les factions de la noblesse. Hildebrand, déjà député à l'impératrice Agnès par le pape Etienne, et alors arrêté à Florence, connaissant le vœu de l'impératrice, réunit les cardinaux et les grands, chassés de Rome à Sienne, et dirigea leur choix sur Gérard de Bourgogne, évêque de Florence [depuis 1046], homme généralement connu et recommandable par son esprit, son savoir, sa chasteté et sa bienfaisance. Il prit le nom de Nicolas II (1) et fut aussitôt intronisé [1058-61]; l'antipape se soumit. On sentit alors la nécessité d'annuler Tinfluence de la faction de la noblesse dans l'élection du souverain pontife, et, par conséquent, d'un changement dans le mode d'élection. C'est pourquoi Nicolas II rendit, dans un concile immédiatement réuni à Rome [1059), le décret suivant :

« A la mort d'un pape (2), 'les cardinaux-évêques se for- » nieront d'abord en conseil, puis les autres cardinaux se » réuniront à eux; ils auront égard aux vœux du reste » du clergé et du peuple romains. Si le clergé romain ne » renfermait pas de membre capable, alors seulement, il » faudrait élire un étranger (3). Ce qui ne doit nullement

(1) Nicolai 7/ Vita et epistolae, dans Mansi, t. XIX, p. 867 sq. ; Itordmn, t. VI, P. I, p. 1053 sq.; Cf. Hœfler, loco cit., P. II, p. 289-360.

(2) Decretum de electione Romani pontificis, dans Mansi, t. XIX, p. 903; Hardui», t. VI, P. I, p. 1064 sq.; Muratori, Script, t. II, P. II. Gratian., P. I, Dict. XXIII, c. 1. On a exagéré les orétendues infractions à ce décret. Gieseler, Man. de l'hist. eccl., t. H, p. '236, note 10. Cunitz, de Nicolai' II, Décrète de electione pontif. Rom. diss. hist. crit. Argent. 1837. Hœfter, t. II, p. 302. Dict. eccl. de Fribourg, t. VII, p. 580-81.

(3) Il n'est pas étonnant qu'on ait ainsi restreint l'élection, puis-

» empêcher d'accorder le respect et l'honneur dus au fu- » tur empereur, et de demander, à quiconque en obtient le » droit du siège apostolique, la confirmation de Télection » pontificale (1). Que si l'élection ne peut avoir lieu libre- » ment à Rome, on peut la faire ailleurs. »

Ce concile renouvela, en outre, les décrets émanés depuis Léon IX contre la simonie et le concubinage des ecclésiastiques. On y décida même que nul ne devait assister à la messe d'un prêtre qu'on saurait avoir une concubine, ou entretenir quelque commerce criminel avec une femme (2). Ce même concile obligea Bérenger d'adopter par serment une formule qui coupa court à toute équivoque. La sollicitude paternelle et les infatigables travaux de Nicolas II, pour rétablir et maintenir l'unité dans l'esprit et la forme de l'Eglise, furent couronnés d'un heureux succès, jusque dans les contrées les plus éloignées, en Danemark, en Norvège, en Suède et en Islande. Milan vit porter un coup décisif à l'hérésie simoniaque et Nicolaïte (mariage des prêtres) par la conduite digne, ferme et prudente du pieux légat Pierre Damien. L'archevêque de Milan, touché de repentir, se jeta humblement aux pieds do Damien et demanda pénitence; le mal fut pour un temps arrêté et comprimé. Nicolas s'opposa aux Normands avec l'énergie et l'autorité qu'avait déployées Léon. Il soumit à son vasselage leur heureux chef, Robert Guiscard, comme duc de Cajabre et d'Apulie, et lui promit les mêmes droits sur la Sicile, s'il la reprenait aux Sarrasins, à condition qu'il défendrait l'Église romaine et la liberté des élections

que le pape est en même temps souverain des États de l'Église, et, comme tel, a besoin de la confiance de ses sujets, confiance que rarement des étrangers peuvent acquérir, ainsi que le démontre l'expérience. Cf. Gaz. théolog. de Frib., t. II, p. 207-12.

(1) D'après Anselme, évêque de Lucques (contra Wibert. Antipapam II), ces mots : « le respect et l'honneur dus, » signifient : Ut obeunte apostolico pontifice successor eligeretur et electio ejus Pv,egi notificaretur. Facta vero electione et — régi notificata, ita dem uni pontifex consecraretur. {Canisii Lect. ant. éd. Basnage. t. III, p. 382).

(2) Concilium Romanum [an. 1059], can. III : « Ut nullus missam audiat presbyteri quem seit concubinam indubitanter habere, aut subintroductam mulierem. » (Mansi, t. XIX, p. 897; Harâuin, t. VI, P. I, p. 1062.)

170 § 190- — l'Es PAPES ÉLUS

papales (1). Robert prêta, en effet, un secours si efficace au Saint-Siège, que la puissance des plus dangereux ennemis des papes, celle des comtes de Tusculum, fut ébranlée, détruite, et que leurs forteresses furent renversées.

Cependant l'Allemagne offrait un triste spectacle durant la minorité de Henri IV; partout éclataient les indices d'une dissolution générale. Les princes, en l'absence d'évêques énergiques et dévoués, exerçaient un pouvoir arbitraire et despotique dans l'Église, et leur protection allait devenir une déplorable tyrannie. Alors le pape, pressentant sa mort et le péril qui menaçait l'Egiise, le siège apostolique et son indépendance nécessaire, ajouta dans le synode de Rome [H 60], aux ordonnances antérieures, le décret suivant (2) :

« Quiconque sera placé sur le siège apostolique par des )) intrigues d'argent, de faveur humaine, par émeute po- » pulaire ou militaire, sans le choix unanime et canonique,

(1) Les deux formules du serment dans Baronius, ad an, I059, 11"' 70 et 71. La première est ainsi conçue : « EtfO Robertus, Dei '.(i-atia et S. Pétri dux Apuliae et Calabriae, et utroque subveniente i'uturus Siciliae, ad confirmationem traditionis et ad recognilionem lidelitatis de omni terra, quam ego proprie sub dominio teneo, et quam adhuc ulli ultramontanorum unquam concessi, ut teneat : promitto me annualiter, pro unoquoque iugo boum, pensionern, sciiicet XII deaarios papiensis monetœ, persoluturum beato Petro et tibi, domino meo, Nicolao papœ, et omnibus successoribus tuis, aut tuorum successomm nuntiis. » Dans la seconde on trouvé : « S. Romanœ Ecclesiœ ubique adjutor ero ad tenendum et acquirendum regalia S. Pétri, ejusque possessiones pro meo posse contra omnes homincs; et adjuvabo te ut secure et honoritice teneas papatum Romanum, terramque S. Pétri et principatum, etc. »

(2) Nous suivons dans cette exposition qui, dans tous les cas, éclalrcit l'histoire de l'élection d'Alexandi'e II, faite, contrairement au premier décret de Nicolas II, sans l'autorisation (sine aucloriiale) du futur empereur, nous suivons, disons-nous, le récit de Hce/ler, loco cit., p. 3£6 sq., sans savoir cependant si ce qui s'en est suivi est tout à fait exact. D'après Mansi et Harduiu, ce décret fut publié par le concile de Rome en 1059, comme celui cont. Simoniacos. Le fait du changement du premier décret dans le sens du deuxième est établi par divers auteurs. Conf. à côté de Benzo (E. d'Albe) Panegyricus in Henri III imp., qui n'est pas tout à fait sûr (Menken, Sctiptor. rer. Genn., t. I, p. 10G4), Anselme, évêque de Lucques, cont. Wibert {Canis., Basnage, t. III, p. 382, et Hießer, t. II, p. 358, note 29).

sans la bénédiction des cardinaux, des évêques et du » reste du clergé, sera tenu, non pour pape, mais pour » apostat; il sera permis aux cardinaux et évêques de » chasser du Saint-Siège l'intrus, avec le concours des « clercs et laïques pieux, parl'anathème et tous les moyens » humains, et de le remplacer par celui qu'ils en jugeront » digne. Que s'ils ne peuvent faire l'élection dans l'inté- » rieur de la ville, qu'ils se réunissent hors de son en- » ceinte, dans le lieu qu'ils détermineront, et qu'ils y » élisent celui qu'ils croiront le plus digne, et en même » temps le plus utile au siège apostolique ; et que, dès lors, )) l'élu jouisse de l'autorité apostolique, agisse et gouverne » pour les intérêts de la sainte Église romaine, selon qu'il » le jugera bon, d'après les circonstances, et comme s'il » avait déjà pris possession du Saint-Siège. »

Ce décret ne promettait plus au futur empereur aucune participation à l'élection du pape. Une plus longue immixtion de l'Allemagne dans les élections de l'Église romaine paraissait ne devoir plus amener que des malheurs, comme en efTe* les derniers événements l'avaient prouvé. Ce décret ne déniait à la nation allemande aucun droit essentiel qu'on n'eût pu lui retirer en tout temps ; mais il lui refusait, désormais, un droit qu'on lui avait abandonné pendant deux cents ans, à cause de sa prépondérance morale. Néanmoins, il s'éleva un formidable mouvement en Allemagne, lorsque, après la mort de Nicolas II [22 juillet 1081], les cardinaux, sous l'influence de Hildebrand, élurent Anselme, évêque de Lucques, sous le nom d'Alexandre II [1061- 73], selon le mode prescrit par les canons des premiers siècles (1). Du reste, le siège resta vacant pendant près de trois mois. Le cardinal-prêtre Etienne, envoyé par I'l']giise romaiiie à la cour d'Allemagne, ne put parvenir jusqu'à l'impératrice, dont toutes sortes d'intrigues l'éloignèrent, de telle sorte qu'il ne put même remettre les lettres dont il était chargé. Les grands du siècle mécontents (les comtes de Tusculum ou Frascati), les ecclésiastiques ennemis de la sévérité ecclésiastique, poursuivirent, auprès de l'impré-

(1) Alexandri II Vita et epp. dans Mansi, t. XIX, p. 939. lïarduin, t. VI, P. I, p. 1077 sq.

voyante Agnès, une nouvelle élection, sous prétexte que celle d'Alexandre II avait été faite sans le consentement de la cour impériale. Agnès, mécontente de l'alliance du pape avec les Normands, consentit à la demande, et fit élire par les évoques de Lombardie, réunis à Bâle, Cadalous, évêque de Parme (Honorius II), dont la vie passée était déjà un encouragement pour la simonie et le concubinage du clergé. Le duc Godefroy et les Normands, s'armant alors pour Alexandre, obligèrent Cadalous de se contenter de son évêché de Parme. On hésita en Allemagne à reconnaître le pape, jusqu'au moment où Hannon, archevêque de Cologne, s'empara de l'éducation du jeune Henri IV et du gouvernement de l'empire, repoussa Cadalous au synode d'Osbor et déclara Alexandre II pape légitime. Tous les bons esprits se tournèrent vers Alexandre, quand on le vit, plein de vigueur et animé du désir de guérir les plaies de l'Église, envoyer l'austère Pierre Daniien avec plein pouvoir en France, en même temps qu'en Angleterre : il était puissamment secondé par Lanfranc, archevêque de Canterbury, adversaire déclaré de la vente des dignités ecclésiastiques et du concubinage du prêtres. On démontra, au concile de Mantoue [4064], que les accusations intentées contre le pape étaient calomnieuses, et, quant à la prétendue violation des droits et des privilèges de l'empereur d'Allemagne, Hildebrand répondit que le droit de confirmer les élections n'avait été accordé aux empereurs par les papes que pour empêcher le désordre, et non pour légitimer l'élection elle-même; «que cette )) prétention était, non un droit, mais une tyrannie exercée » contre l'Église. » Déjà, Pierre Damien, dans un écrit adressé à l'assemblée d'Osbor [1062], avait parfaitement établi les vrais rapports de l'Église et de l'État. Ces deux organismes divers et distincts, l'un et l'autre divinement institués, devaient, selon Ini, se développer librement et s'appuyer mutuellement dans la paix et l'union (1) : « Le » pape et l'empereur, dit-il, doivent s'efforcer de resserrer

(1) Pétri Damiani Disceptatio synodalis inter régis advocatum et Romaiiïe Ecclesiœ defensorem, dans Baron. Annal, ad. an. 1062, u« 68; dans Mansi, t. XIX, p. lOOl sq.; Harduin, t. VI, P. I, p. 1119 sq. Les expressions rapportées ici sont la clausula dictionis.

0 l'union intime du souverain pontificat et de la dignité » impériale, afin que rien ne puisse diviser désormais le « genre humain, soutenu et animé dans sa double suId- » stance (m utraque substantia), c'est-à-dire sous le rapport t) religieux et civil, par ces deux pouvoirs suprêmes [per » hos duos apices). Unis ainsi par le lien d'une constante » charité, ils empêcheront toute désunion dans les mem- 0 bres qui leur sont subordonnés. Car, de même que dans » les mystérieux desseins de Dieu {divino mysterio], l'empire » et le sacerdoce ont été rapprochés par le Médiateur n unique entre Dieu et les hommes, de même ces deux » hauts personnages (l'empereur et le pape, mundi vertices) t) doivent s'unir pai* la charité, sans que rien, d'ailleurs, i> puisse nuire à la prérogative suréminente accordée au » pape, et que nul ne peut s'attribuer. »

L'activité, la fermeté et la résolution d'Alexandre II assurèrent si bien sa position qu'il put résister vigoureusement au jeune roi Henri IV, quand celui-ci, s'abandonnant à ses grossières passions, demanda à être séparé de sa noble épouse Berthe, victime de ses mauvais traitements. Pierre Damien menaça, au concile de Mayence, les serviles évêques d'Allemagne, et leur déclara que jamais le pape ne consentirait au divorce, et ne couronnerait Henri IV comme roi, si le divorce était prononcé malgré sa défense. Le pape se déclara, dès lors, hautement le protecteur des opprimés. Aussi, bientôt les Saxons s'adressèrent à lui comme à un juge divin, se plaignant de l'insupportable tyrannie de Henri, dont les conseillers vendaient toutes les dignités ecclésiastiques, pour solder les armées qu'il menait contre son propre peuple. Alexandre excommunia ces aveugles conseillers, menaça Henri, et l'appela même à venir se justifier à Rome, tandis qu'autrefois Charlemagne avait réuni des évêques à Rome pour y juger le pape Léon III. Cette révolution datait déjà du IX' siècle, alors que les évêques du royaume déposèrent Louis le Débonnaire, furent choisis comme arbitres entre l'empereur et ses fils, et proclamèrent au synode d'Aix-la-Chapelle, en 842, la déposition de Lothaire. C'est Hildebrand qu'il faut considérer comme l'âme de tous ces mouvements, destinés à relever l'Église du profond abaissement et du mépris où elle était tombée ; à ses n. io.

côtés agissait, dans un même esprit, Pierre Damien [-f'107â]y qui nommait Hildebrand son saint diable, et prétendait qu'i régnait plus à Rome que le pape lui-môme (1).

§191. — Résultat.

Si l'on se rappelle les premiers siècles du Christianisme, et l'influence de l'Église parmi les Grecs et les Romains, on est frappe des graves différences que présente l'éducation religieuse de ces races diverses. Lorsque la religion chrétienne eut soumis les Germains, ils accordèrent sans peine le respect qu'ils avaient eu pour leurs anciens prêtres aux ministres de l'Église, et surtout aux évoques de Rome, par l'entremise desquels ces peuples avaient, la plupart, reçu les bienfaits du Christianisme et de la civilisation. Cette vénération pour les prêtres chrétiens s'augmenta encore de toute la confiance qu'inspiraient, à juste titre, leur esprit cultivé et leur sagesse. Les évêques et les abbés tinrent, de bonne heure, le premier rang parmi les Yisigoths, mais surtout dans les assemblées nationales des Franks. Cette influence générale du clergé amena une fusion complète de l'Église et de l'État, sous Chailemagne, tout en conservant la prééminence du clergé. C'est de lui qu'on attendait l'adoucissement des mœurs rudes et grossières, nées parmi les horreurs et les violences des discordes civiles. Ce fut dans le même but qu'on forma et réalisa le projet d'un empire chrétien, intimement uni à la papauté, afin d'apaiser^ par le concours du pouvoir matériel et de de l'autorité spirituelle, les tempêtes soulevées par les migrations des peuples, de mettre un frein aux passions guerrières des tribus

(1) L'épigramme de Damien sur Hildebrand est remarquable ;

Vivere vis Romœ, Clara deprnmito voce : Plus domino papîe quam domno pareo papse;

ainsi que celle-ci sur les rapports de Hildebrand avec le pape;

Fapam rite colo, sed te prostraïus adoro : Tu facis liunc Donii.num, te facit iste Deum.

Dans Baron, ad an. 1061 \V" 31 et 35.

de la Germanie, de garantir la paix de la chrétienté et d'élever ainsi toutes les nations aux sentiments nobles et généreux de la civilisation chrétienne. Les princes et les peuples abandonnèrent librement la prééminence au pape, dans cette œuvre commune, regardant tous (l)la puissance impériale et tout pouvoir temporel comme une émanation du pouvoir spirituel, surtout depuis l'institution du sacre des rois, de la tradition du sceptre et de l'épée. L'empereur semblait d'ailleurs moralement soumis au pape {ratione peccaii), puisque celui-ci, censeur et surveillant-né dts mœurs et du droit, devait rendre compte à Dieu des actions de l'empereur ; de sorte que cette déférence s'adressait à Dieu, et non au pontife lui-même. D'un autre côté,

(1) Il est important de remarquer que Hiucraar de Reims, qui • " mettait et proclamait positivement l'indépendance réciproque de l'Eglise et de l'État, quant à leur sphère d'activité, soutenait néanmoins la supériorité spirituelle et intérieure de la puissance ecclésiastique sur celle de l'État. Sous le premier rapport il allègue, dans son Admonitio de potestate regia et pontificia, et de utriusque regiminis âdministratione [88ll, c. 1, les mots du Conc. ad S. Macram [881] : « Quamvis enim membra veri régis atque pontificis secundum participationem naturae magnifiée utrumque in sacra geaorositate sumpsisse dicantvir, ut simul regale genus et sacerdotale subsistant, memor tarnen Christus fragiütatis humanœ, quod suorum saluti congrueret dispensatione magnifica temperans, sic actionibus propriis dignitatibusque distinctis officia potestatis utriusque discrevit, suos volens medicinali humilitate salvari, non humana superbia rursus (ut ante adventumcjus in carnem pagani imperatores, qui iidem et maximi pontifices dicebantur) intercipi ut et christiani rege? pro œterna vita pontificibus indigerent, et pontifices pro temporalium cursu rerum impeiialibus dispositionibus uterentur, quatenus spiritalis actio a carnalibus distaret incursibus, et ideo militans Deo minime se negotiis sœcularibus implicaret, ac vicissim non illo rebus divinis prœsidere videretur, qui esset negotiis saecularibus implicatus, ut et modestia utriusque ordinis curaretur, ne extolleretur ulroque suff'ultus, et competens qualitatibus actionum spocialiter prnfessio aptarctur. » Puis il déclare de nouveau : « Sod tanto gravius pondus est sacerdotum quanto etiam pro ipsis '-egibus hominum divino reddituri sunt examine rationem, et tanto est dignitas pontiflcum major quam regum, quia rpges in culmen regium sacrantur a pontificibus; pontifices autem a regibus consecrari non possunt. Et tanto in humanis rebus rcguin cura est propensior quam sacerdotum, quanto pro honore et defensione et quiète sanctœ Ecclesiœ et rectorum ac ministrorum ipsius et leges promulgando ac militando a Rege regum eis curai onus impositurn. »

on considérait les deux pouvoirs comme émanant d'ane même source. Le pape et l'empereur exerçaient leur pou- Yoii- au nom du Roi du ciel, et tendaient, dans des sphères différentes, au même but. C'est pourquoi on nommait aussi parfois l'empereur vicarius Christi : on l'ordonnait même comme clerc, ainsi qu'on fit de Henri III (1). Tant que le pape et l'empereur étaient fidèles à leur mission respective, il ne pouvait s'élever de division entre eux ; mais elle devait naître du moment qu'ils agissaient, l'un ou l'autre, dans des vues égoïstes et personnelles.

Ce double rapport de subordination ou de coordination de la royauté et de la papauté fut parfaitement exprimé par Gervais, maréchal du royaume d'Arles [1211] (2). « Au » prêtre, la prière ; au roi, le commandement. Le prêtre » remet les péchés, le roi punit les prévaricateurs. Le prê- » tre lie et délie l'âme, le roi châtie et tue le corps. L'un et )) l'autre réalisent la loi divine et protègent les droits de » l'humanité. Mais la royauté doit reconnaître qu'elle est » coordonnée, et non supérieure au sacerdoce ; elle doit » l'aider, et non le dominer. » La nécessité de l'action commune des deux pouvoirs était donc reconnue de fait comme en droit ; elle était visiblement représentée par le symbole du globe impérial et parfaitement exprimée par ces belles paroles d'Yves de Chartres [f 1115]: « Alors » seulement le monde sera bien gouverné et l'on verra » des fleurs et des fruits dans l'Église, quand l'empire et » le sacerdoce se donneront la main. Tant qu'ils seront » divisés, ni ce qui est petit ne peut croître, ni ce qui est » grand ne peut durer. » Bien plus, au milieu des circonstances critiques de cette époque d'organisation, on toléra

(1) Wqypo, dans la Vie de Conrad le Salique, nomme ce prince Vicar'mm Del, et le concile d'Aix, de l'an 8G2, dit au roi Lothaire 11 : «Principi ad memoriam rcduximus ut, non immemor vocationis suae, quod nomine censetur, opère conipleat, ut Rex regum Christus, qui sid nominis vicem Uli contulit in terris, dispensationis sibi créditas dignam remuneratiouem reddat in cœlis. » {Harzheim, t. II, p. 266.) Cf. Hceßer, Papes allem., P. I, p. 241.

(2) Gervasii Descriptio totiusorbis per très decisiones distincts, sive Otia imperialia {Leibniz, Script, rerum Brunsvic. t. 1), éd. Mader. Helrast., 1673, in-4.

souvent, on provoqua même les empiétements d'un pouvoir sur l'autre. Ainsi, par exemple, on accepta avec reconnaissance, on loua hautenient, comme un remède aux pei'turbations sociales, la déposition du pape Jean XII par l'empereur Otlion P', de même que la nomination de plusieurs papes par son fils, par son petit-fils et par Henri IIÎ, parce qu'ils le firent avec des dispositions chrétiennes et d'après les exigences particulières du moment. Mais lorsque l'on s'aperçut que les empereurs voulaient, dans le but d'asservir et de démoraliser l'Église, s'arroger, comme un droit, un pouvoir exceptionnel et passager, né de la confiance et fondé sur les nécessités temporaires, telles que la lutte des partis en Italie, alors ce devint un devoir impérieux, pour les chefs ecclésiastiques, de déterminer, d'une manière précise et générale, les rapports du pape et de l'empereur, de l'État et de l'Église. Et tel fut en eflbt le but des efforts de tous les papes, successeurs d'Alexandre II.

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