DURANT TOUTE CETTE ÉPOQUE
grande partie substituée à la liturgie des Slaves; l'Espagne seule, malgré les efTorts de Rome, avait conservé la liturgie mozarabique, pour les chrétiens soumis à la doraination des A.rabes. Cette liturgie a cela de particulier qu'avec un caractère en grande partie grec, elle est en langue latine, que, contrairement à toutes les anciennes liturgies des Gaules, elle n'a rien admis du chant grégorien ou ambrosien, qu'elle suppose l'usage quotidien de la communion et de la dispensation du calice par le diacre, et qu'elle prescrit de montrer au peuple, en l'élevant, l'hostie, qui doit être ensuite partagée d'après les neuf mystères du Christ, l'Incarnation, la Nativité, la Circoncision, etc. (1) en autant de parcelles.
Après la dévotion fondamcnttile de l'Eucharistie, nulle n'était plus chère aux fidèles que celle de la Vierge Marie. Gomme autrefois les chœurs célestes avaient envoyé un de leurs anges à l'humble fills de la race de David, pour lui apporter la glorieuse salutation : « Je vous salue, Marie, » pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes )) bénie entre toutes les femmes; » ainsi la race humaine répétait, de toutes parts, avec une dévotion toujours croissante, la Salutation Angélique, qui, du fond de cette vallée de larmes, montait vers la triomphante Reine du ciel. La foule des fidèles exhalait avec joie sa confiance et son amour, dans une prière concise et riche de sens, qui embrasse, en peu de mots, les mystères de la foi et les faits les plus imposants de l'histoire de la Rédemption, et, formant de ces souvenirs pieux, de ces louanges et de ces
(1) La dénomination de mozarabique, donnée à la liturgie, dépend des Mozarabes eux-mêmes. Or Roderic. archevêque de Tolède [t 1245], tire ce nom dans son Hist. Hispan. III, c. 22, de Mixtiarabes, eo quod mixti Arabibus convivebant, mais mieux de Arabi Mustaraba (id est insitii) opposé à Arabi Araba. Conf. Ed. Pocockii Spec. hist. Arabum. Oxon., 1G50, p. 39. C'est à tort qu'on attribue la liturgie mozarabique à S. Isidore. Le cardinal Ximénès fonda à Tolède une chapelle dans laquelle le culte se faisait selon le rite mozarabique, et fit imprimer le missel à Tolède, 1500, le bréviaire, 1502. Ladei, Àlissale mixtum dictum Mozarabes. Romae, 1755, 2 t. in-4. Cf. Praïfaliones, tractatus, etc., avec les Bollandistes, t. III, p. 465-538, et Acta sanctorum mens, julii, t. VI. Marlene, cidantiquis Ecclesiœ Ritibus, lib. I, c. 4, art. XII ft. I, p. 168-173). Hefele, Le «ardinal Ximénès, p. 147 sq.).
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prières, une couronne de roses vivantes, elle la présentait comme un gage sensible de son respect et de sa tendresse filiale, à la sainte Mère Dieu. C'est iDien à tort qu'on a prétendu que cette prière du Rosaire [corona Mariana, rosarium psalterium sanctœ Virginis) avait été, après les croisades, imitée des Arabes ; car elle était en usage bien auparavant en Occident, et il est très-probable qu'elle fut introduite au IV^ siècle par le moine Macaire le jeune, dont l'occupation unique était la prière (1). Il disait trois cents prières par jours, et, après chacune d'elles, jetait de son giron une des trois cents petites pierres qu'il y avait placées. Palladius raconte le même fait de l'abbé Paul dans le désert de Phermé. En Occident, on trouve souvent, dans les livres pénitentiaires, ving à trente Pater donnés comme pénitence (2). La piété, qui est inventive, imagina bientôt, en Angleterre, une ceinture de Pater noster [Ocllidum, ic est cingulum), qui, peu à peu, devint le Rosaire en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie, et donna au peuple, privé de livres de dévotion, un moyen d'édification facile, efficace et approprié à ses besoins et à sa capacité. Cette dévotion prit plus d'extension encore à dater de l'an 1000, lorsqu'on eut consacré le samedi à la sainte Vierge, lorsque Pierre Damien eut composé un office particulier {officium Mariœ), qu'il répandit d'abord dans un grand nombre de couvents d'Italie, et que, dans le XP siècle, on ajouta, mais non encore généralement, il est vrai, la Salutation Angélique à l'Oraison Dominicale. Le culte des reUques de Jésus-Ghrit et des saints des premiers siècles ayant été exagéré, en mainte occasion et en divers lieux, n'eut point des résultats aussi heureux que celui de la
(1) Cet office se composa d'abord de cantiques, comme on le voit déjà dans le chapitre de S. Ulrich d'Augsbourg [924]. Cf. Mabillon, Ann. Bened. lib. XLII, n° 71; le samedi consacré à Marie d'après Pétri Damiani Opusc. XXXIII, c. 3. Urbain II fit au clergé une obligation de cet oifice au concile de Clermont, 1095. L'addition de la Salutation Angélique au Paler noster eut lieu d'abord dans les couvents d'Angleterre. Cf. Mabillon, loco cit., lib. LYIII, n. 69-70, ad an. 1044. Cf. sur le Rosaire, ßJu/erim, t. VII, P. I, p. 89-135. La Dévotion du Rosaire, méditation religieuse, Tüb., 1842.
(2) Du Fresne, Glossarium med. et inf. latinitatis, s. v. Gapellina veut trouver l'origine du Rosaire dans les actes pénitentiaux.