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PREMIÈRE CONTROVERSE

adhérents de Gottschalh, de faire passer, dans un concile de Valence [835], la double prédestination pour un dogme de l'Eglise, Cependant les deux archevêques finirent par s'entendre, et la controverse fut terminée, au nombreux concile de Toucy, dans le diocèse de Toul [860], auquel assistaient des membres du concile de Valence par l'adoption de la lettre synodale, claire et décisive, qu'Hincmar avait envoyée à ce sujet.

§ 203. — Première controverse sur l' Eucharistie, Paschase Radiert,

Faschasius Radbertus, de Corp. et sang. Domini, sive de Sacrament., d'abord en 831, retravaillée en 844 (Martene et Durand, Coll. ampl., t. IX). Epist. ad Fi-udegard. et ad Carol. Calv. et Expositio in Matth., XXVI. 26, in Martene, 1. cit. Rubani Mauri ep. ad Heribald s. Pœnitentiale, c. 33 (Mabillon, Vet. Analecta, éd. II, p. 17, et Canisii Lect., t. II, P. II, p. 311). Dicta cujusd. sapient. d'après Mabillon, Rab. Mauri) de Corp. et sang. Dom. (Mabill. Acta sanctorum ord. S. Bened. Scec. IV, t. I, p. 591),. Ratramnus, de Corp. et sang. dorn. ed. Boileau. Paris., 1712. Gerbertus de corp. et sang. Domini. (Pez, Anecdoct., t. I, P. II, p. 131-146). Reuter, de Erroribus qui setate media doctrinam christianam de sancta Eucharistia turbaverunt. Berol., 1840. Hist. littéraire de la France, t. V, p. 387. Natal. Alex. Hist. eccles. sœc. IX et X, diss. X.

Aucun doute ne s'était élevé sur la doctrine catholique delà présence réelle et du changement de substance jusqu'au jour où Paschase Radbert, moine de Gorbie [f865], écrivit, pour le couvent de Corvey, en Saxe, son traité de l'Eucharistie [831], qu'en 84iil corrigea pour Charles le Chauve, en l'augmentant de certaines considérations qui portaient sur des opinions nées dans l'intervalle (Haymon de Halberstadt, Amaury de Metz). Il n'y exposa, il est vrai, que la doctrine constante de l'Église ; maisà l'exemple de quelques docteurs, comme saint Jean Damascène (1),

(1) Joann. Damasc. de Fide orthod. IV, 13 : « Saj[jLa laTtv aXriQwc •5jva)[j.^vov 6sotrjH -o îy. -^5 àytaç HapOivou c;àj[j.a, o'jy on auxo 16 dvcc- ATjtpOïv cà)[j.a I? ojpavoj /.a-£p-/jtai, àXX' oxt aùtô; ô apTOç zal ô ovjoi ,a£Ta7:oioSvcai zl; crwaa -/.al atixa 0£ou. » (0pp. éd. le Quien. Yen., 178?, t. I, p. 269 sq.

, i.0' § 205. — PREMIÈRE CONTROVERSE

et surtout saint Ambroise (1), il le fiten des termes inusités et qui pouvaient être en partie mal interprétés (2). Il disait : « 1° Le mystère du sacrement de l'autel renferme le vrai corps et le vrai sang du Christ ; 2° quoique les apparences du pain et du vin demeurent, il faut tenir (ou croire) qu'après la consécration il n'y a plus que la chair et le sang de Jésus-Cbrist, et, ce qu'il y a de plus étonnant^ 3" que cette chair n'est pas autre que la chair qui est née de la Vierge Marie, qui a souffert sur la croix et qui est ressuscitée du tombeau. — Paschase Radbert, comme il J'explique plus tard, en commentant les paroles de S. Math. XXVI, 26, avait, avant tont, l'intention, dans ce traité, d'établir la présence véritable et réelle de Jésus- Christ, dans l'Eucharistie, et c'est pour cela qu'il affirmait précisément l'identité absolue du corpe eucharistique avec le corps du Christ né de la Vierge, crucifié et ressuscité, disant que l'Eucharistie est à la fois vérité et figure, veritas-figura : ne voulant ni méconnaître ni nier la différence formelle des deux corps, du corps physique dont l'apparence était autre que celle du corps eucharistique ; repoussant d'ailleurs, ce qu'on lui reprochait à tort, disait-il, toute repx-ésentation grossière du sacrement, à la façon des Capharnaïtes. — C'est en effet cette différence sur laquelle insistaient sesadvei'saires, disant que le corps sacramentel du Seigneur avait des propriétés qui n'appartenaient point au corps apparu jadis sur la terre, et qu'il

(1) Amhros. de Mysteriis,' lib. I, c. 9, n" 53: « Si ordinem quaerimus, viro mixta femina generare consuevit. Liquet igitur quod praeter naturœ ordinem Virgo generavit. Et hoc quod conficimus corpus ex Virgine est. Quid lue quseris naturœ ordinem in Christi corpore, quod prœter naturam sit ipse Dominus Jesus partus ex Maria Virgin? Vera utique caro Christi, quœ crucifixa est, quœ sepulta est; vere ergo carr 1? illius sacramentum est. » 0pp. éd. Bened... t. II, p. 339.)

(2) « Panis et vinum nihil aliud quam caro Christi et sanguis post consecratiouera credeuda sunt; non alla plane (caro) quam quse nata est de Maria et passa in cruce. Quia Christum vorari fas dentibus non est, voluit in mysterio |hunc panem et vinum vere carnem suam et sanguinem consecratione Spiritus sive potentialiter creari, creando vere quotidie mystice immolari : ut sicut de Virgine per Spiritum sauctum vera caro sine coitu creatur, « ita per eumdem ex c subslantia panis et vini mystice idem Christi corpus et sanguis « consecratur. »

SUR l'eucharistie. 241

fallait soigneusement distinguer le corps naturel, le corps sacramentel, et le corps mystique du Christ (l'Élglise) : c"est pour quoi ils s'appuyaient sur des textes de saint Augustin et de saint Jérôme. » Le corps du Christ renfermé dans l'Eucharistie, ajoutaient-ils, est un, selon sa nature [naturaliter), avec le corps formé dans le sein de Marie, mais différent quant à la forme apparente {specialiter) . Quelques écrivains inconnus, et Raban Maur lui-même, pouvaient être compris dans ce sens, que combattit énergiquemcnt un des frères de religion de Radbert, resté longtemps obscur et nommé Ratramne [7 866]. Jl faut, disait-il, distinguer la présence sensible et la présence sacramentelle : le sacrement consiste en deux parties, la figure, l'image {figura, ùnago), et ce qui est figuré ou représenté par l'image (verifas, 7'€s sacramenti). Ratramne, du reste, hors les expressions citées, était fort obscur dans ses réfutations comme dans ses démonstrations. Il reproche à ses adversaires de n'avoir fait aucune distinction entre l'apparence ou ce qui frappe les sens, et l'essence du sacrement : de n'avoir admis aucune figure, aucune enveloppe, et ainsi de n'avoir rien laissé à la foi (1). Radbert, voulant exposeï

(I) Ille panis, qui per sacerdotis'ministerium Christi corpus efficitur, aliud exlerius humanis sensibus ostendit, et aliud interius fidelium mentibus clamât. Panis ille vinumque figurate Christi corpus ft sanguis existit. — Ista in melius commutatio, quum non corporaliler, sed spiritualiter, facta sit : necesse est, ut jam figurate facta esSe dicatur, quoniam sub velaraento corporel panis corporeique vini spiriiuale corpus Christi spiritualisque sanguis existit. — Christi cor pus et [sanguis non sunt idem, quod cermmtur et k[\iod creduntur. Secundum enim quod cernuntur, corpus pascunt corruptibile; ipsa corruptibilia secundum vero quod creduntur, animas- pascunt in seternum victuras, ipsa immortalia. — Differunt autem a se species et veritas. Quapropter corpus et sanguis, quod in ecclesia geritur, differt ab ilio corpore et sanguine, quod in Christi corpore per resurrectionem jam glorificatum cognoscitur. Et hoc corpus pignus est et veritas, illud vero ipsa veritas. — Videmus itaque multa differentia separari mysterium sanguinis et corporis Christi quod nunc a fidelibus sumitur in ecclesia et illud quod natum est de Maria Virgine, quod passum, quod sepultum, quod surrexit, quod cœlos ascendit, quod ad dcxtcram Patris sedet. » Pv.atramne continue et pousse son argumentation plus loin: «Dicunt, quod nuUa sub figura, nulla sub elevatione fiât, sed ipsius veritas nuda manifestatione pjragatur. — (Sed) si figurate nihil hic accipiatur, sed totum in veritate conspicietur : nihil hic fuies operatur. Nam si videres, diceres, video non

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