‹ Histoire universelle de la pédagogieChapitre 23 sur 71 · DE L'ÉDUCATION CHEZ LES JUIFS · texte numérisé non relu

DE L'ÉDUCATION CHEZ LES JUIFS

Nous avons vu ce qui a été réalisé dans le champ de réducation chez les principaux peuples jUacés en dehors de Tinfluence de la vraie reKgion. Nous allons maintenant DQus transporter sur un sol plus favorisé des lumières de la souveraine sagesse, afin dY recueillir les belles et grandes leçcms qu'il renferme. Nous devons commencer par le peuple juif»

Tandis que tous les peuples anciens, pour s'orienter au mBîeo des complications de la vie sociale, étaient abandomiés aux seules lumières de la raison naturelle, les en* tets d'Abraham reçurent directement de J^ovah, par Is ministère de Ifbîse, des instructions détaillées sur le coHe qu'ils devaient lui rendre, et les lois morales, civiles et politiques qui allaient en faire un peuple à part et privilégié. C'est un fait remarquable et bien extraordinaire dans rhistoire, que cette théocratie sous laquelle fut pla* cée la natk>n juive, théocratie qui Téleva au-dessus de la natme et la mit en rapport direct avec son Dieu, Jéhovah, qm la gouvernait, la punissait ou la relevait, suivant qu'elle rabandoimait ou qu'elle revenait à lui. Cette théocratie, qui s'étendait à toute la vie du peuple, lui imprima un caractère éminemment religieux et fit en particulier aussi de l'éducation un devoir sacré pour la famille israélite.

A sa naissance, le nouveau-né était plongé dans un bain, frotté de sel et enveloppé de langes. Le huitième jour, l'enfant mâle était marqué du sceau de la circoncision. L'exposition et le meurtre des petits enfants, si

répandus chez les peuples de Tantiquité, étaient inconnus chez les Juifs, car tout enfant appartenait à Dieu. Le premier-né devait même lui être consacré d'une manière spéciale, et les parents, pour le ravoir, étaient obligés de le racheter de son possesseur légitime. Dans la règle, la mère allaitait elle-même son enfant, et le sevrage était célébré par une offrande et une fête domestique. Dès ce moment, Tenfant grandissait sous le toit paternel, soumis à toutes les prescriptions de la loi, prenant part aux occupations de la famille, et menant avec elle une vie plutôt dure qu'amollissante.

Les parents devaient regarder une famille nombreuse comme une bénédiction particulière, et il leur était enjoint de faire connaître à leurs enfants la loi de Dieu et les merveilles opérées en faveur de leur nation par Celui qui Tavait retirée d'Egypte « à main forte et à brais étendu. »

<t Ecoute, Israël, ces paroles que je te commande aujourd'hui seroAt en ton cœur. Tu les enseigneras soigneuse* ment à tes enfants, et tu t'en entretiendras quand tu demeureras en ta maison, quand tu voyageras, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Et tu les Ueras pour être un signe sur tes mains, et elles seront comme des fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras aussi sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. » (Deut., 6 ; voir aussi le Ps. 78.)

Les enfants devaient assister avec les adultes aux grandes fêtes religieuses nationales, et il fallait répondre à leurs questions sur ce qui les frappait : « Quand vous serez entrés au pays que l'Eternel vous donnera, et que vos enfants vous diront : Que signifie ce service? Alors vous répondrez : C'est le sacrifice de la Pâque à l'Eternel, qui passa en Egypte par-dessus les maisons des enfants d'Israël, quand il frappa l'Egypte et qu'il préserva nos maisons. » (Exod. 12.) La même recommandation se retrouve dans d'autres circonstances: On voit que l'instruction recommandée ici est celle qui est donnée par la vie

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mâoie, ainsi que Tentendait Pestalozzi dans ces paroles çtf il répétait souvent : La vie cultive.

Ces soins matériels et spirituels que l'on devait donner aux enfants, n'étaient cependant pas la base sur laquelle reposait le succès de Téducation. Cette base, nous devons b chercher dans ces paroles adressées aux enfants : t Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient prolongés sur la terre, que TEternel, ton Dieu, te donne.» Oui, c'est dans Tobéissance que Dieu a renfermé le développement de l'enfant. Il veut qu'il subordonne sa votante à celle de ses parents, afin de l'habituer par là à se sonmettîQ à la volonté suprême qui doit dominer rhomme tout entier ; car , dans le plan de Dieu , les parents ne sont que des intermédiaires entre la vofontô de l'enfant et la sienne, et malheur aux parents qui, faussant le développement de l'enfant, l'enfermeraient sous ime volonté qui ne serait pas en harmonie avec la volonté de Dieu, ou le laisseraient jse développer en dehors de cette volonté !

L'enfant qui désobéissait devait être exhorté et puni. La verge jouait un rôle important : « Châtie ton enfant, dit Salomon, tandis qu'il y a de l'espérance, mais ne va pmnt jusqu'à le faire moinrir. N'écarte point du jeune enfent la correction : quand tu l'auras frappé de la verge, il n'en mourra point. Tu le frapperas avec la verge, mais tu déUvreras son âme du sépulcre. »

Pour bien comprendre l'importance que les Juifs donnaient à la verge, il faut se rappeler que la perfection de Dieu la plus marquée sous l'ancienne aUiance était sa justice : toute transgression devait recevoir une juste punition. Sous le christianisme, la justice est tempérée par la miséricorde que Dieu nous a révélée en Jésus-Christ ; mais la miséricorde n'aboUt pas la justice, ne l'oublions pas. La verge, instrument de justice, ne saurait donc non plus être abolie sous la nouvelle alliance.

Lorsqu'un enfant ne voulait pas se soumettre à ses patents, ceux-ci avaient le droit ou plutôt le devoir de le

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livrer à la justice, t Quand un homme aura xm enfaott méchant et rebelle, n'obéissant point à la Toiz de son pèie, ni à la voix de sa mère, et qu'ils Vauront châtie, el que, nonobstant c^, il ne les écoutera point, alors le père et la mère le prendront et le mèneront aux anciens de sa ville et à la porte de son lieu, et ils diront aux anciens <le sa ville : CTest ici notre flls gui est méchant et rebdle; il n'obéit point à notre voix ; il est gourmsmd et ivrogne. Et tous les gens de la ville le lapideront, et il mourra ; et ainsi tu ôteras le méchant du milieu de toi, afin que tout Israël Tentende, et qu'il craigne. » (Deut., 21.)

Quant à ce qui regarde l'instruction proprement dite, elle était essentiellement religieuse et historique. On dut sans doute de bonne heure enseigner la lecture et l'écriture, afin de mettre l'enfant en état de lire et d'écri^re la loi, et de prendre part au service divin et aux fêtes nationales. L'ordre d'écrire des frs^ments de la loi sur les poteaux des portes, renferme virtuell^nent celui d'ap^ prendre à lire et à écrire. La méthode était mécanique : il s'agissait avant tout de graver dans la mémoire ce qui était écrit. Le chant et la musique étaient populaires. La gymnastique demeura toujours insignifiante chez les Juifs. L'instruction des filles était plus négligée que celle des garçons. Elles apprenaient cependant à filer, à tisser, à coudre, à teindre, à broder, à faire la cuisine, à préparer des parfums, à danser (dans les fêtes religieuses) et i jouer des cymbales. Elles vivaient retirées au sein de la famille, où leurs mères les exerçai^it à la propreté, à la piété et à la modestie. Jusqu'au twnps du Sauveur, les Juifs n'eurent pas d'écoles pour les enfants. Les écoles des prophètes fondées par Samuel n'étaient destinées qu'aux jeunes gens qui voulaient étudier la musique et la poésie religieuse. Ce n'est qu'après le retour de la captivité que la science des rabbins commença à devenir célèbre, et || qu'on fonda les écoles savantes. Qa fonda aussi des écoles rabbiniques pour former des chefs ou maîtres des synagogues ; car chaque bourgade ou petite viUe avait au

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moins une synagogue (Jérusalem, 400 à 500), à laquelle était adjointe une salle dans laquelle se donnait une instruction publique, les jours de sahbat et de fête. La première de ces écoles rabbiniques doit avoir été fondée à lêrusalem , peu de temps avant la destruction de cette lîlle. On y enseignait le sens des Ecritures, la morale, le calendrier, la poésie, le droit et la cabale. L'enseignement ^ait-oral. A la fin du cours, l'élève était consacré par son maître avçc imposition des mains : « Tu es, lui disait-il, rabbin (maître) dès à présent. » En même temps, il lui remettait une clé et une tablette, symboles du droit d'expliquer les Ecritures.

L'ancienne littérature juive ne renferme pas d'écrits BUT l'éducation ; mais les Proverbes de Salomon et le livre de Jésus, fils de Sirach (l'Ecclésiastique), contiennent un assez grand nombre de sentences pédagogiques. Leur importance m'engage à les citer ici. Les écrits du Juif Phi» l(m , savant né à Alexandrie peu de ten^)s avant notre ère, renferment aussi plusieurs passages relatifs à l'éducation.

Sentences tirées du Kvre des Proverbes,

I. Mon fils, écoute rinstracticm de ton père et n'abandonne point l'enseignement de ta mère. di. 1, 8.

^ Enfants, écoutez FinstrucUon du père et soyez attentifs è connaître la prudence. 4, i.

S. Mon fils, garde le commandement de ton père, et n'abandonne point l'enseignement de ta mère; tiens-le continuellement lié à ton cœur, et l'attache à ton cou. Quand tu mardieras, il te conduira; et quand tu te coucheras, il te gardera; et quand tu te réveilleras, il s'entretiendra avec toi. Car le cwnmandement est une lampe et l'enseignement une lumière, et les réprimandes propres à instruire sont le chemin de la vie. 6, 20, 23.

4. Ecoute ton père comme étant cehii qui t'a engendré, et ne méprise point ta mère quand elle sera devenue vieille. 23, 22.

5. L'enfont sage r^uit le père ; mais l'enfant insensé est le désespoir de sa mère. 10, i.

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6. L'enfant prudent amasse en été ; mais celui qui dort durant la moisson est un enfant qui fait honte. 10, 5.

7. L'enfant sage écoute l'instruction du père, mais le moqueur* n'écoute point la réprimande. i3, 1.

8. Le fou méprise l'instruction de son père ; mais celui qui prend garde à la réprimande deviendra bien avisé. 45, 5.

9. L'enfant sage réjouit son père ; mais l'homme insensé tné^ prise sa mère. 45, 20.

10. Le serviteur prudent sera maître sur l'enfant qui fait honte et il partagera l'héritage entre les frères. 17, 2.

il. Les enfants des enfants sont la couronne des vieilles gens, et l'honneur des enfants, ce sont leurs pères. 17, 6.

12. Celui qui* engendre un fou en aura de l'ennui, et le père du fou ne se réjouira point. 17, 21.

13. L'enfant insensé est l'ennui de son père et l'amertume de celle qui l'a enfanté. 17, 25.

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