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République et Second Empire

La chute de Louis-Philippe n'amena aucun changement ians l'organisation de l'instruction publique. M. Carnoti premier ministre de l'instruction, pensa que pour consolider la république, il fallait s'appuyer sur les instituteurs. Dans ce but, il les exalte, il les qualifie de « magistrats populaires, » il veut leur rendre accessibles tous les grades universitaires. « Bien n'empêche, dit-il, que ceux

â. L*algèbre est un ezoellent moyen de culture pour uo iiutitirtear.

• qui en seront capables ne s'élèvent jusqu'aux plus » hautes sommités de notre hiérarchie. Leur sort, quant » à Tavancement, ne saurait être inférieur à celui des sot » dats ; leiu: mérite a droit aussi de conquérir des gra- » des^.. » U veut qu'il y ait des instituteurs parmi les représentants du peuple : « Qu'ils viennent, dit-il, parmi » nous, au nom des populations rurales dans le sein desj> quelles ils sont nés, dont ils savent les souffrances, dont » ils ne partagent que trop la misère. Qu'ils expriment au » sein de la législature les besoins, les vœux, les espé-

• rances de cet élément de la nation, si capital et si long- » temps délaissé. Plus ils seront partis de bas, plus ils » auront de grandeur, puisque leur valeur morale sera la » même que celle de la masse qu'ils résument. »... « Qu'une » ambition généreuse s'allume en eux; qu'ils oublient » l'obscurité de leur condition; elle était des plus humbles » sous la monarchie : elle devient, sous la république, des » plus honorables et des plus respectées. »... Que les » 36,000 instituteurs primaires se lèvent à mon appel... » Puisse ma voix les toucher jusque dans nos derniers > villages ! Je les prie de contribuer pour leur part à fon- » der la république 2. »

Belles, mais imprudentes paroles! Rapprochons -en celles que M Guizot adressait aux instituteurs en 1833 :

a Je ne Tignore point, monsieur, la prévoyance de la » loi, les ressources dont le pouvoir dispose, ne réussiront » jamais à rendre la simple profession d'instituteur com- » munal aussi attrayante qu'elle est utile. La société ne sau-

• rait rendre à celui qui s*y consacre tout ce qu'il fait pour » elle. Il n'y a point de fortune h faire, il n'y a guère de » renommée à acquérir dans les obligations pénibles qu'il

• accompUt. Destiné à vou* sa vie s'écouler dans un tra- » vail monotone, quelquefois même à rencontrer autour

• de lui l'injustice ou l'ingratitude de Tignorance, il s'at-

i. Circulaire du 27 février 1841.

S. Circulaire du 6 mars 18i8.

» tristerait souvent et succomberait peut-être, s'il ne puî- » sait sa force et son courage ailleurs que dans les pers- » pectives d'un intérêt immédiat et purement personnel. » Il faut qu'un sentiment profond de Timportance morale » de ses travaux le soutienne et Tanime; que Faustère » plaisir d'avoir servi les hommes et secrètement contrit bué au bien public devienne le digne salaire que lui ft donne sa conscience seule. C'est sa gloire de ne rien » prétendre au delà de son obscure et laborieuse condi- » tion, de s'épuiser en sacrifices à peine comptés de ceux y» qui en profitent, de travailler, enfin, pour les hommes, » et de n'attendre sa récompense que de Dieu ^ »

M. Carnot ne demeura que quelques mois à la tête de l'instruction publique, et avec lui tombèrent les rêves élyséens qu'il avait fait miroiter devant les yeux des instituteurs. Bientôt ils furent invités à se renfermer dans les limites de leur vocation, et, pour mieux les y contenir, une loi du 11 janvier 1850 remit entre les mains du préfet la nomination et la révocation dés instituteurs. « Un assez i grand nombre d'entre eux, dit M. de Parieu, ont été » égarés tout à la fois par l'influence des événements que » nous avons traversés, et par des causes d'excitation par- > ticulières à leur situation 2. » Cette loi, ainsi qu'une plus grande latitude accordée aux corporations enseignantes, fut le prélude de la grande révolution qui se préparait dans le domaine de l'instruction publique et qu'inaugura la loi du 15 mars 1850.

Réforme de l'enseignement (loi du 15 mars).

Après la chute deLouis-Phïlippe, des orages redoutables s'élevèrent contre l'Université. « Ce n'était plus, cette » fois-ci, dit M. Jourdain, son régime financier qui était » mis en question, mais le droit exclusif d'enseigner qui » lui avait été confié sous l'Empire, mais toutes les préro-

i. Circulaire du 4 juillet t88t.

t. Circulaire (aux préfeto) du 16 janvier iiM.

» gatives qui découlaient pour elle de ce droit fondamen- » tal, mais sa constitution tout entière, la compétence de » sa magistrature supérieure, la juridiction de ses conseils » inférieurs, l'orthodoxie de ses maîtres, la moralité de I leur enseignement, de leurs ouvrages et de leur vie puè blique et privée *. »

La loi du 15 mars 1850 vint mettre un terme à cette polémique, en proclamant la liberté d'enseignement, et en plaçant TUniversité sous la direction immédiate du ministre de Finstruction publique. Le 22 août, une seconde loi acheva la transformation commencée, en ordonnant la radiation des rentes de TUniversité et la réunion de ses domaines au domaine de TEtat, pour être administrés comme propriétés publiques. Ce jour-là, Tabolition du régime de 1806 fut consommée.

Le ministre de l'instruction publique, chargé dès ce jour de la direction de TUniversité, transformée en une fonction de TEtat, fut assisté d'un Conseil impérial composé comme suit, en vertu de la loi du 9 mars 1852^ qui modifia celle du 15 mars 1850 :

De trois membres du Sénat, De trois membres du conseil d'Etat, De cinq archevêques ou évoques, De trois ministres des cultes non catholiques^ De trois membres de la cour de cassation^ De cinq membres de Tlnstitut, De huit inspecteurs généraux, De deux membres de renseignement libre.

Les membres du conseil impérial étaient nommés pour un an.

Les Conseils académiques furent composés d'une manière analogue. La France fut divisée en 17 académies, lavoir; Paris, Aix, Besançon, Bordeaux, Caen, Chambépy, Clermont, Dijon, Douai^ Grenoble, Lyon, Mont-

1. Budget de Pimtrwtion publique depuis la fondation de TUniverlité, p>ige 15.

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petlier, Nancy, Poitiers, Rennes, Strasbourg, Toulouse.

La loi du 15 mars 1850 amena subitement en France la •création d'un grand nombre d'établissements privés, laïques et ecclésiastiques dans lesquels se pressa bientôt une nombreuse jeunesse; en même temps le nombre des élèves dans les collèges et les lycées de TEtat diminua rapidement. Un bon nombre de collèges durent être supprimés. On vit par là que les établissements de TEtat ne jouissaient pas à im degré suffisant de la confiance punlique. Pour soutenir la conc\u*rence avec les établissements privés, des réformes étaient nécessaires. M, Fortoul fat chargé de les opérer. Dans son long et substantiel rapport à l'Empereur, en date du 19 septembre 1853, nous voyons que ce qui faisait tort aux établissements de FEtat dans Topinion, c'était d'une part des maîtres imbus de mauvaises doctrines ou peu propres à ex^cer une bonne influence sur les élèves, et de l'autre le mauvais état de l'instruction, dans les lycées en particulier. Il fallait donc remédier à ce double mal.

La loi du 9 mars 1852 fut essentiellement destinée à remettre Tordre dans Tadministration et dans le corps enseignant. L'Empereur nommait le Conseil impérial, les professeurs du haut enseignement et des facultés; le Ministre, par délégation de l'Empereur, nommait les autorités académiques, les professeurs des établissements qui dépendaient de son ministère, et des écoles secondaires, ^t le Recteur, par délégation du Ministre, les autorités scolaires primaires et les instituteurs primaires; de plus, le Ministre eut le droit de prononcer directement et sans recours contre les membres de renseignement secondaire public : la réprimande devant 1« Conseil académique, la censure devant le Conseil supérieur, la mutation, la suspension avec ou sans privation, totale ou partielle du traitement, et la révocation. Il pouvait prononcer les mêmes peines contre les membres de l'enseignement supérieur, à Texception de la révocation qui était prononcée par le chef de l'Etat.

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Réorganisation de l'enseignement moyen. — Lycées.

Jusqu'en 1852, les lycées français étaient exclusivemenj littéraires ; mais à côté des lettres, on enseignait diverses branches, réclamées par la marche de la civilisation. Cet état de choses présentait deux graves inconvénients : d'un ^té il surchargeait outre mesure les programmes d'enseignement, au grand détriment de la culture des élèves, et de l'autre, il préparait mal les jeunes gens pour les carïîèopes scientifiques et techniques. Des débats graves et approfondis s'engagèrent au sein du Conseil supérieur sur cette importante question. « L'enseignement de TUni- Tersité, dit M. Fortoul dans son rapport à l'Empereur, ayait pour principe de développer, non pas les aptitudes particulières des individus, mais les facultés générales de t espèce; de façonner, non pas des instruments divers pour hs diverses fonctions de la Société ou de l'Etat, mais un certain type universel d'élégante culture. C'était sans doute se proposer un but élevé; mais l'éducation instituée sur ce plan, en visant à être générale , pouvait courir le risque d'être vague et stérile. D'une part, les jeunes gens qu'elle formait trouvant, à leur entrée dans le monde, au lieu de cette image unique et idéale sur laquelle on les avait modelés, une diversité infinie de besoins qu'ils ignoraient et de carrières qu'on ne leur avait pas même fait entrevoir, répugnaient aux professions qu'il leur fallait embrasser; et, au lieu de servir la Société, trop souvent ils méditaient de la façonner à l'image de leurs rêves chimériques. » H «'agissait donc, tout en conservant cette culture classiquef dont la France s'est honorée de tout temps, de donner satififaction aux aptitudes particulières des individus et de les préparer pour les divers besoins de la Société. Pour atteindre ce but, le lycée fut organisé comme suit :

io Une division élémentaire [ ^î^''® ^® huitième.

C classe de septième.

classe de sixième.

2o Une division de grammaire \ classe de cinquième.

classe de quatrième.

classe de troisième.

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