Une division supérieure j ^|-- J
classe de logique.
4û Une classe de mathématiques spéciales a été ajoutée pour les élèves qui, en rentrant de la classe de logique, ne sont pas suffisamment préparés pour faire l'examen du baccalauréat ès-sciences.
n fut décidé que renseignement serait pour tous les élèves le même dans les deux divisions inférieures, le latin commençant en septième et le grec en sixième; ei que la division supérieure comprendrait deux sections, une section des lettres et ime section des sciences, mais que la moitié des cours seraient communs aux deux sections et que ces cours garderaient la prééminence dans les études : ce sont le français, le latin, Thistoire, la géographie, Tallemand ou Fanglais et la logique.
L'enseignement particulier donné à la section des lettres devait comprendre : l'étude approfondie des langues latine et grecque et dé la logique, et des notions scientifiques appropriées aux élèves de la section littéraire.
L'enseignement particulier à la section des sciences devait renfermer : l'arithmétique, Talgèbre, la géométrie et ses applications, la trigonométrie rectiligne, la cosmographie, la physique, la mécanique, la chimie, l'histoire naturelle, les éléments de la logique, le dessin linéaire et d'application.
Le grec, appris dans les classes de septième, sixième et cinquième, et abandonné ensuite, devait suffire pour les étymologies et les nomenclatures employées dans les scieuces et les arts.
Cette orgamsation, accompagnée de programmes trèsdétaillés, dura jusqu'en 1863. Les expériences faites pen- . dant dix ans réclamaient quelques modifications qui
jtoent ordonnées par un décret du 2 septembre. Voici les modifications qui furent apportées au plan ci-dessus :
Une classe préparatoire fut ajoutée à la division élémentaire.
Le latin commence dans la classe de huitième.
La bifurcation est retardée d'une année : elle ne corn* mence qu'après la classe de troisième.
La classe de logique s'appelle aujourd'hui classe de philosophie.
Cette modification a été accompagnée de nouveaux programmes ofi&ciels. Dans ces nouveaux programmes, les différentes branches sont présentées dans un ordre plus rationnel et plus propre à se prêter un mutuel appui. M. Duruy a fort bien compris que les diverses branches de nos connaissances doivent être présentées à l'esprit dans un ordre naturel et non arbitraire. Un second mérite des programmes nouveaux fut leur tendance pratique, en particulier dans les sciences : l'application et Texpérimentation accompagnent partout, comme le demande une saine pédagogie, l'enseignement théorique. Enfin M. Dumy s'est élevé avec force contre l'enseignement qui se contente de remplir la mémoire des élèves de faits, au lieu qu'il devrait leur apprendre à réfléchir, à penser, et par là développer leurs facultés intellectuelles. Les circulaires de M. Duruy sont remplies des vues les plus saines sur les diverses parties de l'enseignement ^
Je ne pense pas que l'organisation de l'enseignement
. Voici, entre autres, de belles paroles sur renseignement histori* fue (Circulaire du 24 septembre 1863) : c Veillez, dit M. Duruy, veillet donc, monsieur le Recteur, avec la plus active sollicitude, comme j'y veillerai de mon côté, par l'inspection générale et par moi-même, à ce que ce cours soit une école de moralité, de respect et de modération : la vérité sur les choses; partout et en tout une haine vigoureuse pour le mal et pour ceux qui l'ont accompli sciemment, mais des égards pour ceux qui n'ont fait que de se tromper, et qui ont servi leur oays avec (le Terreur qu^nd ils croyaient le servir avec de la vérité.
» Respectons les hommes qui ont, avant nous, porté le poids du jottr« pour que nous soyons respectés â notre tour malgré nos fautes. •
486 HISTOmB DB LA PÉDAGOGIE.
dans les lycées en soit à sa dernière phase. Il restera encore des progrès à réali8er^ La France me parait aroîr heureusement combiné renseignement classique avec renseignement scientifique; l'enseignement est donné de plus dans un ordre logique ; mais ce qui pourra dcmner lieu encore à b en des essais^ c'est Torganisation psychologique de renseignement, c*e8t-à-dire son appropriation aux forces intellectuelles des élèves.
Un point important^ dans la réorganisation des lycées, était leur mise en harmonie avec les établissements supérieurs. Sous ce rapport on établit les règles soirantes :
Les élèves de la section es sciences peuvent entier dans l'école navale en sortaut de la classe de seconde.
L*examen de bachelier es sciences a lieu à la fia de Tannée de rhétorique (dans laquelle on a placé un cours abrégé de philosophie)» et les élèves peuvent passer dans l'école militaire de Saint-Gyr et dans Técole forestièm de Nancy.
L'année de philosophie est une année de révision pooc les élèves qui veulent entrer dans Técole polytechnique, ^u à Técole normale supérieure* L'année supplémentaire a encore le même but. Tous les lycées n'ont pas cette organisation complète.
A la suite de la réorganisation des lycées, Péeole nor« maie dut aussi modifier son programme. Elle comprit également une section littéraire et une section scientifique, comme les lycées, et les élèves sortants n^eurent plus la faculté de se faire agréger comme professeurs à l'une des principales branches d'enseignement; il n'y eut plus pour eui que deux agrégations, l'une pour hk lettres et l'autre pour les sciences. Les facultés durent réformer leur enseignement dans le même sens. Les spécialités ne furent donc plus étudiées comme auparavast^ls
1. Depuis que ces lignes ont été éoritas, le plan d'étades des IjoéM « été modiAé par on arrêté en date du 24 mars 1865.
PÉDAGOGIE FRANÇAMB. (f ^'j^jYlîB^
culture devaDt reyôtir un caractère pla8S(^3|gi2^ était avantageux pour le professorat. ^^:^-v J:^ ' ^^
En 1865, la France comptait 75 lycées avec 32,794 élèves et 245 collèges communaux (les 6 classes inférieures. du lycée) contenant 33,038 élèves. L'enseignement secondaire libre comptait 1,100 établissements dont 830 laïques et 123 petits séminaires.
A ce que je viens de dire sur la réforme des lycées, je crois devoir ajouter quelques détails intéressants sur leur légime alimentaire.
Du régime âHimeniêire dam les lycées.
Vn des actes importants de M. Fartoul a encore été Tarrêté du 1"^ septembre 1853, fixant le régime alimentaire des lycées.
Voici quelques passages du rapport de la Commission chargée « d'examiner au triple point de vue de la qualité, de la quantité et de la préparation, le régime alimentaire des trois lycées d'internes de la ville de Paris et de proposer au Ministre toutes les améliorations dont ce régime seiait susceptible et qui, tout en ajoutant au bien être des ^ives, pourraient se concilier avec une sage économie » :
« L'alimentation, dit le rapporteur, M. Bërard, tient une place importante parmi les modificateurs de la nature de Thomme. Si, ckez Tadulte, les effets d'une alimentation insuffisante peuvent être temporaires, comiDe leur catse, il n'en est plus de môme chez les enfants ; ceux-ci conservait toute leur vie les traces d'an développement imparfait. C'est que dans les premières années, l'aliment ne doit pas servir seulement à Ventretien, mais encore à V accroissement du corps. L'alimentation insuffisante est d'autant plus dangereuse, que, d'ordinaire, ses effets sont méconnus ; ce n'est pas précisément un état maladif qu'elle occasionne, mais le corps n'arrive pas aux proportions qu'une meilt ieure hygiène loi eôt permis d'atteindre; Ytntelligencê sera servie désormais par des organes débiles et peu capables de lui prêter leur concours. »
« On ne pourrait remplacer la viande, continue le savant rap-
488 ' t . HISTOIRE DE LA PÉDAGOGIE.
porteur, que par remploi d'une certaine quantité de substance! yëgëtaies et par Fusage excessif, et dès lors nuisible, des œufs, du laitage et de ses préparations. Il était donc important de rechercher si la viande entrait en proportion convenable dans tes repas des élèves des lycées.
» Des pesées faites avant les repas et à Timproviste, ont amené les résultats suivants : les élèves reçoivent, en moyenne : dans le petit collège (les plus jeunes élèves), 33 grammes de viande au dîner et autant au souper; dans le collège moyen, 45, et dans le grand, 55. Pour apprécier cette quantité, il faut considérer que la viande perd un quart de son poids par le désossement et un quart par la cuisson. Ce qui est mangé n'est donc que U moitié du poids de la viande brute et crue.
» Cette quantité de viande est-elle suffisante?
» Parmi les produits que l'économie (du corps) élimine incessamment, il en est un, Vurée, qui indique plus p'ïirticulièrement la proportion de matière azotée détruite par le mouvement de la vie et qui doit être renouvelée sous peine de dépérissement du corps. » Or, dans l'espace de douze jours, un homme de vingt ans élimine 334 grammes d*urée, et un enfant de huit ans, bien portant et bien nourri, en éliminera 170. « La proportion est comme 1 est à 2, et il s'agit d'enfants de huit ans seulement, comparés à des hommes de vingt ans. L'induction nous enseigne qu'il ne serait pas sans inconvénient de s'éloigner par trop de cette proportion dans la répartition de la viande aux élèves des lycées» puisque la viande contient la plus grande partie de l'azote des aliments qui leur sont affectés. »
De ces considérations scientifiques, le rapporteur rapproche le fait que les maîtres et les domestiques dans les lycées consomment une proportion beaucoup plus forte de viande; que les élèves de Técole normale reçoivent 220 à 230 grammes de viande cuite par jour, et ceux de rétablissement d'Alfort, qui peut être cité sous es rapport comme modèle, 250 grammes, soit 500 grammes de viande de boucherie (1 livre suisse); il conclut de là à rinsuffîsance des portions de viande données dans les lycées, et il propose de les remplacer par les suivantes, pour chacun des repas, où il n'est servi qu'un plat de viande t
pâdâgogie française. 489
Pour le grand collège, 65 grammes par tête et par repas. Pour le moyen collège, 55 grammes.
Pour le petit collège, 45 grammes.
Sous le rapport de l'apprêt des viandes, le rapport s'exprime ainsi :
« L'examen des menus nous a fa\t voir que le bœuf bouilli figurait jusqu'à cinq fois dans les dinars d'une seule semaine. Un même aliment, fût-il des plus savoureux et des plus réparateurs, entrant cinq fois sur sept dans la composition du dîner, finirait par être reçu avec répugnance. Il n'est pas vraisemblable que le bouilli jouisse de quelque privilège à cet égard. Cet aliment n'est pas tenu en grande faveur près des enfants en général et des lycéens en particulier, et nous sommes forcés de convenir que 33 à 35 grammes d'une viande peu sapide, épuisée en partie par la décoction dans l'eau, accompagnée de pommes de terre à la sauce, reconfortent médiocrement des enfants de neuf à douze ans. Mais, dira-t-on, le bœuf bouilli a pour compensation la soupe grasse, à la préparation de laquelle le bœuf a été employé. Nous allons bientôt nous expliquer sur la valeur de cette com* pensation que nous tenons pour insuffisante. La commission pense qu'il conviendrait de substituer, une ou deux fois par semaine, à la soupe grasse et au bouilli, un diner composé d'un potage maigre (il y en a de réparateurs, tels sont les potages à là purée, au riz, etc., etc. *) et de viande rôtie ou grillée. Cela serait certainement reçu avec plus de plaisir et plus profitablement digéré par les élèves. Le pot-au-feu resterait de fondation les dimanches, jeudis et mardis, puisque ces jours-là il est ajouté an second plat de viande au bouilli. La soupe grasse et le bouilli pourraient être admis une quatrième fois, mais jamais une cinquième, dans le courant d'une seule semaine.
9 J'ai dit que nous donnerions notre avis sur les bouillons des lycées. La saveur de ce bouillon n'est pas désagréable, mais il est très-faible. Il n'a point cette odeur réjouissante du bouillon de ménage ; et à peine voit^-on à sa surface quelques-unes de ces bulles arrondies qui indiquent la présence ^ matières
i. Voici encore quelques espèces : soupe au gruau» aux vermicelles» aux pommes de terre, à la farine; sou^e ou purée aux pois, aux len* tilles, aux raves.
490 HisTonus jm ul pédagogie.
grasses... Serait-il d'usage dans les lyoées d'enleTer la grosse pour la faire servir à la préparation des légumes?...
» Une dernière considération se rattache à Tapprèt des Tiasdes, et elle nous paraît très-importante. Sans rien perdre de sa gravité, la science peut formuler quelques règles sur la préparation du rôti. Ce n'est pas du rôti qui est servi sous ce nom dans les réfectoires des lycées. Dans le v^itable rôti, le r^i «uit à la broche et à l'air libre, l'action du feu a saisi la surface de la viande. Elle y a coagulé l'albumine et quelques sucs, de nière à y faire naître une sorte de croûte peu perméable liquides. C'est sous cette croûte que cuisent, sans y être décomposés, les sucs et les fibres de la chair« Une telle préparatioB est incomparablement plus sapide, plus digestible, plus tonique que €06 prétendus rôtis cuits dans un milieu plein de vapeur. GeUe notion est devenue vulgaire, et l'on sait que, |^ur attirer les clients, certains traiteurs des laubouigs n'ont ri^i imi^iaé de mieux que d'inscrire au-dessus de leur porte : « Ici, on rôtU à la broche. » Mais cette notion vient de recevoir une aj^Heatioa plus sérieuse et plus philanthropique. Dans cet hôpital des enfants, où les scrofules prenaient tant de victimes, on est parvena à borner les ravages du fléau par l'usage de la gymnastique et des broches.
» Le pain des lycées est do bonne qualité. Il est donné à discrétion aux élèves au dîner ei au souper.
Y La boisson nommée abondance était préparée avec 4/^ d'eau et 1/5 de vin. Aujourd'hui, l'eau n'y entre plus que peur les 3/4. Il est accordé trois litres de cette abondance aux élèves du grand collège pour une table de dix cpuverts, et deux aux élèves du moyen. Cette boisson nous a paru très-convenable.
» La Commission a assisté à la distribution de plusieurs dîners maigres. Elle a pu s'assurer que le poisson servi aux élèves était parfaitement frais. Les parts nous ont semblé parfois im peu faibles, plus souvent suffisantes ; mais le souper maigre est invariablement détestable. La pièce de résistance de ce repas est constituée tantôt par un macaroni, tantôt par un plat de haricots, tantôt par un plat d'oeufs (un œuf et demi par élève), tantôt par un plat de pommes de terre ^. A cela il est ajouté, ou des confia
t. En Suisse, on a un mets maigre nourrissant que les élèves préfèrent à de la viande : ce sont les noudleSy pâte à l'eau avec des œufs, coupée par petits morceaux, cuite dans l'eau et recouverte de beurre chaud*
VÈÙAGOQTR FRANÇAISE. 49t
tiuret, on une roannelade, ou da flan, etc. Ce souper, après un dîner maigre, est très-peu réparateur... Sous le rapport de Fhygiène, ce serait certainement une réforme importante que celle qui permettrait Tusage de la viande le samedi. Mais cette question peut être envisagée à un autre point de vue, et il n'appartient pas au médecin de s'y placer pour la résoudre.
» Enfin, Monsieur le Ministre, la Commission eût désiré que dans l'intervalle qui sépare le moment du lever de celui du dîner, les élèves pussent recevoir quelque chose de plus substantiel qu'an simple morceau de pain. Mais, sur ce point, nous n'avons pu parvenir à aucune solution satisfaisante. »
A la suite de ce rapport qui se termine par des propositions, M. le Ministre a pris l'arrêté suivant, en date du 1 "septembre 1853:
Article premier. — Le poids de la viande cuite, déisossée et parée, dôliyrée à chaque élève, est réglé ainsi qu'il suit :
Pour les grands, 70 grammes par tête et par repas;
Pour les moyens, 60. grammes;
Pour les petits, 50 grammes.
Lorsque le repas se compose de deux plats de viande, les deux plats réunis devront peser un tiers en sus du poids ci-dessus fixé.
Les parts des maîtres nourris dans l'établissement seront de 100 grammes par tête et par repas...
Art. 2. — Le repas du matin se composera, en hiver, d'une soupe ou d*un potage, et en été, d'une tasse de lait ou de quelques fruits avec une ration de pain convenable.
Le bœuf bouilli ne figurera dans le menu du dîner que trois fois par semaine au plus, et, ces jours là, les élèves SRiront un second plat de viande.
Lorsque le menu du dîner ne se composera que d'un plat de viande, cette viande sera rôtie ou grillée.
Les jours gras, un plat de viande sera toujours servi aoi souper.
Les jours maigres, aux légumes aqueux, aux confitures et fruits secs, etc., on substituera, comme second plat,
492 HISTOIRE DB LA PÉBâOOGIB.
des mets plus substantiels, consistant en poissons, orab, farineux, etc.
Art. 3. — Les maîtres nourris dans rétablissement sont servis en même temps que les élèves et dans le» mêmes salles.
Les agents et domestiques prennent leurs repas après les élèves, et autant que possible dans ime salie commune.
Tant que les élèves n'ont pas été servis, tout prélèvement à un titre quelconque sur les aliments préparés est formellement interdit.
Dans la circulaire (du 2 septembre) aux recteurs, accompagnant cet arrêté, M. le Ministre les invite à faire une démarche auprès de T autorité épiscopale pour obtenir la dispense de faire maigre le samedi, et il ajoute : « Il est une autre règle d'hygiène qui est trop souvent négligée dans les lycées Les écoliers mangent avec une précipitation nuisible. Des mets pris à la hâte surexcitent les or* ganes de la digestion et risquent de les énerver. Cette pratique est d'ailleurs contraire aux habitudes d'une bonne éducation. »
J*ai cru devoir m'étendre sur cette question du régime alimentaire, parce qu'elle est à mes yeux d'une grande importance en éducation. On devrait s'en occuper sérieusement dans tous les genres d'établissements. J'ai vu des orphelines mal nourries demeurer petites et faibles, et elles étaient destinées à devenir domestiques. Quand un enfant est sans fortune et qu'il doit gagner sa vie avec ses bras, ne faudrait il pas s'appliquer à lui assurer des forces et une bonne santé? Pourquoi le priver de ce fonds qm peut lui être assuré? En Suisse, les élèves de nos divers établissements sont mieux nourris que les lycéens &an< çais : ils ont trois repas par jour et ils reçoivent emcùte^ entre les repas, une ou deux fois du pain, quelqu^ois avec des fruits. Aussi sont-ils plus grands et plus forts. On sait qu'un grand nombre de recrues en France n'ont pas la taille voulue; en Suisse, ce cas est assez rare : cette
PÉDAGOGIE FRANÇAISB. 493
diUBience ne proTiendrait-elle pas, en bonne partie, de lanaarrîturef
liais ù les études et le régime alimentaire des lycées ont été l'objet d'mie sollicitude louable, on ne saurait donner les mêmes louanges à la partie éducative des lycées. Les élèves, au lieu d'y trouver une vie de famille avec des maîtres qui les suivent avec intérêt dans tous les détails de la vie, y sont soumis à un régime militaire, malheureusement peu éducatif. Des réformes radicales ûmrrcfût être opérées sur ce point si Ton veut que les lyoées portent les fruits que Ton est en droit d'attendre" 4» œs importantes institutions.
Enseignement supérieur.
L'enseignement supérieur n'a pas été Tobjet de réformes importantes sous le second empire. Nous ne nous y arrêterons donc pas.
Enseignement secondaire spécial {professionnel).
L'iarticle 6? de la loi du 15 mars 1850 prescrivait un enseignement professionnel devant être institué par le J£inistre de Tinstruction publique, M. Fortoul ne s'occupa que des études classiques (lettres et sciences) dans la réorganisation des lycées. M. Rouland, son successeur, nomma une commission en 1862 pour s'occuper de cette question, et en 1863-64, M. Duruy, qui lui succéda, organisa enfin ce nouvel enseignement, déjà introduit dans
' plusieurs collèges et lycées.
I « Le système que je propose, dit M. Duruy, est Ken simple : sur la base élargie et consolidée de l'enseignement primaire s'élèveront parallèlement les deux enseignements secoiadaires : l'un classique, pour les carrières
, dites libérales ; l'autre professionnel, pour les carrières de Kndustrie, du commeroê et de l'agriculture.
« Le nouvel «mseignement professionnel, qui aura uae iurée de i^atre années, et gardera les enfants de doose
à seize ans environ, comprendra les matières suivantes : Tinstniction religieuse, la langue et la littérature françaises, les langues vivantes, l'histoire (universelle) et la géographie, des notions élémentaires de morale privée et publique, de législation à Tusage des agriculteurs, des commerçants et des industriels, et d'économie industrielle et morale, la comptabilité, la tenue des livres, les mathématiques appliquées, la physique, la chimie et l'histoire naturelle avec leurs applications h l'agriculture et à rindustrie, le dessin linéaire, le desbin d'ornement et le dessin d'imitation, la gymnastique et le chant. >
Un programme d'études détaillé a^;compagne cette circulaire aux Recteurs (2 octobre 1863).
L'enseignement professionnel est au lycée, où il trouve un local, une administration et des professeurs. C'est là un avantage matériel considérable. Jl y a peut-être aussi un avantage à réunir dans le même établissement des jeunes gens destinés aux vocations les plus diverses. Il est probable, cependant, que l'enseignement professionnel se détachera du lycée, parce quêtant donné par les maîtres du lycée, en bonne pariie, il aura de la peine à se revêtir du caractère qui lui est propre. Cet enseignement sera, d'ailleurs, réclamé par des localités qui n'ont ni lycées, ni collèges. Quant au programme, il est sagement combiné, mais trop chargé pour des enfants de douze à seize ans. Ou il faudra étendre les études jusqu'à un âge plus avancé, ou décharger le programme. Comme cet enseignement en est à son début, il lui faudra quelques années pour s'organiser et s'approprier aux divers iesoins des populations. M. Duruy, par cet enseignement, a ouvert une des sources d'instruction populaire des plus fécondes et des plus utiles. L'organisation des études secondaires professionnelles est un événement dans le développement de l'instruction publique en France.
Une loi du 21 juin 1865 consacra et organisa définitivement renseignement secondaire spécial. Urre sage latitude fut accordée aux diverses localités pour varier»
PÉDAGOGIB FRANÇAISE. 49S
étendre ou restreindre, suivant les différents besoins, le programme des études. Dans les communes qui en firent la demande, les collèges purent être organisés en vue de cet enseignement.
Au r' mars, ainsi avant la promulgation de la loi, l'enseignement spécial était déjà organisé dans 70 lycées sur 75^ et dans 224 collèges sur 250.
Une grande école normale, dans laquelle on reçut, en particulier, les meilleurs élèves des écoles normales primaires (pour deux ou trois ans), fut chargée de préparer des maîtres pour l'enseignement spécial. Cette école a été ouverte en octobre 1866 dans le magnifique couvent des bénédictins de Gluny, pouvant contenir 500 élèves. La plupart des départements ont voté une ou deaz bourses de 800 fr. chacune, pour les élèves qui se rendent dans cet établissement.
Ecoles primaires.
L'école primaire fut également Tobjet de Tattentioa du régime impérial : il ouvrit des écoles nouvelles, améliora les locaux, éleva le traitement des instituteurs, encouragea la formation d'instituteurs par les écoles normales. Néanmoins Técole primaire ne fit pas les progrès qu'on pouvait désirer, parce que les fonds manquaient encore aux communes, et que la fréquentation laissait à désirer. Dans une circulaire aux préfets datée du 30 octobre 1854, M. Fortoul dépeiqt ainsi Tètat de la fréquentation dans certains départements :
c Malgré les constants efforts de l'administration supérieure, dit-il^ le nombre des enfants qui restent étrangers à tout enseignement est véritablement afCUgeant. On de-^ rrait trouver dans les écoles un dixième de la population totale^ Il y a cependant des départements où ies écoliers ne forment encore que le vingtième, le trentième, ou même
1 . Dans oertaîns cantons sniises la population dépassa le 1/S* ; 6A Prntse elle est de 1/7*.
le quarantième delà population. Ce n'est pas tout : sur le nombre des enfants qui remplissent les listes scolaires, beaucoup désertent les classes pendant cinq ou six mois. Ces enfants, après deux ou trois ans d'une fréquentation purement nominale des classes, sont à peu près ccmiplètement dépourvus de toute éducation intellectuelle et religieuse.
• Vous devez donc faire tous vos efforts, Monsiear le Préfet, pour qu'aucun de vos administrés ne demeure privé des bienfaits d'un enseignement sagement gradué et d'une éducation chrétienne : et je vous prie, dès à présent, d'ordonner les enquêtes nécessaires pour qull TOUS soit possible de me faire connaître exactement, dans chaque commune, les chiffres des enfants de six à treize ans qui sont étrangers à toute instruction. »
Quand on voit avec quelle facilité les populations acceptent la fréquentation obligatoire et s'y habituent, on ne comprend pas que dans un pays où le pouvoir est si fort, on puisse tant la redouter. Ce ne sont certes pas les populations qui réclameraient, ce sont les hommes instruits qui, en France, empêchent le pouvoir d'étendiu à tous les bienfaits de l'éducation. D'après la loi da 15 mars 1850, toute commune est tenue d'ouvrir ime ou plusieurs écoles publiques et de dispenser les indigents de toute rétribution scolaire. Quelle inconséquence I ouvrir partout des écoles publiques et ne pas contraindre les négligents d'en profiter I
Rendons sur ce point justice à M. le ministre Duruy ; il a voulu, en 1865, faire décréter renseignement obligatoire, mais la chambre législative a repoussé le prcget. Espérons que cette mesure n'est que renvoyée.
Qu'on me comprenne bien cependant ; en défendant le principe de l'obligation, je, n'entends nullement porter atteinte à la liberté d'enseignement. Je ne voudrais à aucun prix d'une obligation qui contraindrait d'envoyer les enfants dans les écoles publiques : une hberté entière, comme elle existe acluelliment en France, doit être ac-
PÉDAGOGIE FBANÇAI8E. 49?
cordée aux parents d'eavoyer leurs enfants où bon*leur semble^ de les faire instruire comme il leur plaira. Ce qae je combats, c'est le droit de retenir des mineurs dans l'ignorance. On peut exiger qu'on leur fasse donner une instruction convenable, comme ou exige qu'ils soient vêtus, logés et nourris. L'intérêt de la société et le bien de Ten* £ant rélament impérieusement cette mesure.
Jusqu'en 1867, les écoles publiques de filles n'étaient pas encore organisées et obligatoires en France. L'infatigable H. Duruy comprit que cette lacune ne pouvait subsister plus longtemps et la fit combler par la loi du 10 avrils dont voici la disposition fondamentale :
c Toute commune de 500 habitants et au-dessus est tenue d'avoir au moins une école publique de filles, si elle n'en est pas dispensée en vertu de l'article 15 de U loi du 15 mars 1850. o
Dans toute école mixte tenue par un instituteur, une femme est chargée de diriger les travaux à Taiguille des filles. Autant que possible le choix doit tomber sur la femme de Tinstituteur, si ce dernier est marié et a peu de famille. (Instruction à MM. les Préfets, du 12 mai.)
M. Duruy a aussi organisé l'enseignement secondaire des filles ; mais cet enseignement a rencontré dès Torigine une vive opposition de la part du clergé, qui redoutait l'esprit dans lequel il serait donné.
Ecoles normales.
Les écoles normales n'ont pas été soumises, sous le second empire, à une réorganisation nouvelle. Nous n% voulons donc pas nous y arrêter ici.
Des cours d'adultes.
Dès 1837 on commença à donner, le soir^ pendant l'hiver, des cours d'adultes, dans lesquels on enseignait
la lecture, Fécriture, le calcul et quelques autres branches encore. Ces cours étaient destinés à combler les lacunes de l'école primaire. M. Duruy encouragea beaucoup ces cours; des prix furent accordés aux élèves et aux maîtres. En 1864-65, 7,407 instituteurs et 437 institutrices donnèrent des leçons à 187,000 adultes. Outra rintérét intellectuel que présentaient ces cours > ils avaient encore une valeur morale, en ce qu'ils détournaient bien des jeunes gens du chemin du cabaret.
Des salles (Pasile.
L'article 57 de la loi du 15 mars 1850 annonçait l'organisation des salles d'asile. Un décret, datédu 1 6 mai 1854, plaça ces écoles sous la protection de Timpératrice^ et un second décret du même jour instituait un comité central de patronage, composé en grande partie de dames de la haute société. Enfin un décret du 21 mars 1855 organisa définitivement les salles d'asile. Un cours pratique avec pensionnat destiné à former des directrices et sousdirectrices de salles d'asile fut adjoint à la salle d'asile que dirigeait à Paris Mlle Pape-Garpentier,