E MOYEN AGE
des chevaliers, et ils devaient tout à la fois fortifier son corps, développer son courage et lui inspirer le désir de se signaler par de grands exploits. Entre seize et dix-huit ans, le page recevait une épée, et était élevé par un acte solennel au grade d’écuyer; il devait dès lors être formé spécialement pour le service militaire jusque vers l’âge de vingt-un ans, époque à laquelle on l’armait chevalier. En cette qualité, il faisait vœu d’aimer la vérité, de servir le droit et la justice, de protéger la religion et ses serviteurs, de secourir les opprimés, les veuves et les orphelins, de défendre l’honneur des nobles dames, et de combattre les ennemis de la chrétienté.
§ S. La Bourgeoisie.
La bourgeoisie, cet autre enfant du moyen âge, eut aussi sa part d’influence sur l’éducation. Les bourgeoisies naquirent de la nécessité pour les hommes libres, épars dans les pays de plaine, de se retirer derrière des murailles pour se défendre contre les bandes indisciplinées et dévastatrices qui ravageaient si souvent les diverses contrées de l’Europe. Elles ne tardèrent pas à reconnaître que leur vocation spéciale était le commerce, les arts et les métiers. La régularisation de leur activité fit naître les corps de métiers qu’on retrouve encore dans les villes allemandes, organisés en corporations distinctes. Ces corps de métiers, destinés à éviter la concurrence, avaient aussi pour but de favoriser l’apprentissage des professions, dans lesquelles on distinguait trois catégories de travailleurs : les apprentis, les ouvriers et les maîtres. Ils établissaient dans ce but de ville à ville et de pays à pays des liens de fraternité entre les artisans du même état, ce qui facilitait beaucoup les voyages aux ouvriers qui faisaient le tour de France, et mettait en commun et au profit de tous les expériences, les découvertes et les procédés nouveaux. Mais cette organisation ne favorisa pas seulement les métiers, elle fut aussi favorable aux vertus domestiques. Le
chef de la famille réunissait, soir et matin, enfants, apprentis et ouvriers pour la prière commune; il priait aussi à table. Les soins de la mère s’étendaient à tous. Les enfants étaient maintenus sous une discipline sévère; ils devaient mener une vie paisible et s'habituer à une obéissance absolue. La simplicité des mœurs, l’économie et l’activité régnaient partout, et ces trois vertus, qui caractérisaient la bourgeoisie, lui assurèrent une existence plus longue qu’à la chevalerie, dontles brillantes vertus étaient loin d’avoir la même solidité.
g 6. S. a Scolastique.
On entend par scolastique la science des écoles au moyen âge. Cette science ou philosophie scolaire prit naissance dans les écoles abbatiales et épiscopales, et elle atteignit l’apogée de son développement dans les universités, surtout dans celles de Paris et d’Oxford. Son caractère essentiel consistait à subordonner toute la science à la théologie, dont l’unique source était la Bible expliquée par les pères, les conciles, et le pape. Elle n’avait pas le droit d’examiner les vérités formulées par la théologie; elle ne devait que les coordonner en un système philosophique. De là l’adage : La philosophie est la servante de la théologie ( philosophia theologiæ ancilla).
Ce qui ne se rattachait pas au dogme était ou négligé, ou traité d’après les idées des anciens, surtout d’après Platon et Aristote. Les écrits de ce dernier acquirent peu à peu une autorité absolue. Ce philosophe avait fait du cœur le principe des nerfs : défense donc au cerveau de revendiquer cet honneur. Le sang, d’après la même autorité, n’osait ni voyager, ni circuler par le corps, comme cela s’enseigne aujourd’hui. Le téméraire qui avait la hardiesse de sortir du cercle tracé par la théologie et Aristote, était aussitôt dénoncé et puni. On sait que, pour pouvoir sortir de prison, Galilée dut rendre le repos à la terre, qu’il avait imprudemment fait tourner. Mais si le