‹ Histoire universelle de la pedagogie renfermant les systemes d'education et les methodes d'enseignement des temps anciens et modernesChapitre 68 sur 101 · Les Etats-Unis en 1861, page · texte numérisé non relu

Les Etats-Unis en 1861, page

2. Macaulay. Discours prononcé en 1847 dans la Chambre des communes.

entre autres dans le Maine, le tiers du produit des impôts lui est affecté. C’est avec un plaisir mêlé de fierté que le citoyen prélève sur ses revenus les sommes que la société lui demande pour un si noble ouvrage. Quand un nouvel Etat se forme dans l’Ouest, chaque commune affecte à ses écoles de vastes territoires qui augmentent de valeur à mesure que le pays se peuple; ils arrivent quelquefois à constituer une propriété foncière énorme. Les particuliers, à leur tour, s’efforcent de dépasser la munificence de l’Etat. Partout, à côté des écoles publiques, vous en voyez d’autres fondées par la libéralité privée. Ici, c’est M. Putnam qui donne 380,000 fr. pour construire une académie à Newburyport ; là, ce sont quelques citoyens qui réunissent entre eux une somme de 425,000 fr. pour construire une magnifique académie à Norwich. Là encore, c’est un négociant de New-York qui, en 1860, en pleine crise commerciale, donnait 2 millions pour construire un splendide collège de jeunes filles, près de Poughkeepsie, sur les bords de l’Hudson.

» La place que les instituteurs et les institutrices primaires occupent dans la société est le plus sûr indice de l’importance qu’on attache à l’enseignement. On considère leur vocation comme un ministère non moins auguste et non moins efficace que celui du pasteur. Dans la Nouvelle-Angleterre, les premières familles du pays poussent leurs filles dans cette carrière. Vous trouverez, dans la société la plus choisie de Boston, des dames qui ont débuté par la direction d’une école de village. Vous reconnaissez, aux contours précis de leur pensée, qu’ elles ont été appelées à tout expliquer devant de jeunes enfants. On pense généralement que deux ou trois années de ce genre de labeur sont un stage excellent pour la future mère de famille... Les prédicateurs les plus célèbres et les écrivains les plus renommés tiennent à honneur d’écrire- des ouvrages pour les enfants. Les journaux hebdomadaires leur consacrent leurs colonnes les mieux remplies. Les feuilles spéciales destinées à ce même public ont une cir-

eulation énorme. Le Cliild’s Paper , ce magasin de reniante, commencé à Boston il n’y a que quatre ans (1857), a déjà 300,000 lecteurs (en 1861), et les journaux de même genre se comptent par centaines. »

Pour faire de l’école un établissement réellement national et démocratique, on l’a rendue gratuite, confortable et, dans plusieurs Etats, obligatoire. Enfin on en a écarté l’enseignement religieux. La gratuité de l'enseignement ouvre la porte de lecoie au pauvre comme au riche. En rendant l’école confortable, en en faisant un temple pour la jeunesse, où chaque enfant peut être commodément assis à un pupitre particulier, on retient ensemble les diverses classes : les riches n’ont plus besoin de fonder des écoles pour les enfants des classes supérieures. L’obligation , là où elle existe , prévient le vagabondage des enfants et assure à tous le degré d’enseignement nécessaire pour fournir une carrière utile et honorable. Enfin, en écartant l’enseignement religieux, on a voulu prévenir le fractionnement de l’école par les diverses sectes qui peuplent l’Amérique. Comme on le voit, tous ces principes, pris ensemble, ont pour but de maintenir l’unité dans l’école, de lui conserver un caractère national et démocratique, et de former cet esprit public qui caractérise le citoyen américain.

Considérés à part, ces divers principes prêtent tous à la critique. Envisagés dans leur ensemble, on les trouve si bien combinés, qu’on admire le génie national qui les a mis à la base de l’école. Pour en bien saisir 1 esprit et pouvoir les juger équitablement, nous devons rapprocher ici l'école publique de l’école du dimanche.

La lecture de la Bible, sans explication, et l’oraison dominicale sont, à cause de la susceptibilité des diverses églises, les seuls exercices religieux admis dans 1 école publique ; l’enseignement religieux se donne dans un établissement particulier, l’école du dimanche, qui est le complément nécessaire de l’école publique. « Les Etats- Unis, dit Fisch, ne pourraient pas subsister sous leur formé

actuelle sans les écoles du dimanche. Les 3 millions d’élèves quelles renferment et leurs 400,000 moniteurs et monitrices forment une véritable armée... parfaitement organisée. Tous les moniteurs de chaque ville se réunissent chaque année en assemblée générale, et il y a de plus une convention nationale également annuelle, qui se tient successivement dans les divers Etats de l’ Union. (Test un immense rendez-vous, où Ton discute les plus graves questions qui puissent occuper un peuple, puisqu’il s’agit de son avenir moral et religieux.

» Quant on bâtit une église, on construit en même temps le leclure-room ( chambre de lecture , où se font les pratiques religieuses de la semaine) et la salle de l’école du dimanche, qui est ordinairement très-vaste et munie de bancs circulaires pour les divers groupes. L’école de Lee-Avenue, à Brooklyn, peut recevoir 1,500 enfants, et elle est formée de six compartiments divers, séparés par des vitrages qu’on peut écarter à volonté. Toute l’élite des églises sollicite comme une faveur de pouvoir servir l’enfance en qualité de moniteurs et de monitrices... Tel troupeau compte dans son sein jusqu’à deux ou trois cents moniteurs. Comme il n’y a pas de catéchuménat en Amérique, c’est l’école du dimanche qui est chargée de l’instruction religieuse dans tous ses degrés. Aussi son enseignement est-il très-approfondi. Après qu’on a passé les divers groupes, on entre dans la classe biblique, où Ton voit souvent des hommes à cheveux gris qui viennent y faire leur instruction religieuse.

» Les enfants aiment l’école du dimanche avec passion. Leurs yeux brillent dès qu’on leur on parle. Ce qui les électrise le plus, ce sont les chants, à la fois poétiques et simples, qui s’entremêlent sans cesse aux enseignements. J’ai assité, à Brooklyn1, à la fête annuelle des écoles du dimanche. Une procession de 28,000 enfants avec des milliers de bannières et une centaine de musiques militaires,

Vis-à-vis de New-York, sur Long-lsland,

défilait dans les rues pour se rendre au parc qui domine cette vaste cité. A côté des plus pauvres enfants des faubourgs marchaient des moniteurs et monitrices appartenant aux premiers rangs de la société, et qui paraissaient enchantés de servir d’officiers à cette troupe joyeuse. C’était à la fin de mai... Chaque enfant portait un drapeau national aux trente-quatre étoiles, et des cocardes à profusion. Les fanfares alternaient avec les cantiques. Les cloches des 150 églises de Brooklyn sonnaient à toute volée. La population de la ville était entassée dans les rues, aux fenêtres et jusque sur les toits.

» Heureux le pays où les fêtes évangéliques de l’enfance sont celles du peuple entier l »

L’Ecole primaire.

Jusqu’au commencement de ce siècle, l’école primaire s’est bornée au strict nécessaire ; mais, dans les derniers temps, elle a pris un développement considérable sous l’influence de deux pédagogues distingués, Horace Mann et Henry Barnard : le premier, secrétaire du conseil d’éducation à Boston ; le second, surintendant des écoles communales de Connecticut et directeur de l’Ecole normale fondée en 1850. Avant de procéder aux grandes réformes qu'il méditait pour le Massachusetts, Mann fit un voyage en Europe et étudia en particulier les écoles de la Prusse. Le rapport qu’il publia, en 1846, sur son voyage, est un travail pédagogique du plus haut intérêt. Barnard fut, pour le Connecticut et Rhode-Island, ce que Mann a été pour le Massachussetts. Jamais homme n’a autant travaillé pour les écoles. Son School architecture1 est un livre classique qui a transformé l’architecture et l'ameublement scolaires. Arrêtons-nous d’abord sur cette partie matérielle de l’école primaire.

Les maisons d’écoles construites dans les dernières années sont, pour la plupart, de magnifiques bâtiments, de

i. New-York, 1854, prix 20 fp.

vrais temples de l’enfance, avec cours pour les récréations, antichambres pour déposer les vêtements, appareils pour se laver, chambres spacieuses, bien éclairées, bien chauffées et bien aérées. La ventilation, en rapport avec les calorifères destinés au chauffage des chambres, s’effectue au moyen d'un système de tuyaux, qui introduisent dans les chambres, par le bas, l'air du dehors, et reçoivent, par le haut, l’air vicié pour le conduire hors du bâtiment. Voici comment Horace Mann parle de nos maisons d’écoles : « Si l’on en excepte les splendides établissements privés de la France et de l’Angleterre, j’ai à peine rencontré en Europe une seule maison d’école que l’on puisse placer à côté de nos maisons de second rang. Et les premiers sont, dans leur arrangement, bien en arrière des nôtres. En Ecosse et en Angleterre, les écoles pour les classes pauvres sont remplies d'une manière incroyable. J'ai vu plus de 400 enfants dans deux chambres de 30 pieds sur 20, et dans une école lancastrienne, 1 ,000 enfants dans la même salle. En Prusse et dans d’autres Etats allemands, les écoles sont très-ordinaires. Leipzig fait, sous ce rapport, une louable exception. Les grandes maisons d’écoles, en Europe, ont cependant une distribution précieuse : elles sont divisées en plusieurs salles, et chaque classe a sa salle particulière, eu sorte que les classes ne se distraient pas l’une l’autre. Mais les salles sont petites à tous égards, excepté pour la distance entre le siège de l’enfant et le plancher. J’ai rarement vu un petit enfant assis pouvoir toucher le plancher avec ses pieds. Je n’ai pas vu non plus, dans toute l’Allemagne, dans une école publique, des écoliers ayant leur pupitre particulier. J’ai trouvé, en Hollande, des écoles chauffées et aérées d’après les principes de l’art, mais pas en Allemagne. J'ai rencontré partout une ignorance étonnante des règles hygiéniques relatives à la respiration de l’air. L’atînosphère des salles est souvent insupportable. Dans les .ours les plus chauds, il n’y a souvent qu’une fenêtre ouverte dans une salle regorgeant d’enfants. Quand on

ouvre la porte pour entrer et sortir, on ferme la fenêtre. Les poêles se chauffent la plupart du dehors, en sorte que l’air ne peut pas se renouveler par le courant qui s'établit lorsqu'on les chauffe du dedans. Quand je demandais comment on aérait les classes, on me répondait généralement : « En ouvrant les portes et les fenêtres. »

Mann attribue la mollesse du caractère allemand aux chambres mal aérées et à l’habitude de dormir entre deux gros lits de plumes.

L’ameublement scolaire n’est pas moins soignéen Amérique que les maisons d’écoles. Chaque enfant (ou deux ensemble) a son pupitre verni, qui reluit comme une glace et sa petite chaise (ordinairement munie d’accoudoirs), sur laquelle il est commodément assis. Les pieds du pupitre et de la chaise sont ordinairement en fer. Quatre couloirs se croisent autour de l’écolier et l’isolent de tous côtés. Par cet arrangement, il se sent chez lui, sa posture est plus libre et plus saine, et il est moins exposé aux distractions. Les maîtres ont d’élégants secrétaires. Les salles sont en outre richement pourvues de tableaux noirs, de cartes, de globes, de pendules, de thermomètres, etc. On trouve aussi en Amérique toutes sortes de machines et appareils à l’usage des écoles, pour l’enseignement de la mécanique, de la physique, etc.

L’Amérique n’a pas eu jusqu’à présent de corps enseignant, comme l’Allemagne, la France ou la Suisse. Le nombre des instituteurs qui ont reçu une culture spéciale est relativement encore peu nombreux. Plusieurs n’ont reçu que l'instruction primaire D’autres sont des collégiens qui passent quelques mois dans l’école pour gagner de quoi continuer leurs études. La plupart sont des jeunes gens pour lesquels l’école n’est qu’un moyen pour se préparer à une profession plus lucrative. Les vieux instituteurs sont des hommes que la nécessité a ramenés dans l’école, ne pouvant plus exercer une autre fonction. Les certificats de capacité n’ont de valeur que ^ our une année, et les nominations ne se font que pour le terme de six

al.

mois ou d’un an. Il y a ainsi un changement continuel d’instituteurs. Les traitements varient beaucoup. Dans le Massachussetts, un instituteur reçoit, en moyenne, 175 fr. par mois, une institutrice, 70; dans Rhode-lsland, la moyenne pour un instituteur est de 125 fr., pour une institutrice, de 75 fr. Dans la Pensylvanie, l’instituteur perçoit 85 fr., l’institutrice, 50; Yermont paye à l’instituteur 70 fr., à l’institutrice 22 en moyenne. La plupart des institutrices sont des jeunes filles qui cherchent une occupation lucrative avant le mariage. On les emploie ordinairement en été. Dans les villes, il y en a qui fonctionnent toute l’année.

Ce tableau des instituteurs et des institutrices ne répond guère, nous semble-t-il, au rôle que joue l’école primaire en Amérique. Mais n’oublions pas, dans notre appréciation, que le Yankee est actif, ingénieux, entreprenant, qu’il a les aptitudes les plus variées. Nous devons aussi ajouter qu’on travaille activemen t à perfectionner le corps enseignant et que celui-ci s’améliore d’année en année. Des journaux scolaires, des conférences, des cours de répétition, familiarisent tout le corps enseignant avec la tenue de l’école et les méthodes d’enseignement. Enfin des écoles normales de plus en plus nombreuses travaillent à former partout des instituteurs instruits et capables. La première a été ouverte dans le Massachussetts en 1839.

Les écoles normales américaines ne forment pas d’internats et sont mixtes pour la plupart. L'âge d’entrée est seize ans pour les filles et dix-sept ans pour les garçons. Les élèves du sexe féminin sont en plus grand nombre que ceux de l’autre sexe. La durée des cours est de deux ans, mais on peut sortir de l'établissement au bout d’une année.

Dans l’école d’Albanv, on enseigne :

1° Classe subjuniors, (on ne demeure que six mois dans une classe) : lecture, épellation, écriture, géographie, arithmétique, grammaire, histoire, algèbre élémentaire.

2* Juniors : arithmétique, géographie et confection de cai'tes, écriture, épellation, histoire, grammaire, algèbre élémentaire.

3° Subseniors : épellation, tenue des livres, grammaire (répétition), arithmétique (répétition), géométrie, lois constitutionnelles, dessin, algèbre élémentaire (répétition), physique, perspective, géographie mathématique et usage des globes.

4° Seniors ; algèbre, trigonométrie, arpentage, rhétorique, logique, composition, physiologie, astronomie, chimie, chimie agricole, morale, pédagogie, chant. — Les filles suivent les mêmes cours que les garçons, à l’exception de l’arithmétique supérieure, de la trigonométrie, de l’astronomie et de l'arpentage.

Voilà certes un programme assez chargé. D’après notre conviction, il le serait beaucoup trop.

A chaque école normale est jointe une école modèle pour des exercices pratiques.

Dans les campagnes, l’école primaire est généralement mixte et renferme des élèves de tout âge, depuis trois jusqu’à vingt ans1. Voici, à peu près, comment elle est tenue. D’un côté sont les filles, de l’autre les garçons, séparés par un couloir. Chaque écolier étudie sa leçon à sa place, sauf les plus petits, qui sont souvent inoccupés. A un signal donné, la première classe vient s’asseoir pour la lecture sur un banc placé devant le pupitre du maître. Chacun lit à son tour, ordinairement sans que rien soit expliqué. La lecture achevée (au bout d’un quart d’heure), la seconde classe arrive, puis la troisième, etc. — On passe ensuite à la géographie , que l’on expédie de la même manière. Chaque enfant a son atlas avec un texte explicatif. — U histoire de la pairie s’apprend par le même procédé dans un livre particulier. — Le calcul de télé et pat écrit vient ensuite ; les élèves se servent de l’ardoise, du

1. L’école est ouverte à tous jusqu’à 21 ans. Habituellement cependant, les filles la quittent à 15 ans et les garçous à 16 ani.

tableau noir et de livres de problèmes. Ces branches sont pour le malin. Après midi, on commence par l 'épellation, espèce d’exercice à' orthographe. L’enfant décompose et recompose le mot que le maître lui indique. Cet exercice est exigé par les difficultés que présente l’orthographe anglaise. Les méthodes de lecture sont difficiles et encore en retai’d. — Après l’orthographe, on passe à l’écriture ; les grands écrivent dans des cahiers qui ont un modèle lithographié au haut de la page; les petits écrivent sur l’ardoise, d’après un modèle écrit au tableau noir.

Dans les villes, l’école primaire comprend ordinairement trois degrés : l'école primaire proprement dite (école élémentaire), pour des enfants de quatre à huit ans : cette école est mixte; l'école de grammaire , mixte ou avec sexes séparés, pour des enfants de huit à quatorze ans; et les écoles supérieures , espèces de collèges scientifiques ou littéraires. Entre l’école primaire et l'école de grammaire, on trouve quelquefois l'école intermédiaire , qui est comme une classe supérieure de la première.

Dans l’école primaire (Primary School) , on enseigne l'alphabet, la prononciation, Y épellation, les chiffres , le calcul de tête, la lecture et les travaux à l’aiguille pour les filles. L’enseignement oral et des exercices au tableau noir remplissent une partie du temps.

Dans l'école de grammaire (Grammar School), diversement organisée, on enseigne la lecture, la grammaire, la géographie, l’histoire, l’écriture, le dessin, le calcul, l’algèbre, l’histoire naturelle.

Dans l’école supérieure (High School), quelquefois aussi fréquentée par des filles, on enseigne : les mathématiques, les sciences naturelles, avec application aux arts et aux sciences, la grammaire, la rhétorique, la littérature, la philosophie morale, la physique, 1 histoire politique, le français. Dans la section littéraire, le latin et le grec, la composition et la déclamation, et une partie des autres branches désignées plus haut.

Enfin on trouve encore dans les villes des écoles du soir

(Evening Sohools), pour jeunes gens et jeunes filles et pour les hommes de couleur. Elles sont tenues par les instituteurs ordinaires, qui reçoivent une paye particulière.

La ville de Providence (50,000 hab.) comptait, il y a quelques années, 23écoles avec 12maîtres, 86 institutrices et 6353 élèves.

L'école américaine, outre son caractère national et les principes qui la constituent comme telle et que nous avons examinés en commençant, a des traits particuliers qui méritent de fixer notre attention.

Ce que nous avons dit des maisons d’école, des systèmes de ventilation qui y sont adaptés, des pupitres et chaises commodes pour les enfants, nous montre que les Américains accordent une attention particulière h l’éducation physique. Toute l’architecture et tout l’ameublement scolaires sont calculés en vue de la santé des enfants. Ajoutons qu’il règne dans les écoles une propreté irréprochable, et que dans un grand nombre decoles on a introduit des exercices qui amusent les enfants tout en développant leurs forces corporelles. « J’ai visité à New-York une école de 1400 enfants, dit M. Fisch. Au moment où j’arrivai, ils étaient rangés en colonnes à tous les abords de la grande salle. Au coup de 9 heures, une des maîtresses s'assied au piano, instrument qui joue un grand rôle dans l’enseignement public, et elle exécute une des plus belles marches de Beethoven. A l’instant, toutes ces colonnes s’élancent en sautant et elles accomplissent les mouvements les plus gracieux, ce sont des chaînes vivantes qui s’entrelacent, se nouent, se dénouent, avec une précision vraiment merveilleuse. Bientôt une cloison mobile s’écarte comîne par enchantement, et l’on aperçoit au lointain un amphithéâtre sur lequel des centaines de petits enfants répètent les mêmes évolutions. 11 y a dans ce spectacle quelque chose de fantastique. Indépendamment du plaisir qu’il procure à l’esprit, il charme le regard, comme le ferait un beau paysage ou un beau tableau. Ces exercices combinent les avantages de la danse et de la gymnastique. Ils

sont calculés pour fortifier les muscles, surtout ceux de la poitrine, et ils donnent de plus à tout le corps de la légèreté, de la souplesse et de la grâce. »

La culture intellectuelle est, comme en Angleterre, moins avancée que dans les écoles allemandes et suisses; au moins elle se donne d’une autre manière et dans d’autres conditions. L’école, grâce aux pupitres séparés, est un chez-soi pour l'enfant, et il y va plus encore pour étudier et pour faire ses tâches que pour y être instruit par le maître. Les écoles élémentaires, cela va sans dire, ne sauraient beaucoup s’éloigner des nôtres pour le mode d’instruction; mais plus l’enseignement s’élève, plus le manuel remplace le maître, plus l’élève est abandonné à luimême pour ses études. Les manuels, comme cela doit être dans un tel système, sont détaillés, clairs et pratiques, et remplacent avec avantage le bavardage et le pathos des pédants. Ils n’empêchent pas, cela va sans dire, que dans les récitations un maître instruit et intelligent ne puisse donner mainte explication et ajouter des développements propres à former l’intelligence et le cœur des élèves. Quoi qu il en soit ce système rend l’élève moins dépendant du maître et fait un appel constant à l’activité propre et spontanée de l’individu. La volonté ne peut que se fortifier dans un tel système, et c’est à lui peut-être, autant qu à la nature, que la race anglaise doit l’énergie, la persévérance, comme aussi l'esprit, d’indépendance et le caractère entreprenant et inventif qui la caractérise.

Le mélange des sexes dans les écoles américaines est encore un fait qui mérite d’être relevé. Les écoles séparées, dit M. Fisch, ne seront bientôt plus que l’exception; dans la Nouvelle-Angleterre, elles ont presque entièrement disparu... Si vous demandez aux instituteurs quels sont les résultats de ce système, ils vous diront qu’ils n’y ont découvert que des avantages. L’instruction s’en trouve aussi bien que la moralité. L’émulation est beaucoup plus vive, le contact journalier opère un échange de bonnes influences et neutralise les mauvaises. Les jeunes filles y

gagnent autant pour la volonté que les jeunes garçons pour le cœur ; les premières en obtiennent ce respect de leur sexe qui provient sans doute de l’état général des mœurs, mais qui a ses premières racines dans l’école; les seconds y acquièrent cette délicatesse et cotte mesure auxquelles le contact de la femme est si favorable. Ces enfants s’habituent dès le plus bas âge à vivre et à grandir ensemble, etquandilsontseize ou vingtans, leurs relations restent aussi simples et aussi naturelles que lorsqu’ils se trouvèrent pour la première fois sur les mômes bancs. » Le respect de la femme est poussé si loin en Amérique, qu une demoiselle peut traverser toute l'Union en chemin de fer sans entendre une parole malséante. On ferait descendre à la première station celui qui s’aviserait de lui manquer de respect. Ceci explique pourquoi on trouve tant d’institutrices dans les écoles, même dans les établissements supérieurs. » Chez le pasteur qui me donnait l’hospitalité à Westûeld, dit l’auteur que nous venons de citer, demeurait une jeune demoiselle de dix-neuf ans qui était professeur de mathématiques à l’académie. La jeune maîtresse avait dans son auditoire des hommes à longue barbe auxquels elle expliquait un problème de hautes mathématiques avec une simplicité et une grâce parfaites. Etrange peuple que ces Américains !

L’école publique trouve son couronnement dans les bibliothèques populaires pour la jeunesse, pour les instituteurs et pour les familles. En 1850, on comptait déjà 10,640 bibliothèques avec 3.611,765 volumes. A côté des bibliothèques on trouve presque partout des cours publics, très-fréquentés et qui répandent l’instruction dans tous les domaines et dans toutes les classes. Ces institutions portent ordinairement le nom de lycées. En 1838, le Massachussets en comptait déjà 137 avec 32,698 auditeurs. L’Américain aime la vie publique, et le journalisme vient s’ajouter à tous ces moyens d’instruction. Il n’y a pas de famille qui n’ait son journal politique quotidien et, à côté, un journal religieux, des revues, etc. — Four les jeu-

histoire de la pédagogie.

nés gens il y a aussi diverses sociétés. Près de la moitié d’entre eux font partie des sociétés dites de tempérance; ils s’abstiennent de vin, de bière et de tabac. Ceux qui n’en font pas partie se croient également obligés d’être tempérants. Cet état de chose a commencé il y a quarante ans, alors qu’on n’osait plus recevoir un ami sans lui offrir une bouteille et que l’Union était compromise par l’abus des boissons.

Etablissements supérieurs ou scientifiques.

On appelle Académies des établissements libres, la plupart mixtes, diversement organisés et en général parallèles aux écoles supérieures des villes. Il y en a des centaines dans les Etats-Unis. On trouve dans leurs divers programmes les branches suivantes :

Mathématiques. — Algèbre, physique, astronomie, géométrie, arpentage, trigonométrie, électricité et magnétisme, logarithmes, hydrostatique, mécanique, optique, géométrie analytique, navigation, sections coniques, calcul différentiel et intégral, art de l’ingénieur, technologie, perspective, géométrie descriptive.

Langues. — Le latin et le grec (aussi pour les demoiselles), avec antiquités grecques et romaines et la mythologie; l’hébreu (dans quatre académies seulement); le français, l’allemand, l’italien, l’espagnol.

Histoire naturelle. — La chimie, la chimie agricole, la physique, la minéralogie, la géologie, la botanique, la zoologie, la physiologie, l’anatomie.

Philosophie et autres branches. — L’histoire universelle, la psychologie, la rhétorique, la logique, la morale, l’histoire nationale, les lois constitutionnelles, l’histoire de l’Eglise, les preuves du christianisme, la théologie naturelle, l’économie politique, la pédagogie, la phrénologie (dans deux), la phonographie, la peinture, la musique, le chant, la gymnastique (dans une), la danse (dans une), la broderie (dans deux).

Collèges.

Le collège est l’établissement scientifique des Américains. Il se compose du bâtiment universitaire, souvent appelé chapelle, parce qu’il est surmonté d’une tour, aveccloche, et qu’il renferme une chapelle pour le culte. Des deux côtés de la chapelle s’élèvent ordinairement deux autres bâtiments, où les étudiants ont leurs chambres et leur pension. Quand le collège est situé sur une élévation, il a une apparence grandiose. L’Union compte 121 collèges. Le collège correspond à nos lycées ou gymnases supérieurs. La durée des cours est de quatre ans. Il n'y a que trois leçons par jour, de 6 à 7, de 1 1 à 12, de 5 à 6 heures. Les études classiques sont faibles, les autres bonnes.

Du collège, l’étudiant, après un stage chez un homme de la partie, peut entrer directement dans la jurisprudence, la carrière pastorale ou la médecine. Les anciens élèves, revenus au collège pour y subir un examen, reçoivent les degrés de maître ès-arts, ou de docteur en théologie, eu médecine, en droit, sans avoir fait d'études dans une université.

Quelques collèges ont des classes préparatoires, comme aussi des facultés de droit, de médecine, de théologie. Quand les facultés sont séparées du collège, elles portent le nom d’écoles de droit, de théologie, de médecine. Les cours durent deux ou trois ans. Le collège Harvard, à Cambridge (Massachussets) a pris les proportions d’une véri table université, avec quatre facultés : théologie, droit, médecine, sciences et arts (polytechnicum).

Institution Smithson (Smithsonian Institution).

Cette institution, fondée à Washington par les Etats- Unis avec la fortune de l’Anglais Smithson, a pour but d’encourager toute espèce de recherches scientifiques ; elle accorde des récompenses aux hommes de talent, dont les écrits font connaître de nouvelles découvertes et inven-

lions ; elle fait faire des recherches scientifiques sous la direction d'hommes distingués; elle publie des rapports sur les diverses recherches de la science, rapports qui sont envoyés à tous les établissements scientifiques du monde et aux savants distingués. L’Europe a déjà reçu des centaines de subsides, envoyés soit à des particuliers, soit à des sociétés savantes, pour les encourager et les soutenir dans leurs recherches. — Les riches collections (bibliothèques, musées, etc.) de cette institution ont été incendiées en 1865.

Etablissements de bienfaisance.

Les établissements de bienfaisance pour l'enfance sont très-nombreux aux Etats-Unis : on y trouve un grand nombre d orphelinats, d asiles pour enfants vicieux, crétins, aveugles et sourds-muets.

Il n’est pas nécessaire, en terminant ce chapitre sur la pédagogie américaine, de faire remarquer sa parenté avec la pédagogie anglaise : c’est le même courant, la même physionomie, et, pour nous habitants de l'Europe continentale, la même originalité. Ce qui la distingue provient essentiellement des institutions politiques et religieuses du nouveau monde.

La pédagogie des races anglaises, nos lecteurs l’auront éprouvé, a bien des côtés séduisants, et certes nous ferons bien de la suivre attentivement et de lui faire des emprunts. L’Allemagne peut mieux nous apprendre comment on développe l’intelligence sur les bancs de l’école mais non comment, on forme des volontés énergiques des caractères fermes et indépendants. Il ne faut cependant pas oublier, dans une question comme celle-ci, que tout ce qui convient à un peuple ne convient pas à un autre peuple. Un grand développement de la volonté chez une race ardente, aurait peut-être des dangers qu’il n’a pas chez une race plus froide. Pour réussir au sein d’un peuple et y porter de bons fruits, la pédagogie, en règle générale, doit y être mise en harmonie avec le carac-

tère national, les mœurs et les institutions. C'est ce qui a lieu d’une manière frappante aux Etats-Unis : nulle part l’école n'est si intimement unie à toute la vie sociale, et c’est sans doute pourquoi elle y est si populaire et y déploie, à la faveur de la liberté, une activité si extraordinaire.

g 5. Caractéristique de la pédagogie anglaise.

Nous terminerons celte étude sur la pédagogie anglaise par l’indication de ses traits caractéristiques, afin qu’ils nous servent de points de comparaison avec les idées, les principes, les systèmes et les tendances que nous avons encore à étudier. Rien n’est plus propre que les comparaisons pour nous faire faire d'utiles réflexions, pour éclairer notre jugement et étendre notre horizon. C’est en comparant les faits qu’on arrive aux idées générales qui les dominent et qu’on découvre les hautes leçons qu’ils renferment.

Je trouve dans la pédagogie anglaise les traits caractéristiques suivants :

1. L’éducation anglaise est dominée essentiellement par la famille. Nulle part la vie domestique n’est aussi développée, aussi intime et aussi heureuse.

2. Les enfants sont placés sous une discipline à la fois sévère et bienveillante. Celui qui commet une faute réellement grave, qui ment, qui jure, qui vole, est châtié avec la verge1 ; mais hors ces cas-là, il est élevé dans une liberté et traité avec des ménagements que nous trouverions excessifs sur le continent. De là, probablement, sa précocité pour les affaires pratiques de la vie. On en fait de bonne heure (trop tôt peut-être), un homme, un personnage.

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