‹ Histoire universelle de la pedagogie renfermant les systemes d'education et les methodes d'enseignement des temps anciens et modernesChapitre 85 sur 101 · La Restauration · texte numérisé non relu

La Restauration

La première Restauration (du 5 avril 1814 au 20 mars 1815) ne changea rien au régime universitaire. L’ordonnance du 17 février 1815, à la vérité, renfermait des modifications profondes ; mais Napoléon était de retour de l’île d’Elbe avant qu’elle entrât en vigueur, et l’ancien ordre de choses fut maintenu.

La seconde Restauration se montra moins hostile au régime universitaire. L’ordonnance royale du 15 août 1815 se contenta de transporter à une commission de l’instruction publique toute l'autorité que les décrets avaient attribuée au grand-maître et au Conseil de l’Université. Au reste, elle conserva l'organisation antérieure. Dans sa première circulaire aux recteurs, en date du 28 août, la commission annonce quelle conservera <r tout ce qui est bien, tout ce qui est utile, tout ce qui est honorable. # Mais elle annonçait des mesures rigoureuses envers les fonctionnaires dont la conduite était répréhensible; les élèves insubordonnés devaient être renvoyés sur-le-champ. « Cependant, ajoute la circulaire, ces moyens extérieurs ne rétabliront qu’un ordre extérieur. La bonne discipline et les bonnes mœurs ont besoin de garanties plus sûres. C’est dans la conscience* c’est dans le sentiment profond du devoir qu'il faut les placer : l’éducation, pour être morale, doit être religieuse. » Les membres de la commission étaieut : Royer-Collard, président, G. Cuvier, le baron Silvestre de Sacy, l’abbé Freyssinous, Guéneau de Mussy. Dans une circulaire,, datée du 10 mars 1816, et

adressée aux comités cantonaux de l’académie de Paris, il est dit que le « principal office des comités est de veiller à ce que l’ordre et les mœurs soient scrupuleusement observés dans les écoles; que l’instruction soit fondée sur le respect pour la religion et les lois et sur l'amour dû au souverain légitime... » Plus loin, la circulaire dit quë les comités doivent tenir la main à ce que tous les enfants reçoivent l’instruction primaire. Les enfants hors d’état de payer devaient l’obtenir gratuitement. Les mêmes pensées reviennent dans une circulaire aux recteurs (15 mars). « Ce qui importe, dit la circulaire, c’est que les membres des comités cantonaux soient des hommes dévoués au roi, zélés pour le bien, sachant apprécier l’importance de l’instruction morale et religieuse. » Quant aux écoles, la circulaire ajoute : « Amélioration des locaux, amélioration du sort des maîtres, meilleur choix de ces maîtres, meilleur choix des méthodes et des livres élémentaires, augmentation du nombre des élèves qui reçoivent l'instruction. « Une ordonnance royale du 29 février mettait une somme annuelle de 50,000 fr. (un peu plus d’un centime par enfant) à la disposition de la commission d'instruction publique, pour l’amélioration des méthodes, des écoles et pour des récompenses à accorder aux maîtres qui se distingueraient. Il n’y avait pas là, on le comprend, de quoi faire faire de grands progrès à l’école primaire.

Une ordonnance du 1er juin 1822 rétablit la charge de grand-maître de l'Université, charge qui fut confiée à M. de Freyssinous, qui cumula bientôt ce titre avec ceux d’évêque d’Hermopolis (in partibus) et de ministre secrétaire d’Etat des affaires ecclésiastiques et de l’instruction publique. Voici quelques passages de sa circulaire (17 juin) aux recteurs, pour leur annoncer sa nomination : « En appelant à la tête de l’éducation publique un homme revêtu d’un caractère sacré, Sa Majesté fait assez connaître à la France entière, combien elle désire que la jeunesse de son royaume soit élevée dans des sentiments religieux

et monarchiques... Celui qui aurait le malheur de vivre sans religion ou de ne pas être dévoué à la famille régnante devrait bien sentir qu’il lui manque quelque chose pour être un digne instituteur de la jeunesse. 11 est à plaindre, même il est coupable; mais combien ne serait-il pas plus coupable encore s’il avait la faiblesse de ne pas garder pour lui seul ses mauvaises opinions. . . Le vrai français ne sépare jamais l’amour de son roi de l’amour de sa patrie, ni l’obéissance aux magistrats de l’attachement aux lois et aux institutions que le roi a données à son peuple. » — Aux archevêques et aux évêques il écrivait (12 juillet). « Mon désir le plus sincère est de voir régner toujours l’accord le plus parfait entre le sacerdoce et l’Université, et de resserrer de plus en plus les liens qui doivent unir au clergé, dépositaire des doctrines divines, le corps chargé de l’enseignement des sciences humaines... L’éducation est une chose plus morale encore et religieuse que littéraire et scientifique. »

Le 6 septembre (1822), l’école normale, dénoncée comme un foyer d'insubordination et de prétentions ambitieuses, fut supprimée, et M. de Freyssinous se donna quelque peine pour organiser dans les lycées, des écoles préparatoires ou écoles normales partielles , destinées à remplacer l’école normale. Une somme de 6,000 fr., puis de 2,000 fut affectée à ce genre d’établissements; mais les écoles préparatoires ne prospérèrent pas et en 1826 on rétablit l’école normale, qu’on annexa au collège Louis-le-Grand , sous le nom plus modeste d’école préparatoire. Un des premiers actes du gouvernement de juillet fut de rendre à cette école son ancien nom.

Les autres établissements scientifiques et littéraires ne furent pas modifiés.

Un des actes de Freyssinous fut encore de rappeler les jésuites dans les écoles et dans les églises.

En 1828, M. de Vatimesnil, jurisconsulte, succéda à M. de Freyssinous dans la direction de l’instruction publique. « La religion et la morale, dit-il dans la circu-

laire (5 février 1828) où il annonce sa nomination aux recteurs, sont les premières bases de toute bonne éducation ; » et il ajoute ces paroles significatives : « Il importe que cette vérité soit constamment présente à 1 esprit es hommes chargés de l’instruction publique; il importe aussi que dans la conduite envers ceux de leurs éleves qui professent une religion différente de la leur, ils n oublient jamais ce que prescrivent la charte, les lois u royaume et les statuts universitaires, relativement à a îberté de conscience et à l’autorité paternelle. » M. de Vatimesnil avait, en fait d'instruction, des vues plus étendues que son prédécesseur : il introduisit 1 enseignement es langues vivantes dans les collèges, améliora le sort es professeurs, montra de la sollicitude pour les instituteurs primaires, qui, lors de sa retraite eu 1829, lui offrirent une médaille d’honneur. Cette môme année, on éleva a 100,000 fr. la subvention en faveur de l’instruction primaire et l’année suivante à 300,000 fr. — Apres la retraite de M. de Vatimesnil, plusieurs ministres se succédèrent a la direction de l’instruction publique. Le dernier fut e due dd* Broglie.

Dans les derniers temps de la Restauration, le célèbre Cuvier remplit les fonctions de grand-maître à légaid des écoles protestantes.

Comme on vient de l’entendre, la Restauration, en matière d’instruction, s’appliquait à consolider 1 alliance du prince légitime avec le sacerdoce. Sa devise était : Dieu, et le roi. Les circulaires du grand-maître sont remplies d’aspirations religieuses et légitimistes et elles contrastent fortement, par leur tendance éducative, avec le ton administratif et militaire de celles de M. de Fontanes. Mais le principe était trop étroit, trop peu libéral, et les moyens employés trop mesquins, pour pousser la France dans la voie du progrès. Ceci est surtout vrai de l’enseignement primaire. A la fin de la Restauration, sur 37,000 communes que compte la France, il n’y en avait pas 10,000 qui eussent des maisons d’école. Dans les autres, on te-

liait l'école où l’on pouvait, dans une grange, dans une écurie, dans une cave, au fond d’un corps de garde, dans une salle de danse, souvent dans la pièce qui contenait le ménage de l’instituteur et qui servait à sa famille de cuisine et de chambre à coucher1. Un grand nombre de communes n’avaient aucune espèce d’école. Et combien d’enfants ne la fréquentaient pas, là même où il y en avait une. C’était cependant le temps où les établissements de Pestalozzi à Yverdon, du Père Girard à Fribourg, de Fellenberg à Hofwyl, de Naville à Genève, brillaient dans tout leur éclat et attiraient l’attention du monde entier. C’était le temps où l’Allemagne, accueillant avec enthousiasme les idées de Pestalozzi, déployait une activité extraordinaire pour renouveler les études et donner à l’instruction primaire les développements les plus étendus. Pourquoi la France ne s’associait-elle pas à ce mouvement? Je viens de le dire : le principe de la légitimité était trop étroit, trop exclusif. C’est bien ainsi qu’en jugeait Naville lors qu’il écrivait son beau livre sur l’éducation publique : « Quand je commençai ce mémoire, ditil, j’étais tristement affecté. Je comprenais que le gouvernement (français), absorbé par les intérêts de sa politique, était peu disposé à concourir au perfectionnement intellectuel et moral de la population; que peut-être il entrait dans ses vues secrètes de l’entraver plutôt que de le favoriser. Dès lors, tout a changé. Une révolution sans exemple a renversé une dynastie que des préjugés enracinés et des souvenirs douloureux portaient à s’opposer à la marche de la civilisation 2. »

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