‹ Histoire universelle de la pedagogie renfermant les systemes d'education et les methodes d'enseignement des temps anciens et modernesChapitre 89 sur 101 · Circulaire (aux préfets) du 16 janvier · texte numérisé non relu

Circulaire (aux préfets) du 16 janvier

» gatives qui découlaient pour elle de ce droit fondamen- » tal, mais sa constitution tout entière, la compétence de ?> sa magistrature supérieure, la juridiction de ses conseils » inférieurs, l’orthodoxie de ses maîtres, la moralité de » leur enseignement, de leurs ouvrages et de leur vie pu- » blique et privée 1 . »

La loi du 15 mars 1850 vint mettre un terme à cette polémique, en proclamant la liberté d’enseignement, et en plaçant l’Université sous la direction immédiale du ministre de l’instruction publique. Le 22 août, une seconde loi acheva la transformation commencée, en ordonnant la radiation des rentes de l’Université et la réunion de ses domaines au domaine de l'Etat, pour être administrés comme propriétés publiques. Ce jour-là, l’abolition du régime de 1806 fut consommée.

Le ministre de l’instruction publique, chargé aujourd’hui de la direction de l’Université, transformée en une fonction de l’Etat, est assisté d’un Conseil impérial composé comme suit, en vertu de la loi du 9 mars 1852, qui a modifié celle du 15 mars 1850 :

De trois membres du Sénat,

De trois membres du conseil d’Etat,

De cinq archevêques ou évêques,

De trois ministres des cultes non catholiques,

De trois membres de la cour de cassation,

De cinq membres de l'Institut,

De huit inspecteurs généraux,

De deux membres de l’enseignement libre.

Les membres du Conseil impérial sont nommés pour un an.

Les Conseils académiques doivent être composés d’une manière analogue. La France a été divisée en 17 académies, savoir : Paris, Aix, Besançon, Bordeaux, Caen, Chambéry, Clermont, Dijon, Douai, Grenoble, Lyon, Mont-

1. Budget de l’instruction publique depuis la fondation de l' Université, page 15.

pellier, Nancy, Poitiers, Rennes, Strasbourg, Toulouse.

La loi du 15 mars 1850 amena subitement en France la création d’un grand nombre d’établissements privés, laïques et ecclésiastiques dans lesquels se pressa bientôt une nombreuse jeunesse; en même temps le nombre des élèves dans les collèges et les lycées de l’Etat diminua rapidement. Un bon nombre de collèges durent être supprimés. On vit par là que les établissements de l’Etat ne jouissaient pas à un degré suffisant de la confiance publique. Pour soutenir la concurrence avec les établissements privés, des réformes étaient nécessaires. M Fortoul fut chargé de les opérer. Dans son long et substantiel rapport à l’Empereur, en date du 19 septembre 1853, nous voyons que ce qui faisait tort aux établissements de l’Etat dans 1 opinion, c’était d’une part des maîtres imbus de mauvaises doctrines ou peu propres à exercer une bonne influence sur les élèves, et de l’autre le mauvais état de l’instruction, dans les lycées en particulier. Il fallait donc remédier à ce double mal.

La loi du 9 mars 1852 est essentiellement destinée à remettre l’ordre dans l’administration et dans le corps enseignant. L’Empereur nomme le Conseil impérial, les professeurs du haut enseignement et des facultés, le Ministre, par délégation de l’Empereur, nomme les autorités académiques, les professeurs des établissements qui dé-, pendent de son ministère, et des écoles secondaires, et le Recteur, par délégation du Ministre, les autorités scolaires primaires et les instituteurs primaires; de plus, le Ministre a le droit de prononcer directement et sans recours contre les membres de renseignement secondaire public ; la réprimande devant le Conseil académique, la censure devant le Conseil supérieur, la mutation, la suspension avec ou sans privation totale ou partielle du traitement, et la révocation. 11 peut prononcer les mêmes peines contre les membres de renseignement supérieur à 1 exception de la révocation qui est prononcée par le chef de l’Etat.

Cette forte discipline est bien propre à maintenir l’ordre dans le corps enseignant; mais il faut que l’Etat se garde soigneusement d’en abuser, autrement elle pourrait développer un servilisme qui nuirait à son caractère.

Jusqu’en 1852, les lycées français étaient exclusivement littéraires; mais à côté des lettres, on enseignait diverses branches, réclamées par la marche de la civilisation. Ce! état de choses présentait deux graves inconvénients : d’un côté il surchargeait outre mesure les programmes d’enseignement, au grand détriment de la culture des élèves, et de l’autre, il préparait mal les jeunes gens pour les carrières scientifiques et techniques. Des débats graves et approfondis s’engagèrent au sein du Conseil supérieur sur cette importante question. « L’enseignement de l’Université, dit M. Fortoul dans son rapport à l’Empereur, avait pour principe de développer, non pas les aptitudes particulières des individus, mais les facultés générales de t espèce; de façonner, non pas des instruments divers pour les diverses fonctions de la Société ou de l’Etat, mais un certain type universel d’élégante culture. C’était sans doute se proposer un but élevé; mais l’éducation instituée sur ce plan, en visant à être générale, pouvait courir le risq -e d’étre vague et stérile. D’une part, les jeunes gens qu’ellt* formait trouvant, à leur entrée dans le monde, au lieu de cette image unique et idéale sur laquelle on les avait modelés, une diversité infinie de besoins qu’ils ignoraient et de carrières qu'on ne leur avait pas même fait entrevoir, répugnaient aux professions qu’il leur fallait embrasser; et, au lieu de servir la Société, trop souvent ils méditaient de la façonner à l’image de leurs rêves chimériques. » Il s’agissait donc, tout en conservant cette culture classique, dont la France s’est honorée de tout temps, de donner satisfaction aux aptitudes particulières des individus et de les préparer pour les divers besoins de la Société. Pour atteindre ce but, le lycée fut organisé comme suit :

t<> Une division élémentaire

classe de huitième, classe de septième.

1 classe de sixième, clause de cinquième, classe de quatrième.

3<> Une division supérieure

classe de troisième, classe de seconde, classe de rhétorique classe de logique.

4® Une classe de mathématiques spèciales a été ajoutée pour les élèves qui, en rentrant de la classe de logique, no sont pas suffisamment préparés pour faire l’examen du baccalauréat ès-sciences.

Il fut décidé que l’enseignement serait pour tous les élèves le même dans les deux divisions inférieures, le latin commençant en septième et le grec en sixième ; et que la division supérieure comprendrait deux sections, une section des lettres et une section des sciences, mais que la moitié des cours seraient communs aux deux sections et que ces cours garderaient la prééminence dans les études : ce sont le français, le latin, l’histoire, la géographie, l’allemand ou l’anglais et la logique.

L'enseignement particulier donné à la section des lettres devait comprendre : l’étude approfondie des langues latine et grecque et de la logique, et des notions scientifiques appropriées aux élèves de la section littéraire.

L’enseignement particulier à la section des sciences devait renfermer : l’arithmétique, l’algèbre, la géométrie et ses applications, la trigonométrie rectiligne, la cosmographie, la physique, la mécanique, la chimie, l’histoire naturelle, les éléments de la logique, le dessin linéaire et d’application.

Le grec, appris dans les classes de septième, sixième et cinquième, et abandonné ensuite, devait suffire pour les étymologies et les nomenclatures employées dans les sciences et les arts.

Cette organisation, accompagnée de programmes trèsdétaillés, dura jusqu’en 1863. Les expériences faites pendant dix ans réclamaient quelques modifications qui

furent ordonnées par un décret du 2 septembre. Voici les modifications qui furent apportées au plan ci-dessus :

Une classe préparatoire fut ajoutée à la division élémentaire.

Le latin commence dans la classe de huitième.

La bifurcation est retardée d’une année : elle ne commence qu’après la classe de troisième.

La classe de logique s’appelle aujourd’hui classe de philosophie.

Cette modification a été accompagnée de nouveaux programmes officiels. Dans ces nouveaux programmes, les différentes branches sont présentées dans un ordre plus rationnel et plus propre à se prêter un mutuel appui. M. Duruy a fort bien compris que les diverses branches de nos connaissances doivent être présentées à l’esprit dans un ordre naturel et non arbitraire. Un second mérite des programmes nouveaux est leur tendance pratique, en particulier dans les sciences : l’application et l’expérimentation accompagnent partout, comme le demande une saine pédagogie, l’enseignement théorique. Enfin M. Duruy s’est élevé avec force contre l’enseignement qui se contente de remplir la mémoire des élèves de faits, au lieu qu’il devrait leur apprendre à réfléchir, à penser, et par là développer leurs facultés intellectuelles. Les circulaires de M. Duruy sont remplies des vues les plus saines sur les diverses parties de l’enseignement1.

Je ne pense pas que l’organisation de l’enseignement

. Voici, entre autres, de belles paroles sur l’enseignement historique (Circulaire du 24 septembre 1863) : «Veillez, dit M. Duruy, veillez donc, monsieur le Recteur, avec la plus active sollicitude, comme j’y veillerai de mon côté, par l’inspection générale et par moi-même, à ce que ce cours soit une école de moralité, de respect et de modération : la vérité sur les choses; partout et en tout une haine vigoureuse pour le mal et pour ceux qui l’ont accompli sciemment, mais des égards pour ceux qui n’ont fait que de se tromper, et qui ont servi leur pays avec de l’erreur quand ils croyaient le servir avec de la vérité.

» Respectons les hommes qui ont, avant nous, porté le poids du jour, pour que nous soyons respectés à notre tour malgré nos fautes. »

dans les lycées en soit à sa dernière phase. Il restera encore des progrès à réaliser1. La France me parait avoir supérieurement combiné l’enseignement classique avec renseignement scientifique; l’enseignement est donné de plus dans un ordre logique ; mais ce qui pourra donner lieu encore à bien des essais, c’est l’organisation psychologique de l’enseignement, c’est-à-dire son appropriation aux forces intellectuelles des élèves.

Un point important, dans la réorganisation des lycées, était leur mise en harmonie avec les établissements supérieurs. Sous ce rapport on a établi les règles suivantes :

Les élèves de la section ès-sciences peuvent entrer dans l’école navale en sortant de la classe de seconde.

L’examen de bachelier ès-sciences a lieu à la fin de l’année de rhétorique (dans laquelle on a placé un cours abrégé de philosophie), et les élèves peuvent passer dans l’école militaire de Saint-Cyr et dans l’école forestière de Nancy.

L’année de philosophie est une année de révision pour les élèves qui veulent entrer dans l’école polytechnique, ou à l’école normale supérieure. L’année supplémentaire a encore le même but. Tous les lycées n’ont pas cette organisation complète.

A la suite de la réorganisation des lycées, l’école normale a dù aussi modifier son programme. Elle comprend également une section littéraire et une section scientifique, comme les lycées, et les élèves qui en sortent n’ont plus la faculté de se faire agréger comme professeurs à l’une des principales branches d’enseignement ; il n’y a plus aujourd’hui que deux agrégations, l’une pour les lettres et l’autre pour les sciences. Les facultés ont dû réformer leur enseignement dans le même sens. Les spécialités ne sont donc plus étudiées comme ci-devant, la

1. Depuis que ces lignes ont été écrites, le plan d’études des lycées a été modifié par un arrêté en date du 24 mars 1865,

culture doit revêtir un caractère plus général, ce qui est fort avantageux pour le professorat.

Eu 1865, la France comptait 75 lycées avec 32,794 élèves et 245 collèges communaux (les 6 classes inférieures du lycée) contenant 33,038 élèves. L’enseignement secondaire libre comptait 1,100 établissements dont 830 laïques et 123 petits séminaires.

A ce que je viens de dire sur la réforme des lycées, je crois devoir ajouter quelques détails intéressants sur leur régime alimentaire.

Du régime alimentaire dans les lycées.

Un des actes importants de M. Fortoul a encore été l’arrêté du 1er septembre 1853, fixant le régime alimentaire des lycées.

Voici quelques passages du rapport de la Commission chargée « d’examiner au triple point de vue de la qualité, de la quantité et de la préparation, le régime alimentaire des trois lycées d’internes de la ville de Paris et de proposer au Ministre toutes les améliorations dont ce régime serait susceptible et qui, tout en ajoutant au bien être des élèves, pourraient se concilier avec une sage économie » :

« L’alimentation, dit le rapporteur, M. Bérard, tient une place importante parmi les modificateurs de la nature de l’homme. Si, chez l’adulte, les effets d’une alimentation insuffisante peuvent être temporaires, comme leur cause, il n’en est plus de même chez les enfants; ceux-ci conservent toute leur vie les traces d’un développement imparfait. C’est que dans les premières années, l’aliment ne doit pas servir seulement à f entretien, mais encore à l'accroissement du corps. L’alimentation insuffisante est d’autant plus dangereuso, que, d’ordinaire, ses effets sont méconnus ; ce n’est pas précisément un état maladif qu’elle occasionne, mais le corps n’arrive pas aux proportions qu’une meilleure hygiène lui eût permis d’atteindre; Y intelligence sera servie désormais par des organes débiles et peu capables de lui prêter leur concours. »

« On ne pourrait remplacer la viande, continue le savant rap-

porteur, que par l'emploi d'une certaine quantité de substances végétales et par l’usage excessif, et dès lors nuisible, des œufs, du laitage et de ses préparations. Il était donc important de rechercher si la viande entrait en proportion convenable dans les repas des élèves des lycées.

» Des pesées faites avant les repas et à l’improviste, ont amené les résultats suivants : les élèves reçoivent, en moyenne : dans le petit collège (les plus jeunes élèves), 33 grammes de viande au dîner et autant au souper; dans le collège moyen, 45, et dans le grand, 55. Pour apprécier cette quantité, il faut considérer que la viande perd un quart de son poids par le désossement et un quart par la cuisson. Ce qui est mangé n’est donc que la moitié du poids de la viande brute et crue.

» Cette quantité de viande est-elle suffisante?

» Parmi les produits que l’économie (du corps) élimine incessamment, il en est un, l'urée, qui indique plus particulièrement la proportion de matière azotée détruite par le mouvement de la vie et qui doit être renouvelée sous peine de dépérissement du corps. » Or, dans l’espace de douze jours, un homme de vingt ans élimine 334 grammes d'urée, et un enfant de huit ans, bien portant et bien nourri, en éliminera 170. « La proportion est comme 1 est à 2, et il s’agit d’enfants de huit ans seulement, comparés à des hommes de vingt ans. L’induction nous enseigne qu’il ne serait pas sans inconvénient de s’éloigner par trop de cette proportion dans la répartition de la viande aux élèves des lycées, puisque la viande contient la plus grande partie de l’azote des aliments qui leur sont affectés. »

De ces considérations scientifiques, le rapporteur rapproche le fait que les maîtres et les domestiques dans les lycées consomment une proportion beaucoup plus forte de viande; que les élèves de l’école normale reçoivent 220 à 230 grammes de viande cuite par jour, et ceux de l’établissement d’Alfort, qui peut être cité sous ce rapport comme modèle, 250 grammes, soit 500 grammes de viande de boucherie (i livre suisse); il conclut de là à l’insuffisance des portions de viande données dans les lycées, et il propose de les remplacer par les suivantes, pour chacun des repas, où il n’est servi qu’un plat de viande t

Pour le grand college, 65 grammes par tête et par repas.

Pour le moyen collège, 55 grammes.

Pour le petit collège, 45 grammes.

Sous le rapport de l’apprêt des viandes, le rapport s’exprime ainsi :

« L’examen des menus nous a fait voir que le bœuf bouilli figurait jusqu’à cinq fois dans les dîners d’une seule semaine. Un mémo aliment, fût-il des plus savoureux et des plus réparateurs, entrant cinq fois sur sept dans la composition du dîner, finirait par être reçu avec répugnance. Il n’est pas vraisemblable que le bouilli jouisse de quelque privilège à cet égard. Cet aliment n’est -pas tonu en grande faveur près des enfants en général et des lycéens en particulier, et nous sommes forcés de convenir que 33 à 3o grammes d’une viande peu sapide, épuisée en partie par la décoction dans l’eau, accompagnée de pommes de terre à la sauce, réconfortent médiocrement des enfants de neuf à douze ans. Mais, dira-t-on, le bœuf bouilli a pour compensation la soupe grasse, à la préparation de laquelle le bœuf a été employé. Nous allons bientôt nous expliquer sur la valeur de cette compensation que nous tenons pour insuffisante. La commission pense qu’il conviendrait de substituer, une ou deux fois par semaine, à la soupe grasse et au bouilli, un dîner composé d’un potage maigre (il y en a de réparateurs, tels sont les potages à la purée, au riz, etc., etc. 1 } et do viande rôtie ou grillée. Cela serait certainement reçu avec plus de plaisir et plus profitablement digéré par les élèves. Le pot-au-feu resterait de fondation les dimanches, jeudis et mardis, puisque ces jours-là il est ajouté un second plat do viande au bouilli. La soupe grasse et le bouilli pourraient être admis une quatrième fois, mais jamais une cinquième, dans le courant d’une seule semaine.

«■J’ai dit que nous .donnerions notre avis sur les bouillons dos lycées. La saveur du ce bouillon n’est pas désagréable, mais il est très-faible. II n’a point celte odeur réjouissante du bouillon de ménage; et à peine voit-on à sa surface quelques-unes do ces bulles arrondies qui indiquent la présence de matières

1. Voici encore quelques espèces : soupe au gruau, aux vermicelles, aux pommes de terre, à la farine; soupe ou purée aux pois, aux lentilles, aux raves.

grasses... Serait-il d’usage dans les lycées d’enlever la graisse pour la faire servir à la préparation des légumes?...

» Une dernière considération se rattache à l’apprêt des viandes, et elle nous parait très-importante. Sans rien perdre de sa gravité, la science peut formuler quelques règles sur la préparation du rôti. Ce n'est pas du rôti qui est servi sous ce nom dans les réfectoires des lycées. Dans le véritable rôti, le rôti cuit à- la broche et à l’air libre, l'action du feu a saisi la surface de la viande. Elle y a coagulé l’albumine et quelques sucs, de manière à y faire naître une sorte de croûte peu perméable aux liquides. C’est sous cette croûte que cuisent, sans y être décomposés, les sucs et les fibres de la chair. Une telle préparation est incomparablement plus sapide, plus digestible, plus tonique que ces prétendus rôtis cuits dans un milieu plein de vapeur. Cette notion est devenue vulgaire, et l’on sait que, pour attirer les clients, certains traiteurs des faubourgs n’ont rien imaginé de mieux que d’inscrire au-dessus de leur porte : « Ici, on rôtit à la broche. » Mais cette notion vient de recevoir une application plus sérieuse et plus philanthropique. Dans cet hôpital des enfants, où les scrofules prenaient tant de victimes, on est parvenu à borner les ravages du fléau par l’usage do la gymnastique et des broches.

» Le pain des lycées est do bonne qualité. Il est donné à discrétion aux élèves au diner et au souper.

» La boisson nommée abondance était préparée avec 4/5 d’eau et 1/5 de vin. Aujourd'hui, l’eau n’y entre plus que pour les 3/4. Il est accordé trois litres de cette abondance aux élèves du grand collège pour une table de dix couverts, et deux aux élèves du moyen. Cette boisson nous a paru très-convenable.

» La Commission a assisté à la distribution de plusieurs dîners maigres. Elle a pu s’assurer que le poisson servi aux élèves était parfaitement frais. Les parts nous ont semblé parfois un peu faibles, plus souvent suffisantes; mais le souper maigre est invariablement détestable. La pièce de résistance do ce repas est constituée tantôt par un macaroni, tantôt par un plat de haricots, tantôt par un plat d’œufs (un œuf et demi par élève), tantôt par un plat de pommes de terre '. A cela il est ajouté, ou des confi-

1. En Suisse, on a un mets maigre nourrissant que les élèves préfèrent à de la viande : ce sont les noudles, pâte à l’eau avec des œufs, coupée par petits morceaux, cuite dans l’eau et recouverte de beurre chaud.

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tures, ou une marmelade, ou du flan, etc. Ce souper, après un dîner maigre, est très-peu réparateur... Sous le rapport de l’hygiène, co serait certainement une réforme importante que celle qui permettrait l’usage de la viande le samedi. Mais cette question peut être envisagée à un autre point de vue, et il n’appar- . tient pas au médecin de s’y placer pour la résoudre.

» Enfin, Monsieur le Ministre, la Commission eût désiré que dans l’intervalle qui sépare le moment du lever de celui du dîner, les élèves pussent recevoir quelque chose de plus substantiel /ju'un simple morceau de pain. Mais, sur ce point, nous n’avons pu parvenir à aucune solution satisfaisante. »

A la suite de ce rapport qui se termine par des propositions, M. le Ministre a pris l’arrêté suivant, en date du 1er septembre 1853 :

Article premier. — Le poids de la viande cuite, dé- Isossée et parée, délivrée à chaque élève, est réglé ainsi qu’il suit :

Pour les grands, 70 grammes par tête et par repas;

Pour les moyens, 60 grammes;

Pour les petits, 50 grammes.

Lorsque le repas se compose de deux plats de viande, les deux plats réunis devront peser un tiers eu sus du poids ci-dessus fixé.

Les parts des maîtres nourris dans l’établissement se- . ront de 100 grammes par tête et par repas...

Art. 2. — Le repas du matin se composera, en hiver, d’une soupe ou d’un potage, et en été, d’une tasse de lait ou de quelques fruits avec une ration de pain convenable.

Le bœuf bouilli ne figurera dans le menu du dîner que trois fois par semaine au plus, et, ces jours là, les élèves auront un second plat de viande.

Lorsque le menu du dîner ne se composera que d’un plat de viande, cette viande sera rôtie ou grillée.

Les jours gras, un plat de viande sera toujours servi au souper.

Les jours maigres, aux légumes aqueux, aux confitures et fruits secs, etc., on substituera, comme second plat,

des mets plus substantiels, consistant en poissons, œufs, farineux, etc.

Art. 3. — Les maîtres nourris dans l’établissement sont servis en même temps que les élèves ét dans les mêmes salles.

Les agents et domestiques prennent leurs repas après les élèves, et autant que possible dans une salle commune.

Tant que les élèves n’ont pas été servis, tout prélèvement à un titre quelconque sur les aliments préparés est formellement interdit.

Dans la circulaire (du 2 septembre) aux recteurs, accompagnant cet arrêté, M. le Ministre les invite à faire une démarche auprès de l’autorité épiscopale pour obtenir la dispense de faire maigre le samedi, et il ajoute : « Il est une autre règle d’hygiène qui est trop souvent négligée dans les lycées. Les écoliers mangent avec une précipitation nuisible. Des mets pris à la hâte surexcitent les organes de la digestion et risquent de les énerver. Cette pratique est d’ailleurs contraire aux habitudes d’une bonne éducation. »

J’ai cru devoir m’étendre sur cette question du régime alimentaire, parce qu’elle est à mes yeux d’une grande importance en éducation. On devrait s’en occuper sérieusement dans tous les genres d’établissements. J’ai vu des orphelines mal nourries demeurer petites et faibles, et elles étaient destinées à devenir domestiques. Quand un enfant est sans fortune et qu’il doit gagner sa vie avec ses bras, ne faudrait-il pas s’appliquer à lui assurer des forces et une bonne santé? Pourquoi le priver de ce fonds qui peut lui être assuré? En Suisse, les élèves de nos divers établissements sont mieux nourris que les lycéens français : ils ont trois repas par jour et ils reçoivent encore, entre les repas, une ou deux fois du pain, quelquefois avec des fruits. Aussi sont-ils plus grands et plus forts. On sait qu’un grand nombre de recrues en France n’ont pas la taille voulue; en Suisse, ce cas est assez rare : cette

différence ne proviendrait-elle pas, en bonne partie, de la nourriture ?

Mais si les études et le régime alimentaire des lycées ont été l'objet d’une sollicitude louable, on ne saurait donner les mêmes louanges à la partie éducative des lycées. Les élèves, au lieu d’y trouver une vie de famille avec des maîtres qui les suivent avec intérêt dans tous les détails de la vie, y sont soumis à un régime militaire, malheureusement peu éducatif. Des réformes radicales devront être opérées sur ce point si l’on veut que les lycées portent les fruits que l’on est en droit d’attendre de ces importantes institutions.

Enseignement supérieur.

L’enseignement supérieur est donné dans les facultés, qui sont au nombre de 51, savoir :

5 facultés de théologie catholique : Aix, Bordeaux, Lyon, Paris et Rouen. Il y a, en outre, en France; dans chaque évêché, un grand séminaire, placé sous la dépendance exclusive de l’évêque. Les grands séminaires tiennent le même rang que les facultés.

2 facultés de théologie protestante : Mautauban et Strasbourg. A Metz, il y a une école centrale rabbinique.

9 facultés de droit : Aix, Caen, Dijon, Grenoble, Paris, Poitiers, Rennes, Strasbourg et Toulouse1.

3 facultés de médecine : Montpellier, Paris, Strasbourg. Il existe, en outre, plusieurs écoles préparatoires de médecine et de pharmacie.

16 facultés des sciences : Besançon, Bordeaux, Caen, Clermont, Dijon, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nancy, Paris, Poitiers, Rennes, Strasbourg, Toulouse.

16 facultés des lettres : Aix, Besançon, Bordeaux, Caen, Clermont, Dijon, Douai, Grenoble, Lyon, Montpellier, Nancy, Paris, Poitiers, Rennes, Strasbourg, Toulouse.

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