CHAPITRE XV
XVI* SIÈCLE
Suite de la première période. — Les Farces. — Les Monologues.
Les Sermons joyeux.
Les Farces sonttoujours d'une très courte dimension. Elles se jouaient pour finir le spectacle après la Moralité ou le Mystère , de façon à ce que le public se retirât en pleine joyeuseté. Les saynètes espagnols ont conservé cette forme et cette allure, qui ont bien leurs avantages , car tel sujet qui ne comporte que deux ou trois scènes serait , de notre temps , développé outre mesure et surchargé de détails inutiles. Nos chansonnettes entremêlées de prose rappellent un peu certains morceaux de ce répertoire ancien des monologues
récréatifs et des sermons joyeux. C'était à vrai dire des intermèdes, comme, par exemple, le monologue de la Batelière^ le monologue de Mémoire^ le sermon des Quatre Vents, le sermon an Quartier de Mouton, Le monologue était une bouffonnerie quelconque , le sermon joyeux affectait les formes religieuses; onTentremêlait de textes saints parodiés. C'était la charge d'un sermon véritable en deux ou trois parties. L'acteur singeait sans doute le prédicateur à la modo , et il attaquait comme lui les ridicules , les vices et les abus du jour, mais sous une forme comique. Ainsi , dans le sermon du Quartier de Mouton^ le Frère prêcheur dit:
Prions pour cos loyaux mouniors Que tous chacuns disont larrons, Qui puiss(»nt allor tous mitres En paradis à reculons; Prions Diou pour cos boulangers Qui font souvont le p^Hit pain, Qui puist^ont tous otro noy/^s En Toau où trompe leur levain.
Nousprirons si le cuir est cher.
Et qu'il ne tionne qu'aux tanneurs Qu'on les puisse tous escorclier Pour vestir les Frères mineurs ; Nous prirons pour ces bons sergents Qui sont aussi doux qu'éléphants, Que Dieu les loge en un cabas.
En un grenier avec les rats.
Pour garder quelque ordre dans la matière que nous allons traiter, nous diviserons cette série des pièces comiques de la première moitié du xvi® siècle en trois catégories :
4° Celles qui prennent pour but de leurs satires les maris et les femmes ;
2"* La revanche des vilains contre les gentilshommes ;
3° Enfin , les scènes facétieuses de la vie bourgeoise et populaire qui ne se rattachent pas absolument aux classifications précitées.
Les aventures de ménages, et spécialement les tromperies mutuelles des maris et des femmes, ont toujours constitué le fond principal de toute comédie , chez les modernes comme chez les anciens , au sud comme au nord. C'était le sujet qui réjouissait le plus nos pères ; on le leur développait en fabliaux , en contes, en moralités, en farces, en sermons joyeux, et parmi les auteurs c'était à qui donnerait à ces peintures intimes les couleurs les plus crues et les plus vraies. Nous trouvons aujourd'hui Molière trop libre dans ses expressions, qui pourtant n'offensaient pas la cour polie de Louis XIV ; Molière est un bénédictin auprès de Rabelais , et nos auteurs comiques du xvi*' siècle ne sont pas moins francs du collier que leur contemporain le curé de Meudon, d'exhilarante mémoire. Il s'agit de les faire connaître en transposant de plusieurs tons les mélodies de leur verve dramatique. Puisqu'il n'est
plus permis d'appeler an chat un chat, comme ils le faisaient, nous rappellerons raton ou raminagrobis. Un écrivain serait mal venu de notre temps à dire comme La Fontaine dans la préÊu^e de ses contes : .« On ne saurait me condamner que Ton ne condamne aussi TArioste devant moi et les anciens devant TArioste ; » et plus loin : a Qui voudrait réduire Boccace à la même pudeur que Virgile ne ferait assurément rien qui vaille et pécherait contre les lois de la bienséance en prenant à tâche de les observer, t^
Mâem wKÈMPim et les femmes*