LÀ FARCE DE CALBAIN
Galbain, le savetier, est un mari d'une autre espèce» un diplomate en échope. Il chante toujours. Quand sa
femme lui demande une robe neuve, il chante; quand elle veut solder quelque note de ménage, il chante en core : c'est sa manière de répondre à toute demande d'argent. La pauvre Colette est pourtant bien mal nippée.
Je n'ay pas un pauvre corset.
Nul ne cognoist quel discord c'est.
« Hau! Calbain, i^ lui crie-t-elle.
Et lui de chanter :
Adieu vous dis les bourgeoises de Nantes.
<{ Hau? Calbain ; » parleras-tu?
Et Calbain chante : Joli mois de may^ quand reviens dras'tu? Colette poursuit : a Je viens de voir ma commère Jacquette qui a la robe la mieux faite du monde et qui la porte tous les jom*s. Elle a des poignets de velours et le bas de sa jupe est garni de fourrures. »
Calbain dit à sa femme de bouter la nappe, car il se meurt de faim. « Aurai je demain une robe à la mode? d demande Colette. Et le savetier de chanter :
Ils sont à Saint-Jean des Ghoulz, Les gens, gens, les gendarmes; Ils sont à Saint-Jean des Ghoulx, Les gendarmes de Poitou.
Elle a beau faire et dire, impossible d'obtenir un sou. Calbain passe en revue tous les refrains du jour. Survient un galant que Colette a toujours repoussé, Thomelin, qui donne un bon conseil à la savetière. Elle suit la leçon de point en point. Elle sert à souper à son
mari et l'enivre. Quand il ronfle, les deux coudes sur la table, elle lui soutire sa bourse et court acheter les atours qu'elle lui demandait en vain. Calbain se réveille et s'aperçoit que^ sa femme l'a dépouillé. « Par grâce, lui dit-il, rends-moi ma bourse, et je te donnerai une robe de drap et une cotte. » Alors, c'est à Colette de chanter au Jieu de répondre, et elle chante :
Ung ruban vert, tout vert, tout vert, Ung ruban vert qu'il me donna.
« Laissez là votre chanterie, dit le savetier tout courroucé, ou, par Dieu! il y aura noise. » Colette nie effrontément qu'elle ait pris la bourse. Calbain la menace de la battre.
Elle lui chante :
Si m'y touchez, vous feray mettre A la prison du château, nique noque, Â la prison du château, nique noqueau.
Calbain lui donne un soufflet. Alors grande fâcherie. Colette lui jure que de sa vie il ne l'approchera. Cette menace produit son effet. Calbain demande pardon à genoux, et il n'est plus question de la bourse.
C'est une farce très plaisante que la Farce intitulée : Colin qui loue et dépite Dieu en ung moment à cause de sa femme.
Colin est un époux plus philosophe que le savetier Calbain. Il est laboureur et il s'ennuie de tant aiguillonner ses bœufe. Il aimerait mieux ne rien faire, être bien vêtu à la mode du temps présent, et voir dans son
coffre pièces d'or et d'argent à foison. Sa femme a beau lui demander de quoi payer la dépense^ il ne possède rien.
Colin se décide à laisser là sa femme pour un temps, et il va chercher fortune dehors. 11 court longtemps, mais le métier ne va pas, le travail est mal payé. Il se décide à revenir au pays, aussi pauvre que lorsqu'il l'a quitté. Il embrasse tendrement Catin, sa chère moitié, et lui avoue qu'il a l'estomac creux comme une lanterne et qu'il voudrait bien souper. Catin lui donne un pot d'eau claire et du pain bis. Il rit beaucoup et demande un jambon et de bon vin. «Ah! fin apôtre, lui répond la femme, je vois bien que vous êtes au courant de tout. » Elle lui sert alors viandes, fruits et vieilles bouteilles. « Louée soyez-vous, ma sucrée ! » dit Colin en la remerciant. Puis, jetant les yeux autour de lui, il s'ébahit de voir le ménage tout flambant neuf. « Et d'où vous vient tout cela, ma femme ? — Mon ami, de la grâce de Dieu. — Et ce beau lit et ces courtines, ces pots, ces bassines ? — De la grâce de Dieu. — Quoi ! des tables, des escabeaux, tant de jolis ustensiles. A quel jeu les avez-vous gagnés ? — C'est la grâce de Dieu. »
Colin, alors, s'agenouille et remercie le bon Jésus qui le comble de ses trésors. Il l'avait cependant bien prié quand il était dans la misère, et il n'avait pu obtenir de réponse. Il reconnaît que sa femme sait mieux prier que lui. Quoi qu'il en soit, il est fort content de Notre Seigneur Jésus qui améliore ainsi sa position ; ce qu'il possède lui suffit pour le moment. Puis ,.
comme il regarde dans tous les coins, il aperçoit un petit enfant dans un berceau. <ï â qui donc, demandet-il, est cet enfant? — A moi, répond la femme. — Comment se peut-il faire ? — Colin, c'est la grâce de Dieu. ]»
Colin trouve alors que Dieu s'est trop mêlé de ses affaires. En ce qui le concerne, il n'avait pas tant pensé à Dieu. Catin lui reproche son ingratitude envers la Providence qui l'a tiré de tant de misère, et elle l'engage à vivre heureux et à prendre son parti des biens qui lui sont tombés du del.
liA revanelte ites ITlIaliis.
Deux exemplesseulementdecegenre de Farces, où, en dépit de l'inégalité des conditions , le gentilhomme qui seul a droit de porter épée^ lance et cuirasse, porte, ainsi que le vilain, et quelquefois par lui, les mauvaises chances du mariage.